À Aix-en-Provence, l’Atelier Stéphane Fernandez inscrit quatre villas contemporaines dans un domaine séculaire. En s’appuyant sur la topographie et la matérialité de la pierre massive, le projet propose une lecture renouvelée de l’architecture méditerranéenne.
À quelques minutes du centre d’Aix-en-Provence, le domaine Bel Air semble pourtant appartenir à un autre territoire. Une bastide du XVIIIe siècle, un jardin à la française, une oliveraie, un cèdre remarquable et, en arrière-plan, la silhouette de la Sainte-Victoire composent un paysage dont la force réside autant dans sa géographie que dans son épaisseur historique. Construire ici supposait dès lors moins d’occuper un site que de s’inscrire dans un équilibre déjà constitué.


Le paysage comme matrice
L’Atelier Stéphane Fernandez répond à cette contrainte par une stratégie de retrait. Les quatre villas ne cherchent jamais à s’imposer dans la composition du domaine. Elles disparaissent littéralement sous le niveau du jardin historique, en prenant place dans le prolongement du socle de la bastide. Depuis les terrasses supérieures, l’intervention demeure presque invisible ; elle laisse intacte la lecture du paysage et prolonge les perspectives vers la montagne. Dans ce choix d’enfouissement, la pente devient un matériau de composition, tandis que l’architecture s’organise comme une succession de plateformes qui prolongent les lignes de niveau existantes. Le domaine n’accueille pas quatre maisons posées dans un parc, il produit une topographie habitée.
L’organisation des villas participe de cette lecture paysagère. Implantées en éventail au milieu de l’oliveraie, elles ménagent les distances entre les habitations tout en orientant les espaces de vie vers le grand paysage. Chaque logement s’articule entre deux polarités : un patio minéral, fermé sur lui-même, qui constitue une véritable pièce extérieure, et une façade largement ouverte sur la Sainte-Victoire. Entre intériorité et horizon, le projet retrouve l’une des constantes de l’habiter méditerranéen : protéger sans jamais rompre le lien avec le paysage.




Matière, inertie, permanence
La matière participe pleinement de cette inscription territoriale. Ici, la pierre massive n’est pas utilisée comme un habillage mais comme une structure. Épaisseur des murs, inertie thermique, continuité avec les murs de soutènement traditionnels : le projet revendique une architecture de la matière. Cette présence minérale permet de réinterpréter la figure de la restanque, non comme une référence formelle mais comme un principe constructif capable d’organiser le rapport entre pente, terrasse et paysage.
Cette approche rejoint également une réflexion environnementale. Les murs massifs, les patios, les protections solaires passives, la ventilation naturelle, les toitures végétalisées et le recours à des matériaux géo- et biosourcés traduisent une recherche de performance qui s’appuie sur les qualités intrinsèques de l’architecture. Les quatre villas sont conçues comme des maisons passives, où le climat méditerranéen – non plus contrainte à corriger – se fait paramètre de projet. Tout ici est continuité dans un territoire façonné depuis des siècles par les terrassements agricoles, les jardins et les murs de pierre, prolongement subtil de la géographie d’un lieu.




