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« Architecture is Transformation » : les lauréats du Global Award for Sustainable Architecture 2026

Dévoilés ce mercredi 15 avril à Istanbul à l’occasion d’un symposium organisé à l’Université des Beaux-Arts Mimar Sinan, les lauréats du Global Award for Sustainable Architecture 2026 dessinent un paysage de pratiques attentives aux transformations lentes des territoires. Leurs projets, inscrits dans des contextes très divers, interrogent les conditions d’un agir architectural capable de relier sols, ressources, mémoires et usages, en prenant acte des déséquilibres contemporains.

En réponse au thème « Architecture is Transformation », les cinq démarches distinguées ont pour point commun une pratique vue comme un art de la transformation lente, attentive aux continuités invisibles autant qu’aux ruptures manifestes. Qu’il s’agisse de sols altérés, de paysages effacés, de ressources fragilisées ou de mémoires disjointes, ces pratiques s’appuient sur un travail de recomposition qui dépasse largement la seule production de formes, interrogeant les conditions de l’habiter, opérant dans l’épaisseur des territoires où s’entrelacent infrastructures, usages et récits.

Ye Man : alléger, assembler, transformer
Fondatrice en 2011 de l’agence ZSYZ à Shanghai, Ye Man inscrit sa pratique dans une réflexion critique sur les logiques constructives contemporaines que l’architecte – formée à la sciences des matériaux – envisage comme des opérateurs de transformation écologique et culturelle. Son travail s’appuie sur une relecture des dispositifs vernaculaires dont elle explore les capacités d’adaptation aux contextes géographiques, climatiques et sociaux.
Les systèmes développés sont initialement ancrés dans des savoir-faire locaux puis réinterprétés à travers des outils de conception paramétrique et des procédés de fabrication avancés, afin d’en étendre les potentialités à des échelles et des situations variées. Ses architectures – notamment en bois – sont pensées comme des assemblages modulaires, ouverts et évolutifs, et génèrent enfin un environnement bâti capable de conjuguer ancrage local et déploiement global, toujours dans une perspective de durabilité.

Visuel ci-dessus : À Tongde Hall, l’intervention adopte une posture de retenue face aux ruines existantes. Plutôt que de reconstruire, le projet installe une structure légère qui protège et met en valeur les vestiges, tout en laissant ouverte la possibilité de transformations futures. Cette manière d’intervenir, en surplomb plutôt qu’en substitution, introduit une distance qui permet de maintenir lisible la temporalité du site.

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Doan Thanh Ha : réactiver les mémoires, construire des lieux d’ancrage
Diplômé de l’Université d’architecture de Hanoï en 2002, Đoàn Thanh Hà fonde en 2009 l’agence H&P Architects et développe dès lors une pratique au croisement des enjeux sociaux, environnementaux et culturels. Dans un contexte de mutations urbaines rapides, où l’expansion des villes tend à fragiliser les repères spatiaux et les héritages collectifs, l’architecte cherche à réactiver des formes de mémoire partagée en les inscrivant dans des dispositifs ouverts, accessibles et appropriables par les habitants.
Cette attention portée aux communautés modestes et marginalisées s’accompagne d’une volonté d’inscrire l’architecture dans les ressources locales au travers de matériaux naturels, traditionnels ou recyclés, mis en œuvre au sein de systèmes constructifs simples et évolutifs. Ces « espaces essentiels » s’articulent alors étroitement avec les écosystèmes environnants et donnent lieu à des environnements hybrides, proches du vivant, capables de s’adapter à la fois aux transformations climatiques et aux usages.

Visuel ci-dessus Ngói Space, à Hanoï : A partir d’un programme modeste, l’architecte élabore un lieu capable d’accueillir des usages variés tout en convoquant des archétypes ancrés dans l’imaginaire vietnamien. Le recours à la tuile de terre cuite, utilisée comme élément unique décliné sous différentes formes, permet d’articuler une réponse à la fois économique, climatique et symbolique.

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Taller Capital : faire de l’eau une structure urbaine
Fondée en 2010 à Mexico par José Pablo Ambrosi et Loreta Castro Reguera, Taller Capital développe une pratique à la croisée de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage, dans laquelle l’infrastructure constitue un levier de projet. Les deux associés et conjoints – tous deux formés initialement à l’UNAM – abordent les enjeux de densification à travers la conception d’espaces publics pensés comme autant de dispositifs actifs, capables d’intégrer et de rendre perceptibles des dynamiques hydriques envisagées comme des opérateurs spatiaux et urbains.
Leur pratique s’inscrit de fait dans une relecture critique du territoire de Mexico, anciennement structuré par un système lacustre aujourd’hui largement effacé par les logiques d’urbanisation contemporaine. Face aux déséquilibres induits par les infrastructures hydrauliques actuelles, ces stratégies visent à réactiver les dynamiques de l’eau à travers des dispositifs spatiaux à la croisée de l’architecture, du paysage et de l’écologie.

Visuel ci-dessus : Le parc du Bicentenario à Mexico se situe dans un contexte précaire, où des quartiers informels se développent sur des terrains escarpés. Le projet articule des interventions à différentes échelles, combinant terrasses, bassins et équipements publics pour stabiliser les sols et offrir de nouveaux usages. L’eau, captée et ralentie, devient vecteur de transformation sociale, contribuant à la sécurisation et à l’appropriation des espaces.

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Amelia Tavella : révéler les strates, habiter les tensions
Le travail d’Amelia Tavella se distingue par une attention particulière aux conditions d’intervention sur des sites hérités, où l’architecture se confronte à une épaisseur matérielle et symbolique. Plutôt que de trancher entre conservation et transformation, l’architecte – portée par son île natale qu’est la Corse – opère dans un entre-deux où le geste engage une lecture préalable du site comme stratification de temps, d’usages et de récits.
Ces démarches, malgré la diversité de leurs contextes, partagent une même attention aux conditions d’émergence du projet. Elles travaillent à partir de ce qui existe – sols, ressources, mémoires – pour en révéler les potentialités, engageant un dialogue avec des temporalités longues, des usages en mouvement et des milieux en transformation.

Visuel ci-dessus : Pour la transformation du couvent Saint-François, la ruine est abordée non comme un objet à restaurer mais comme une condition à accompagner. L’intervention se déploie selon une logique de « care », où le premier geste consiste à protéger avant même de définir une forme architecturale. Le projet introduit ainsi une nouvelle présence qui n’efface pas les vestiges mais en révèle la vulnérabilité et la puissance expressive.

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Andreas Kipar : réparer les sols, recomposer les continuités
Né en 1960 à Gelsenkirchen en Allemagne, Andreas Kipar est à la fois paysagiste, architecte et urbaniste. Son parcours, marqué par une formation initiale de jardinier, témoigne d’une approche ancrée à la fois dans la pratique et la réflexion théorique. Son premier projet majeur en Italie, le Parco Nord à Milan, constitue un moment fondateur qui conduit à la création de l’agence LAND en 1990.
Guidé par une volonté de réconcilier les sociétés contemporaines avec leur environnement, Andreas Kipar développe une démarche où le projet de paysage devient un outil de médiation entre nature et urbanité. Son travail repose sur une lecture attentive des territoires envisagés comme des systèmes stratifiés où s’entremêlent infrastructures, héritages industriels et processus écologiques. En articulant savoirs théoriques et mise en œuvre opérationnelle, il élabore des stratégies capables de transformer ces milieux complexes en paysages vivants, résilients et appropriables.

Visuel ci-dessus : Le parc Rubattino à Milan se développe à partir d’un site contraint, traversé par des axes routiers majeurs et bordé par des tissus résidentiels en manque d’espaces ouverts. L’intervention ne cherche ni à effacer ces contraintes ni à les atténuer, mais à les intégrer dans un système paysager continu où la végétation, l’eau et les circulations recomposent une cohérence.


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Le Global Award for Sustainable Architecture a été fondé en 2026 par l’architecte et chercheuse Jana Reverdin. Il promeut les principes du développement durable et une approche participative de l’architecture tant dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud. Son symposium se tient sous le patronage de l’UNESCO et de l’Union internationale des architectes.
Depuis 2024, son partenaire officiel est Saint Gobain : au travers de son soutien au Global Award for Sustainable architecture, le groupe tente de faire émerger une contribution à la transmission et au déploiement d’une pratique architecturale plus durable, plus inclusive et plus innovante.
Les autres partenaires sont GRAITEC, ArchiTangle, l’Universita Iuav di Venezia, Mimar Sinan University of Fine Arts à Istanbul, l’Ecole Spéciale d’Architecture, la Faculté d’architecture de l’Université de Ljubljana.

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