25/10/2017

Le paysagisme contre les tueries de masse – Logement : Sydney mise sur l’étagère – Voyage aux pays des archi-soviet – Qui a les plans du Roi Baudouin ? – Vauban attaqué – Contesté à Charleroi, adulé à Milan : grandeur et misère du gratte-ciel – Blade Runner 2049, quand la science fiction emprunte un musée de Néanderthal. La revue de presse du 25 octobre 2017 
  
Paysagiste pare-balles
La récurrence des tueries de masse aux USA a des rebonds imprévisibles. « Avec l’augmentation des fusillades de masse, un groupe de professionnels que l’on n’attendrait pas essaye d’éviter aux gens qu’ils soient tués dans la mêlée : les paysagistes », explique The Verge, relatant une visite à la Sandy Hook Elementary School. Tristement célèbre pour avoir été le théâtre d’une tuerie de masse en 2012 – 28 morts dont 20 enfants assassinés par un amateur d’arme à feu de 20 ans – l’établissement reprend ses activités dans de nouveaux locaux conçus par l’agence Svigals+Partners. Un revêtement durcissant appliqué aux vitrages retarde leur destruction de 15 minutes même après un tir, des rangées d’arbres serrées limitent les mouvements de véhicules béliers, etc. « Le principal paramètre que ces concepteurs doivent prendre en compte est la façon dont les gens bougent – ou plutôt paniquent – face à ces menaces ». Des modélisations informatiques tentent de décrire le comportement d’une foule en plein sauve-qui-peut. Un autre problème est d’imaginer la prochaine menace, constate Jay Brotman, associé de l’agence Svigals+Partners : « quels que soient les risques que l’on prend en compte, les gens deviennent de plus en plus fou, ou de plus en plus intelligent. Vegas en est bon exemple. Il y avait probablement une série de barrière, et du personnel surveillant tout le reste, mais quelqu’un a fait quelque chose de totalement différent qui les a tous laissé sur le carreau ». Une grosse Las Vegas Parano plane sur la mise en sécurité des bâtiments.
Via The Verge
 
Étagère habitable
Baptisé « l’étagère », ce projet d’immeuble de logement ne propose rien de moins que de de résoudre la crise du logement à Sidney. « L’étagère changera le visage de l’habitat sidnéen en permettant aux résidents de dessiner et construire leur propre maison, offrant un sens plus fort de la propriété que des milliers d’unités standardisées ». La maquette en bois du projet n’est pas sans évoquer une version zazou des « casiers à bouteilles » de l’unité d’habitation corbuséenne avant la pose de leur façade. Les modules seraient complétés par un système de transport souterrain électrique avec des compartiments séparables conduisant les passagers à destination sans rupture de charge. Cette proposition que le site News n’hésite pas à qualifier de « révolutionnaire » est sortie tout droit de la tête d’un étudiant de 20 ans en première année d’architecture. Pas si nouveau que ça au regard de l’histoire récente et plus ancienne de l’architecture, mais il vaut mieux s’enflammer pour les modules et autres containers que de se passionner pour les armes à feu, comme Adam Lanza, auteur de la tuerie de masse de Sandy Hook précédemment citée.
Via News 

Mr Niethe et sa maquette. Photo : Jonathan Ng

 
Monuments de la planète Marx
Was tun ? – Que faire ? – se demandait en 1901 Vladimir Illitch Lenine dans un ouvrage sous-titré « questions brûlantes de notre mouvement ». 116 ans après, alors que l’on fête le 100e anniversaire de la révolution d’Octobre, la question lui revient en boomerang. Que faire ? des monuments de l’architecture socialiste semés aux quatre coins de l’ancien bloc de l’Est ? Une question brûlante de nos monuments. Haruna Honcoop, réalisatrice tcheco-nippone en a visité plus de deux cent pour la réalisation de son documentaire « Built to last », faisant à l’occasion de « belles découvertes ». Le palais de Ceaucescu, par exemple, ou le monument Buzludzha en Bulgarie, à deux heures de Sofia, soucoupe volante bien connue des amateurs d’exploration urbaine – «  la seconde plus folle architecture que j’ai vue », témoigne Honcoop. Parmi les sites visités, des bâtiments en ruines, d’autres en meilleur état, mais autant de témoignage à préserver pour la réalisatrice. « Je suis absolument pour leur préservation, parce que je pense que les démolir signifierait démolir notre passé, ce qui n’est pas juste. Bien sur, cela ne veux pas dire que nous adorons le régime communiste, que nous n’aimons bien sur pas, mais à travers l’architecture nous pouvons réfléchir sur le temps », déclare Haruna Honcoop, que le site Radio Praha nous présente toute de rouge vêtue. Pour défendre ces bâtiments réputés laids, la réalisatrice veut guider le public vers ces édifices qui ne sont même pas mentionnés dans le Lonely Planet ou d’autres guides, grâce à son site www.built-to-last-project.com. Le Lonely Soviet Planet ou le Guide du Rouge’art ?
Via Radio Praha 

 
Recidiviste
Au tribunal de Namur, un architecte d’une cinquantaine d’année s’avance à la barre. Son avocat plaide : « je n’explique pas l’inexplicable, mais dans ce cas-ci, Monsieur, au lieu de tomber dans un burn-out, a voulu faire plaisir à un copain en faisant ce faux permis. On a franchi la ligne rouge, on a commis l’irréparable. Je n’excuse pas Monsieur et lui non plus ne s’excuse pas. Si tous les architectes agissaient comme cela, on n’en sortirait pas». A sa décharge, l’accusé était perturbé par des problèmes de gestion survenant en pleine procédure de divorce. Problème, il avait déjà été radié de l’ordre quelques années auparavant pour des faits similaires, délivrant à des particuliers un faux permis d’urbanisme. « À cette époque-là, il n’était pas question de dépression, ni de séparation» rappelle la représentante du ministère publique, qui réclame une sanction pénale ou peine de travail de 150 heures. Jugement le 15 novembre prochain.
Via L’Avenir 
 
Un Roi sans plan
« Les plans du Roi Baudouin ont disparu » s’alarme le quotidien Le Soir. Il ne s’agit pas de retrouver les schémas permettant de reconstruire le cinquième roi des Belges, mais d’envisager la transformation du tristement célèbre Stade du Heysel, rebaptisé en 1996 en hommage au souverain récemment disparu.  Bruxelles, candidate pour l’accueil de l’Euro 2020, doit proposer un dossier solide à l’UEFA et montrer que ses installations sportives sont à la hauteur de l’évènement. « Arnaud Pinxteren, député Ecolo, fulmine : il ne parvient pas à obtenir les plans du stade Roi Baudouin. Il a demandé à avoir accès aux documents en avril 2017 au service des archives de la Ville de Bruxelles. Et depuis… toujours rien. Les archives et l’urbanisme se sont renvoyés la balle dans plusieurs mails, mais cela n’a débouché sur rien. Visiblement, l’agent qui avait les plans a quitté l’urbanisme et les dossiers ont été dispersés entre plusieurs collègues. L’administration est toujours à leur recherche… ‘’ Les documents sont portés disparus et c’est assez curieux’’, commente le député, s’interrogeant sur cette mystérieuse disparition ». Elle survient au moment où le député voulait avoir l’avis des experts sur la rénovation du Roi Baudouin, qui beaucoup d’élus jugent impossible à faire financer par le privé. Le privé a sans doute un plan…
Via Le Soir
 
Permis privé pour ne plus être privé de permis ?
Pour financer les travaux du stade, Pintxeren en appelait à une « certaine créativité au niveau du financement ». Il peut toujours compter sur le secteur privé, qui, plus que jamais, fait preuve d’une imagination débridée. Dans une chronique parue dans Les Echos, Frédéric Rolin, professeur du droit de l’urbanisme à l’université Paris-Saclay – site dont l’urbanité calamiteuse a été souligné par plusieurs médias de l’Humanité à Chroniques d’architectures – pose une question débutant par ce « Et si » candide annonçant une innovation détonnante « Et si on privatisait le permis de construire ? ». Même s’il y a loin de la réalisation à la mise en oeuvre, souligne Rolin, les avantages de la formule sont immenses. « Ils tiennent à la réduction des délais entre le montage du projet et sa mise en oeuvre, au risque réduit d’être soumis à un contentieux paralysant, à la possibilité pour les administrations de faire monter en compétence les agents chargés de l’instruction vers l’élaboration des règles d’urbanisme et ainsi de mieux dialoguer avec les agences d’urbanisme ou de les redéployer vers des missions de contrôle garantissant la règle du jeu avec des visites de chantier obligatoires et un certificat de conformité plus rigoureusement délivré ». Les inconvénients seraient minimes « D’abord, les organismes qui certifieront la conformité de constructions aux règles d’urbanisme applicables seront aussi vigilants que l’administration puisque leur responsabilité sera en jeu. On ne verra donc pas jaillir une tour, là où n’est autorisé qu’un pavillon ». Nous voila rassuré. Rolin assure que la mesure permettrait également de contrer les agendas cachés des mairies, qui bloquent les projets qui ne leur conviennent pas en dépit de leur conformité avec les règles d’urbanisme. « L’État s’est d’ailleurs déjà essayé avec succès au passage d’un contrôle administratif à un contrôle privé dans le domaine de la sécurité des poids lourds. Les anciens services qui assuraient cette mission ont été privatisés et désormais ce sont des centres de contrôle technique qui opèrent, comme pour les véhicules légers. Or de l’opinion générale, la sécurité des véhicules ne s‘est pas trouvée dégradée par cette privatisation ».  Puisque le professeur Rolin passe avec audace du 38 tonnes au T3, filons la métaphore : et si on lançait un permis de construire à point pour les maîtres d’ouvrage ?
Via Les echos
 
 
Merde à Vauban
Le permis de construire est-il si contraignant ? Est-il un si puissant frein à la compétitivité internationale ainsi que l’affirme M. Rolin ? A Marseille, un recours des habitants du quartier Vauban avait conduit à l’annulation du permis d’un projet qu’ils jugeaient hors d’échelle : « A l’origine, le promoteur entendait édifier deux immeubles en R+7 et R+8 pour 91 logements. La Ville l’avait refusé en juillet 2014 – « Trop profond et trop haut en façade avant et en coeur d’îlot » – au vu notamment de l’avis défavorable (simple et non conforme) émis par les Bâtiments de France qui en critiquaient la démesure ». Projet revu avec l’architecte conseil de la ville «  vaguement remanié en réduisant quelque peu la voilure (74 logements donc 17 logements de moins et seulement en R+7, avec 103 places de parking en deux niveaux de sous-sols). Il dit « respecter la «politesse urbaine» souhaitée permettant de tutoyer les bâtiments existants avec les constructions nouvelles », toujours pas du goût de l’architecte des bâtiments de France, qui estime qu’il « ne s’inscrit toujours pas correctement dans son environnement urbain ».
Via La Marseillaise 

 
Vauban dans les tours
Autre conflit à l’entrée du quartier Vauban-Esquermes, dans la métropole Lilloise. Un recours des riverains avait fait échouer le permis d’une tour de 56 mètres, construite dans un secteur préservé ou la hauteur était en principe limitée à 21 mètres. Projet retoqué que les habitants craignent de voir réapparaitre à la faveur d’une révision du PLU.«  Nous réclamons un minimum de clarté, nous ne laisserons pas faire n’importe quoi  », prévient l’ex-présidente du conseil de quartier et ancienne adjointe de Pierre Mauroy. Reste à poser cette question brûlante : à Marseille et à Lille, qui en veut autant à Vauban?
Via La Voix du Nord 
Ce visuel de l’ex-tour, plus personne à Vauban ne souhaite le revoir, pas même en cauchemar… via La voix du Nord

 
Tours toujours
Celui qui a dit non : le fonctionnaire délégué de la Région wallonne refuse d’octroyer le permis aux « Rivers Towers » que l’agence Piron  a conçu pour Charleroi en association avec le bureau bruxellois Bogdan & Van Broeck. « Nous nous trouvons là à l’entrée de la ville, dans l’immédiate proximité du ring, à côté de la piscine Hélios et d’un petit centre commercial vieillissant. Si le maintien d’une ancienne tour à béton désaffectée a inspiré l’idée de la verticalité, « les futurs immeubles ont un gabarit inadapté au bâti existant », selon le fonctionnaire délégué Raphaël Stokis. Vingt sept étages, cela les fait monter à… 100 mètres au-dessus du sol. Davantage que la tour Baudoux (…) et que la tour de police qui s’élève à 75 mètres, avec ses 20 niveaux » – oeuvre des ateliers Jean Nouvel inaugurée en 2014. Le fonctionnaire délégué le précise : il est favorable à la densification urbaine, d’autant que la ville prévoit d’augmenter sa population de 50 000 habitants durant la prochaine décennie. Mais point trop n’en faut : rajouter 276 appartements sur 50 ares, c’est trop  « nous ne sommes pas dans une métropole d’un demi-million d’habitants comme Anvers. Il existe des modèles inspirants à l’échelle de Charleroi comme Maastricht par exemple : ce qui a été fait là-bas en bords de Meuse peut servir de référence ». L’idée est claire : s’inspirer, encore une fois, d’un sommet de Maastricht.
Via Le Soir 
 
Passion verticale
Le public déteste-t-il les tours ? Non, si l’on en croit l’affluence record constatée à la tour Generali, dessinée par Zaha Hadid à Milan. Le bâtiment était ouvert à la visite à l’occasion des journées FAI (Fondo Ambiante Italiano), lancées à l’initiative d’une association s’occupant de la valorisation des sites remarquables de la péninsule. À coté des églises de la région, « le vrai boom s’est produit à Milan pour une architecture moderne, un lieu qui fait rêver, le gratte-ciel Hadid (autre nom de la tour Generali) et ses queues longuissimes et plus de deux heures d’attente pour pouvoir jouir d’une vue unique sur la ville de Milan. L’affluence a contraint à arrêter les visites avant l’heure prévue ». Charleroi devrait peut-être missionner Zaha Hadid Architects pour dessiner sa tour : malgré la disparition de dame Zaha, l’agence enchaine les concours victorieux.
Via Eco di Bergamo 
 
Neandertal runner
Le bureau occupé par Wallace dans Blade Runner 2049 contribue à l’ambiance futuro-distopyque de cette suite du film de Ridley Scott. Certains architectes lui ont déjà trouvé un goût de « déjà-vu », et pour cause. Le décor reprend la perspective d’un concours perdu de l’agence Barozzi Veiga pour le musée du néanderthalien à Piloña, en Espagne. L’agence avait été contactée par la production, qui lui avait demandé le droit d’utiliser les images de ce projet conçu en 2010, sans préciser à quel moment du film il apparaitrait. Les architectes ont découvert leur projet transformé à la sortie du film.« Fantastique ! C’est super de découvrir que les projets que l’on dessine et ne construit pas puissent avoir une autre vie. Imagine toi que maintenant notre projet a été immortalisé dans Blade Runner ! » a déclaré Fabrizio Barozzi au site Plataforma architectura. Le cinéma de science-fiction, futur archive des projets de concours perdus?
Via Plataforma arquitectura 


 

Olivier Namias