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Manières d’habiter par le vide : Zakarian et Navelet

Dans le quartier de La Mosson, Zakarian et Navelet livrent une résidence intergénérationnelle de 72 logements. Face aux grandes figures du quartier des années 1960, le projet fragmente le programme en trois volumes réunis par des galeries, des passages et des terrasses. Le béton et le bois accompagnent cette architecture où les espaces intermédiaires organisent les relations entre habitants mais aussi le rapport au climat.

À la limite nord-ouest de Montpellier, La Mosson conserve la trame et les grandes masses bâties de l’urbanisation des années 1960. Toutefois le renouvellement urbain engagé ces dernières années en modifie progressivement la physionomie ; les tours disparaissent peu à peu, les espaces paysagers gagnent du terrain et de nouvelles constructions de hauteur intermédiaire commencent à prendre place. Implantée sur un ancien parking, la résidence se tient encore devant les grandes silhouettes du quartier existant, dont certaines sont promises à la démolition. À leur masse compacte, elle oppose une composition fragmentée. Un socle en béton accueille les entrées et les commerces de proximité, tandis que deux porches traversants relient le cours Mosson au futur cœur d’îlot planté. Le bâtiment prépare ainsi une situation urbaine en devenir, ménageant les passages qui relieront la rue au jardin.

Trois volumes, trois façons d’habiter
Au-dessus de ce socle commun, l’édifice se divise en trois corps correspondant aux populations qu’il accueille. À l’ouest, les logements des seniors se regroupent autour d’une faille occupée par les loggias. À l’autre extrémité, les studios des jeunes actifs disposent de balcons largement ouverts. Entre les deux s’étire le volume destiné aux étudiants, longé au sud par de profondes galeries extérieures.
La séparation des programmes ne conduit pourtant pas à juxtaposer trois bâtiments autonomes : les espaces laissés entre eux assurent leur mise en relation. Les circulations verticales prennent place dans les intervalles, dans le prolongement des porches du rez-de-chaussée, tandis qu’une grande terrasse commune couronne l’ensemble. Le vide devient ici la structure du projet, depuis les traversées ménagées au niveau de la rue jusqu’aux espaces partagés des étages.
Si cette attention portée aux interstices appartient déjà au vocabulaire de Stanislas Zakarian et Olivier Navelet, à Montpellier, ce principe acquiert une dimension collective : il s’agit moins de creuser la masse que d’installer entre les logements des lieux capables d’accueillir d’autres usages.

La coursive comme espace domestique
Les galeries constituent le dispositif le plus manifeste de cette recherche. Orientées au sud, elles protègent les façades d’un ensoleillement direct et participent à la ventilation naturelle des appartements. Tous sont traversants, y compris les studios et les deux-pièces, et bénéficient ainsi d’une double orientation. Mais les coursives ont surtout été dimensionnées pour ne pas se réduire à la desserte. Devant les logements, leur profondeur ménage des seuils susceptibles d’être occupés. Des plantes, des sièges et des objets du quotidien y apparaissent, donnant à ces circulations un caractère domestique. Entre la porte de l’appartement et le garde-corps s’installe ainsi une pièce extérieure, à la fois privative dans ses usages et collective par sa situation.

Le bois greffé sur le béton
La construction exprime directement cette organisation. Les trois plots sont réalisés en béton bas carbone armé coulé en place ; les galeries reposent quant à elle sur une charpente en bois. Les poteaux et les poutres restent apparents et viennent se greffer sur la structure minérale, sans chercher à effacer la rencontre entre les deux systèmes constructifs.
Dans une économie de projet, les architectes ont privilégié des matériaux et des équipements courants et robustes. La qualité est recherchée moins dans la sophistication des composants que dans leur assemblage. Une partie des terres excavées a par ailleurs été réemployée pour les murs en terre d’un groupe scolaire avoisinant.
À La Mosson, Zakarian et Navelet construisent ainsi un édifice à la fois très déterminé dans sa structure et suffisamment ouvert pour laisser les usages le transformer. Les trois populations disposent chacune de leur territoire, mais c’est dans les galeries, les failles, les porches et les terrasses que le projet fabrique leur voisinage.

72 logements intergénérationnels, commerces, parking
Montpellier La Mosson
Maîtrise d’ouvrage : La Cité-Jardins
Maître d’œuvre : Zakarian-Navelet
Surface : 3 032 m2 SDP
Coût : 6.2 M€ HT
Certification: NF HQE, RE 2020

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