« Une histoire qui débute par une silhouette. » C’est ainsi que Dominique Coulon évoque la naissance d’un projet, avant que les volumes ne se découvrent progressivement au fil du parcours. À Sarlat-la-Canéda, au cœur du Périgord Noir, cette approche trouve un écho direct dans la topographie. Adossée à une falaise de terre ocre, la nouvelle médiathèque prend l’allure d’un monolithe dont la masse se fragmente, se creuse et se déforme au contact du relief.
Inscrire un tel volume à Sarlat supposait de composer avec une forte présence patrimoniale. La ville doit son unité à la pierre blonde de ses hôtels particuliers et au réseau serré de rues et de venelles qui façonne son centre ancien. Le projet choisit pourtant de ne pas en reproduire les formes. Il en retient plutôt l’échelle, la matière et la couleur : la fragmentation des façades réduit la perception du volume, tandis que l’ocre et la texture du béton établissent une parenté avec les murs de pierre environnants.
Une respiration dans la ville
Le site possédait par ailleurs sa propre histoire. L’ancienne usine de foie gras Delpeyrat, fondée en 1890, était désaffectée depuis une trentaine d’années. Un mur de pierre conservé borde désormais la médiathèque le long de la rue. Plus loin, l’ancienne maison bourgeoise qui accueillait les bureaux de l’entreprise a été restructurée pour recevoir l’école de musique. Son porche traversant demeure ouvert au public et ménage une percée vers l’intérieur du site.Entre les deux édifices, l’architecture s’efface pour laisser place au vide. Une place se prolonge au sud par une vaste esplanade, destinée aux usages quotidiens comme aux manifestations en plein air. Ce dégagement révèle surtout une géographie jusque-là peu perceptible : derrière les bâtiments apparaissent la falaise et les arbres qui la surplombent.





La matière comme mémoire
Cette attention au déjà-là se prolonge jusque dans la fabrication des façades. Des moellons récupérés sur le site ont été réemployés pour restaurer une façade existante. D’autres pierres, de plus petit calibre, ont servi à produire la matrice du béton neuf. Pressés sur des panneaux isolants, les cailloux ont imprimé leur relief dans un fond de coffrage artisanal, transférant leur empreinte à la surface du béton. Les granulats qui le composent proviennent eux-mêmes de carrières proches.La façade conserve ainsi quelque chose de la matière du lieu sans chercher à imiter la maçonnerie ancienne. Selon la lumière, ses irrégularités accrochent les ombres et donnent au monolithe une profondeur qui nuance son apparente massivité. Le réemploi devient ici un outil plastique autant qu’une économie de ressources.
La roche entre dans la bibliothèque
À l’arrière, la relation avec la falaise devient beaucoup plus physique. La médiathèque vient s’adosser contre elle et les déformations de son plan suivent les lignes du relief. Cette proximité permet de bénéficier de l’inertie thermique de l’importante masse minérale, faisant disparaître par endroits la frontière entre architecture et géologie.Un salon de lecture est ainsi creusé dans la falaise. La roche y reste apparente, introduisant au cœur de la médiathèque une présence brute, presque inattendue après l’enveloppe construite. Sa masse contribue à la stabilité thermique et hygrométrique du lieu. La fraîcheur, la proximité de la paroi et le sentiment d’épaisseur du terrain donnent à cet espace une atmosphère singulière, à distance des plateaux largement ouverts qui l’entourent.






La lumière comme guide
La lumière change à son tour la perception du monolithe. Dans la double hauteur, elle glisse depuis les hauts-jours, traverse les grandes baies et descend du patio aménagé à l’étage. Au fil du parcours, la roche laisse place à des échappées vers les arbres qui couronnent la falaise, un fragment de ville ancienne ou de ciel. Ces cadrages successifs allègent la masse du bâtiment et accompagnent le regard.
Au premier étage, une terrasse publique prolonge les espaces de la médiathèque face à Sarlat et au paysage. De la fraîcheur du salon creusé dans la roche à la lumière des espaces de lecture, puis aux vues sur la ville, les atmosphères se succèdent au fil du parcours. Le monolithe révèle alors ce que sa silhouette ne laissait pas deviner : une architecture ouverte, traversée par la lumière et le paysage.
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Maîtrise d’ouvrage : Communauté de Communes de Sarlat Périgord Noir
Maîtrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés
Programme : médiathèque (espace de lecture de 940 m², espace pour les actions culturelles de 105 m², administration : 190 m²). École de musique (salle de cours, salle de percussions, salle de formation musicale : 200 m², salle de répétition de 50 m², administration : 40 m²)
Surface : médiathèque 1442 m², école 593 m²
Surface neuve : 1442 m²
Surface réhabilitée : 593 m²
Coût travaux : 3 600 000€ HT







