À Beaugrenelle, la transformation du pavillon Keller s’inscrit dans une opération portée par La Poste Immobilier qui engage ici une relecture de son patrimoine. Entre réemploi, écriture constructive et adaptation programmatique, le projet réalisé par nunc architectes réinterroge l’héritage des années 1960 et explore une voie attentive aux ressources comme aux usages.
Édifié dans un ensemble conçu par Albert Grégoire pour le ministère des PTT, le pavillon Keller s’insère dans une composition urbaine caractéristique des grandes opérations sur dalle des années 1960. Ancienne crèche pour les familles de postiers, puis longtemps inoccupé, le petit bâtiment retrouve aujourd’hui une place dans un dispositif plus large mêlant logistique urbaine, espaces publics et programmation tertiaire. La réhabilitation s’articule avec la requalification de la dalle paysagée, ouverte sur le quartier et travaillée en concertation avec les habitants, dessinant un socle actif et traversant. Le bâtiment réinvesti trouve ainsi une position d’interface, à la fois ancrée dans l’existant et tournée vers de nouveaux flux. Jakub Jakubik explique : « Dès la phase de consultation, l’ambition environnementale était très forte, avec un recours massif aux matériaux biosourcés et au réemploi. Très vite, le site a révélé sa complexité. Un bâtiment singulier, posé sur une dalle peu portante, une structure concentrée sur quelques points d’appui. Cela a immédiatement déplacé le projet vers des questions très concrètes de constructibilité, de poids et de mise en œuvre, qui ont accompagné toute la conception. »



Faire avec l’existant, déplacer les équilibres
Le projet s’appuie sur une économie de moyens revendiquée. La structure en béton est conservée, comme une matrice capable d’accueillir de nouvelles couches. Autour d’elle, une enveloppe en bois pré-grisé vient recomposer la perception du pavillon, introduisant une matérialité plus chaude et un rythme vertical qui dialogue avec les façades voisines. Le chantier s’organise à partir d’un diagnostic précis des éléments récupérables, intégrant aussi bien des composants issus du site que des matériaux provenant de filières spécialisées. Cette attention portée au déjà-là relève d’un patient travail d’assemblage : « En ne conservant que la structure, nous avons dû reconstruire un langage architectural à partir de cette trame existante. Très tôt, nous avons cherché à prolonger ce rythme dans la façade et dans l’organisation intérieure. La dimension même des bottes de paille a participé à définir cette trame, créant une continuité entre le système constructif et l’usage des espaces. C’est ce jeu d’échelles, entre structure, enveloppe et plan, qui a progressivement donné sa cohérence au projet. »




Une écriture environnementale située
L’enveloppe engage une réflexion fine sur les ressources et les performances. Isolants en paille et fibre de bois en façades, briques de terre crue en contre-cloison : le projet privilégie des solutions issues de filières locales ou recyclées. Les protections solaires varient selon les orientations, alternant dispositifs fixes et éléments mobiles, tandis que la ventilation naturelle participe de la régulation thermique. La toiture végétalisée prolonge cette approche en contribuant à la gestion des eaux pluviales et à l’atténuation des îlots de chaleur. L’ensemble compose un édifice où les choix techniques s’inscrivent dans une logique de continuité plutôt que de rupture.
L’architecte souligne : « La façade est pensée comme un dispositif actif, capable de répondre aux conditions climatiques sans recourir à des systèmes lourds. Nous avons combiné des matériaux biosourcés, une certaine inertie apportée notamment par la terre crue, et un travail fin sur la ventilation naturelle. Les ouvertures permettent de faire circuler l’air entre les façades et entre les niveaux, ce qui est essentiel pour le confort d’été. Cette approche a été testée à travers des simulations, notamment en projection sur des scénarios climatiques à horizon 2050. »


Des plateaux ouverts à l’incertitude des usages
Destiné à accueillir un établissement d’enseignement supérieur, le pavillon est pensé comme une structure disponible. Les plateaux libérés, les faux planchers et la superposition des blocs techniques permettent d’anticiper des évolutions futures sans remise en cause majeure de l’organisation. La trame de façade, régulière et lisible, autorise des configurations multiples, laissant ouverte la possibilité d’autres appropriations. Cette capacité d’adaptation, inscrite dès la conception, traduit une attention portée au temps long du bâtiment, à ses transformations à venir autant qu’à son état présent.
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Maître d’ouvrage : La Poste Immobilier
Maîtrise d’œuvre mandataire : nunc architectes
SDP : 1 840 m²
Montant des travaux : 6 300 000 €HT
Structure : IPC
Terre crue : Terramano
Tce + économie : Mizrahi
Fluides : nunc ingénierie (Solares Bauen)
Réemploi : Bellastock
Acoustique : Link acoustique
prix AMO – mise en oeuvre la plus audacieuse – 2025 // labellisé Bois de France niveau Argent



