Du 15 au 18 octobre, la 11e édition des Journées nationales de l’architecture place la transformation de l’existant au centre de sa programmation. Sous le thème « Réhabiliter : bâtir l’avenir », visites de chantiers, ouvertures d’agences, conférences, expositions et promenades urbaines interrogent, partout en France, les différentes manières de prolonger, adapter et réinvestir le bâti.
Réhabiliter n’est plus seulement une alternative à la construction neuve. Dans un contexte de raréfaction des ressources et de réduction nécessaire de l’empreinte environnementale du bâtiment, la transformation du déjà-là est devenue l’un des champs majeurs du projet architectural. C’est précisément le parti pris de cette édition 2026 des Journées nationales de l’architecture : considérer la réhabilitation comme « un acte architectural à part entière », capable d’articuler enjeux écologiques, usages contemporains et valeur patrimoniale.
La question dépasse le seul patrimoine remarquable. Logements, écoles, équipements publics, bâtiments industriels ou agricoles sont concernés : il s’agit autant d’améliorer leurs performances que de modifier leurs usages, tout en composant avec leurs qualités constructives et leur histoire. Une manière de déplacer le regard, de l’objet neuf vers les possibilités contenues dans l’existant.
Du changement d’usage à la restauration
La programmation nationale donne à cette réflexion des traductions très différentes. Au Bouscat, en Gironde, l’agence whyarchitecture ouvre ainsi le chantier de transformation d’une ancienne crèche en 28 logements. Le projet s’appuie sur la structure existante, avec une économie de moyens revendiquée et l’aménagement d’espaces paysagers partagés. La visite du 16 octobre 2026 permettra d’aborder très directement une question désormais centrale pour les architectes : comment accueillir dans un bâtiment un programme pour lequel il n’avait pas été conçu ?
Au Havre, c’est à une autre échelle que se joue le réemploi d’un site existant. L’ancienne École de management de Normandie fait l’objet d’une vaste requalification associant logements intergénérationnels, hôtel, pôle de santé et commerces. La visite architecturale « Scènes de vie, Le Havre », organisée le 16 octobre, permettra de revenir sur l’histoire du site autant que sur sa transformation. À Sélestat, la restauration de l’église gothique Saint-Georges replace la réhabilitation dans le temps long du patrimoine : la visite du chantier, le 17 octobre, présentera les différentes étapes d’intervention sur un édifice dont les transformations successives témoignent elles-mêmes de l’histoire de la ville.
Transformer les territoires
Ailleurs, la réhabilitation devient une manière de lire l’évolution d’une ville entière. À Château-Renault, en Indre-et-Loire, une randonnée urbaine consacrée à « 50 ans de réhabilitation du patrimoine industriel » revient sur la mutation de l’ancienne « Cité du cuir » après la fermeture progressive de ses tanneries. Le parcours met ainsi en relation la reconversion architecturale, l’héritage industriel et la transformation urbaine. La programmation s’intéresse également à des architectures plus ordinaires. À Saint-André-les-Alpes, un projet d’auto-réhabilitation permettra d’aborder très concrètement les techniques et matériaux employés pour adapter un bâti ancien aux exigences de confort contemporaines. Dans le Puy-de-Dôme, les visites des estives et jasseries proposées aux scolaires replacent quant à elles le patrimoine agricole dans son paysage, ses usages et ses modes constructifs.
Autre expérimentation, plus prospective : à Roissy-en-Brie, la projection de la série documentaire d’ARTE L’appart du futur revient sur quatre mois d’expérimentation menés par l’ingénieur Corentin de Chatelperron et la designer Caroline Pultz dans un appartement de 26 m² à Boulogne-Billancourt. Leur prototype de logement low-tech interroge moins la forme du bâtiment que les équipements, ressources et usages nécessaires à l’habitat urbain.
Apprendre à regarder ce qui existe
Les Journées nationales de l’architecture conservent enfin leur dimension pédagogique. Les jeudi 15 et vendredi 16 octobre, l’opération « Levez les yeux ! », menée avec le ministère de l’Éducation nationale, s’adresse spécifiquement aux scolaires. Elle propose aux enfants et adolescents d’observer et de décrypter leur environnement architectural, urbain ou rural à partir d’expériences menées sur le terrain.
À travers cette 11e édition, la réhabilitation apparaît à toutes les échelles : de l’appartement au territoire, du changement d’usage à la restauration patrimoniale, de l’économie de matière à la transmission. Une manière, surtout, de rappeler que bâtir l’avenir consiste aussi à savoir lire, conserver et transformer ce qui est déjà là.
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