20/06/2017

Processus et Pratiques, une thématique qu’a choisi d’interroger la biennale de Lyon pour sa première édition. S’inscrivant dans un territoire métropolitain aux grands projets dynamiques tels que Lyon Confluence, Lyon Part-Dieu, Carré de Soie, La Duchère, la biennale interroge les processus de fabrication de l’architecture et de la ville et les pratiques alternatives et citoyennes qui la forgent. Tout du moins, ce fut sa motivation pour lancer un appel à idées en juin 2016, proposant aux candidats de produire des utopies « concrètes ». Derrière cet antonyme, se dresse la volonté de présenter des initiatives réalisables plutôt que des postures visionnaires.
 

« Agro-écosystème urbain » et « ré-générations »

Organisée dans la Sucrière, équipement culturel emblématique du quartier Lyon Confluence, et hors les murs, le lieu accueille une trentaine de projets sur près de 1700 m2, ainsi que des conférences, tables rondes, studio radio, sommet international, explorations urbaines… Cependant, à la suite de l’inauguration, on en retient qu’un ou deux projets marquants. Ainsi, à quelques mètres de la Sucrière, l’agence Fabrique et l’artiste Thierry Boutonnier transforme une friche en une parcelle cultivée, où poussent du lin et du chanvre. A l’intérieur, la récolte est stockée et transformée en matériaux de construction biosourcés, notamment en blocs de béton de chanvre.  Cette « agro-écosystème urbain » ramène la production agricole en ville. La très belle installation de Studio Akkerhuis ne passe pas non plus inaperçue. Ré-générations est un jeu de simulation urbaine qui plonge l’utilisateur dans l’imaginaire paradoxal de l’anthropocène. Inspirée directement du World Game imaginé par Richard Bukminster Fuller en 1960, l’installation interactive cherche à responsabiliser le joueur en lui donnant le choix entre différentes alternatives d’innovations durables ;  toute nouvelle construction, symbolisée par des éléments en bois, devra, selon son implantation (s’étaler dans le campagne ou densifier, s’installer en bord de rivière ou dans la zone d’activité…) impacter à minima la « date de dépassement planétaire ». Dans une deuxième phase, le joueur devra compenser l’impact négatif de son opération en mettant en place des innovations écologiques. Un SimCity taille humaine, en somme. Si le jeu est remarquable par sa plastique et sa technologie, ses règles semblent tout de même difficilement appréhendables par le grand public et les réponses auxquelles elles mènent apparaissent évidentes.

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Aire d’attente, agence Fabriques et Thierry Boutonnier

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Aire d’attente, agence Fabriques et Thierry Boutonnier

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Re-génerations, Studio Akkerhuis

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Re-génerations, Studio Akkerhuis

L’Atelier des Utopies, des projets en fabrique

Dans ce même Atelier des Utopies – dont le nom nous rappelle qu’il s’agit de projets en cours, et que le temps de la biennale est une étape intermédiaire, de commencement ou de l’aboutissement d’une démarche de recherche – s’installent d’autres projets qui testent les capacités mécaniques des matériaux, des constructions modulaires qui interrogent les spatialités de l’agora, des « heterotopia » alias des capsules futuristes qui accueillent les imaginaires des habitants, des recherches en cours sur les « îles blanches » de nos agglomérations où sur la réactivation des territoires de nuit… Un ensemble amené à évoluer et muter dans le temps cours de la biennale, au gré des intervenants et des utilisateurs, mais dont le potentiel ne peut être apprécié que si la biennale se visite en deux temps, à son ouverture puis avant sa fermeture.

qui es-tu brique_amaco_biennale lyon
Qui es-tu brique ? Amàco

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Territoires de nuit, AWP

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Hétérotopia, What Time is I.T.

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Les îles blanches, 0101

 

Amélie Luquain H.