03/10/2017


Sentiers, lignes de fuites
La ville de demain n’est pas encore construite qu’elle nous semble déjà familière. Dégoulinante de verdure, elle sera smart, pourra communiquer avec ses voisines, gérera en temps réel des flux hétéroclites : données, eaux usées, circulation automobile, flux de marchandises, déplacements humains… Avec, derrière cet attirail de systèmes régulateurs et de tuyaux, la promesse saint-simonienne d’une ville heureuse, car efficace. Tel est le scénario sur lequel s’accordent les grands acteurs du secteur du bâtiment et de tous ceux qui interviennent de près ou de loin sur la chose urbaine. Le futur est déjà sur ses rails que la population prend la tangente. Elle marche, pour aller voir l’ailleurs, pour reprendre contact avec elle-même, renouer et retisser des liens avec le territoire et ce qui fait sa substance : ses habitants, sa géographie, son architecture, même abîmée. Les sentiers que des écrivains, des artistes où des métropolitains parcourent et tracent affirment le retour du refoulé, demandent la prise en compte des territoires secondaires de l’urbanité, zones périphériques, ville diffuse. En deux mots, le back-office chaotique de la ville moderne dans lequel jamais aucun GAFA ou aucune super-entreprise ne cherchera à remettre un peu d’ordre. Le bazar de ce territoire en fait une zone ouverte à de nouvelles dérives, prélude à la création d’une ville remise sur pied par la marche. Non contentes d’utiliser le moyen de déplacement le plus archaïque, les populations refusent d’être sérieuses, utilisant l’espace public comme une aire de jeux à ciel ouvert. Derrière l’esprit ludique comme derrière la marche, une manière de reprendre la ville, d’opposer aux scénarios ficelés un récit ouvert, joyeux et utopique.

Olivier Namias

Architectures CREE 383

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