AccueilArchitectureTribunesWeissberg + Lacombe Architectes : Trois brevets pour réinventer la réhabilitation   

Weissberg + Lacombe Architectes : Trois brevets pour réinventer la réhabilitation   

Les projets de réhabilitation en milieu occupé confrontent régulièrement les architectes à des contraintes techniques qui ne trouvent pas toujours de réponse dans les solutions existantes. Au fil de plusieurs opérations, l’agence Weissberg + Lacombe Architectes a développé trois innovations ayant conduit au dépôt de brevets. Elles portent sur l’isolation thermique intérieure préfinie, une nouvelle conception de la fenêtre en réhabilitation et le réemploi des anciens boisseaux de cheminée pour la ventilation. Cette présentation en expose les principes, les motivations et les applications.

« Réhabiliter en milieu occupé nous a menés à devoir inventer. Inventer pour pouvoir isoler des bâtiments occupés considérés comme historiques et ne pouvant de ce fait pas recevoir d’isolation thermique extérieure. Inventer pour permettre l’appropriation de l’évolution de l’architecture par les habitants. Inventer pour respecter des bâtiments patrimoniaux en apportant une technicité – ventilation mécanique par exemple. »


Isolation intérieure préfinie
« Isoler par l’extérieur est considéré comme non réalisable pour la plupart des bâtiments existants, jugés subjectivement historiques. Les objectifs thermiques sont souvent de ce fait inatteignables. Isoler par l’intérieur en milieu occupé est très complexe actuellement car demande la pose de doublage, bandes de raccords entre panneaux, enduits, peinture. Lorsque réalisé, cela est souvent organisé en opération tiroir avec relogement, compte tenu des nuisances.
Notre dépôt de brevet consiste en des panneaux de doublage préfinis modulaires (peints ou autre finition), sans enduits et peinture à réaliser sur site. Les panneaux sont des complexes thermiques préfinis, et ne devront pas donner l’image négative quelquefois associée à la préfabrication. Ils seront calepinés comme un projet d’ITE mais en ITI. Ces panneaux seront principalement avec de la peinture blanche pour avoir une finition courante de logement mais peuvent aussi être décoratifs. Les baguettes de jonction (différentes dans un bâtiment des années 60 et dans un immeuble haussmannien, par exemple) feront un projet, amèneront de la qualité au logement. Le métier de façadier intérieur pourrait intégrer la fourniture et pose d’une fenêtre et, dans la continuité (pour réduire au maximum les ponts thermiques), d’une isolation préfinie intérieure. »



« Il sera désormais possible d’isoler par l’intérieur en milieu occupé des bâtiments historiques que l’on ne peut pas isoler par l’extérieur. Avec des nuisances très limitées (chantier rapide consistant essentiellement en du montage d’éléments fabriqués hors-site). L’impact est considérable puisque l’on amène une possibilité d’isoler des bâtiments occupés, qui ne pouvaient pas l’être.
De même, il sera possible d’isoler par l’intérieur par choix, plutôt que d’isoler par l’extérieur. Les échanges entre les acteurs du bâtiment, comme avec les Architectes des Bâtiments de France, seront différents puisqu’il sera désormais possible d’améliorer thermiquement sans modifier  l’architecture en façade, vue de l’extérieur. Cela donne une possibilité d’isolation en milieu occupé, et fait renaître une possibilité de choix architectural et patrimonial entre isolation thermique intérieure et extérieure. Sachant que dans les villes historiques la majorité des bâtiments ne peuvent actuellement être isolés et que cette solution d’isolation intérieure préfinie s’imposera d’elle-même en réhabilitation thermique. »

La fenêtre à grand clair de jour
« Ce brevet a été pensé en travaillant sur des projets de remplacement de fenêtres dans des réhabilitations thermiques de logements sociaux. Parfois ce seul corps d’état à réaliser. Nous avons pensé aux moyens de reconsidérer les locataires à cette occasion, de faire renaître un sentiment d’appartenance par une attention. Il s’agit d’agrandir le clair de vitrage d’une ouverture en façade pour augmenter l’apport de lumière dans la pièce et voir la façade se retourner dans l’ouverture, à travers la fenêtre, plus grande que la baie.
Cette invention repense le rapport à la fenêtre et, par extension, au logement lui-même. Le principe : dépasser la simple ouverture pour créer un cadre architectural engageant une nouvelle relation entre l’habitant et son bâtiment. En concevant des fenêtres plus grandes que les baies murales existantes, nous offrons une expérience inédite : depuis l’intérieur, les locataires perçoivent la façade et non plus seulement l’extérieur lointain.

Cette modification a un impact profond. En redonnant à l’habitant une perception tangible de son immeuble, elle renforce son sentiment d’appartenance. La lumière naturelle est optimisée, les contrastes entre matières révélés. Ce dispositif, appliqué à la réhabilitation thermique, transcende la dimension technique pour devenir un geste architectural à part entière.
Techniquement, cette innovation nécessite une adaptation des principes de fixation, d’isolation et d’étanchéité. L’encadrement surdimensionné doit être conçu pour assurer une parfaite continuité thermique et acoustique. Posée en applique, avec des retours d’isolation, la fenêtre repensée s’intègre dans une réflexion plus large sur la modernisation du bâti ancien. En réhabilitation patrimoniale, où l’existant impose ses contraintes, cette approche permet de le magnifier en améliorant la perception sensible du logement par l’habitant. L’intervention devient alors un dialogue entre l’habitant et son bâtiment, technique et poétique. »


Ventiler par des anciens boisseaux de cheminée ou poêles
« Pour améliorer l’isolation thermique des bâtiments existants et leur perméabilité, la ventilation mécanique contrôlée est généralement inévitable. Des solutions avec création de gaines collectives verticales intérieures, dans les logements, existent. Cela fait perdre de la surface pour l’implantation de gaines, induit des nuisances importantes en milieu occupé (travaux de percement de trémie, plâtrerie, enduit, peinture, pose de gaines, trappes), et des coûts conséquents. Des solutions avec création de gaines collectives verticales extérieures existent, mais cela modifie l’architecture des bâtiments existants, ce qui peut être inacceptable dans certains cas. »

L’agence Weissberg + Lacombe Architectes a étudié la possibilité de création de VMC autoréglable (non basse pression) en passant par les anciens boisseaux de cheminée et poêles. Cela demande un travail spécifique d’études préalables et d’identification des conduits. L’idée est de raccorder un nouveau réseau de ventilation de logement à un réseau VMC en rendant étanches les conduits individuels, par exemple des boisseaux de cheminée.

« Il est désormais possible de réaliser de la VMC dans des bâtiments anciens en boisseaux de cheminée ou poêle. Cela constitue une solution de réemploi des conduits, avec réduction des nuisances en milieu occupé, sans perte de surface, sans modification de l’Architecture des bâtiments vus depuis l’extérieur, et économiquement, d’un coût réduit. »

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