05/12/2017

La LC4, chaise longue ou star du porno ? — Archisutra, le Kama Sutra pour architectes — Un dôme et un tore pour Dubaï — Dubaï : sauver le patrimoine grâce à l’énergie — Comment Vincent Callebaut reconstruirait Mossoul — Quand « Guitare » rime avec « Canard » — 5 raisons de supporter Calatrava — Tour en cours à Toulouse — Mr. Bean chez Richard Meier. La revue de presse du 5 décembre 2017 
 
 
Du X pour la LC4
C’est un versant de la Corbumania peu connu, ou que ceux qui connaissent prétendront ignorer : l’utilisation du mobilier du Corbu dans le cinéma porno, en particulier de la LC4. La chaise longue où se reposait Charlotte Perriand, sa co-conceptrice, a été rebaptisée candidement « la chaise à baise » dans un film dont on ignore le nom. « Elle fait partie de ces objets qui ont été tellement utilisés dans les films X qu’ils sont devenus un peu comme des amis pour les chefs déco. J’aurais rêvé d’avoir cette pièce de Le Corbusier dans mon arsenal », confie Christopher Norris qui a longtemps été en charge de la décoration sur les tournages du site kink.com. Augustine et Josephine Rockebrune (de Cap Martin) on consacré un ouvrage à cette pièce de mobilier, qu’elles ont recherché dans 800 films disponibles sur le web « Nous avons trouvé nous-mêmes les cent premières scènes. Pour effectuer le reste des recherches, nous avons embauché sur le web de la main-d’œuvre basée à Chandigarh. C’était notre façon de rendre hommage à Le Corbusier, mais aussi à l’Inde qui est l’un des plus gros consommateurs de porno en ligne. » Un travail sans nul doute harassant, au terme duquel on peut avancer deux hypothèses quant à l’omniprésence de la LC4 sur les plateaux pornos : le tournage dans une poignée de maisons louées dans la vallée de San Fernando, et la versatilité de l’objet « Il suffit que les chefs décorateurs équipent ces propriétés de quelques (fausses) chaises Le Corbusier pour que l’objet finisse par apparaître partout à l’image. (…) Dans le milieu du X, avec le rythme effréné des tournages, le décorateur doit pouvoir créer un nouvel espace en réagençant différemment les éléments qu’il possède », explique Christopher Norris. L’historienne du design Alexandra Midal prophétise «  Maintenant, ce fauteuil incarne certainement pour une génération entière quelque chose de l’ordre de la pornographie. C’est formidable d’emmener par exemple des étudiants au MoMA pour voir ce fauteuil. Car ils diront : “Ah je l’ai vu dans un porno !” ». Utiliser le porno pour promouvoir l’archi moderne : une tactique déjà employée par Hugh Heffner, qui se servait de son magazine Play Boy pour faire la propagande du mobilier design.
Via Slate 

Photos DR via Slate

 
Sex and the archi
Ne dites plus « je regarde des livres de “boules” », mais « j’approfondis ma connaissance de l’architecture ». Les sœurs Rockebrune ont rassemblé les ébats des acteurs du X sur chaise longue LC4 dans un ouvrage intitulé « We don’t embroider Cushions here* » — commentaire que Le Corbusier avait lancé à la jeune Charlotte Perriand qui venait lui présenter son portfolio. Miguel Bolivar, un architecte installé à Londres, vient de publier Archisutra, version architecturale du Kamasutra. Oubliez la vague, le grand pont ou le derviche à grand braquet : l’art d’aimer rejoint ici l’art de bâtir, et les positions se réfèrent à l’architecture, prenant le nom de Eames it in, the Petronas, Truss me. Elles sont illustrées par des personnages normalisés tracés au normographe – détourné ici en pornographe – avec indication des angles à respecter façon Neufert. Après le Modulor, de Le Corbusier, le Copulor, manuel orthonormé de l’amour en bâtiment ?
* Ici, on ne brode pas des coussins
Via Dezeen 


Match Dubaï/Abu Dhabi : bientôt 1 dôme partout
Après les folies du corps dans l’architecture, place aux folies architecturales tout court. Cap sur les Émirats Arabes Unis, ou le vent du délire bâtisseur souffle plus fort qu’ailleurs. Dubaï, sans doute jaloux du dôme du Louvre d’Abu Dhabi, annonce qu’il construira un dôme de 67,5 m de haut et large de 130 mètres à l’occasion de l’Expo 2020, suivant des plans de Adrian Smith + Gordon Gill Architecture. Quand Abu Dhabi exprime le poids du dôme de Nouvel en équivalent tour Eiffel, Dubaï préfère utiliser des unités plus locales : son ouvrage, utilisant 13 600 mètres d’acier, pèsera le poids de 500 éléphants, soit 2 265 tonnes. « Je suis très impatient de voir ce dôme s’élever et prendre forme, déclare Ahmed Al Khatib, Vice président de l’immobilier à l’Expo 2020. à l’occasion de l’attribution du marché à la société Cimolai Rimond. “Les dimensions de la structure sont impressionnantes — assez grande pour héberger un Airbus A380 d’Emirates, avec une surface au sol équivalent à pratiquement cinq terrains de football” ». Autant d’idées pour la reconversion du site quand l’expo aura fermé ses portes.
Via Albawaba

 
Match Dubaï/Abu Dhabi : 1 tore à 0
Le dôme n’est que la première cartouche de la riposte architecturale Dubaïote. L’Émirat a dans ses cartons un autre projet, le musée du Futur, qui remporte déjà un prix alors qu’il n’est même pas sorti de terre. L’Autodesk University 2017 a attribué son trophée AEC (Architecture, Engineering and Construction) à ce projet conçu en BIM, catégorie Édification : « Le musée sera implanté à côté des tours Emirates, à Dubaï, et aura la forme d’un tore déformé, avec une façade de verre et d’acier inoxydable sérigraphié d’une calligraphie arabe rétroéclairée ». Selon le jury, « alors que l’intérieur de bien des musées regarde vers le passé, dans ses sept étages, le musée du Futur présentera des expositions d’innovation et d’incubation de nouvelles idées, et de plus sera équipé d’un laboratoire et d’un auditorium pour 400 personnes ». Nous voilà rassurés : la forme du lieu laissait penser que le musée serait dédié à Spirou, personnage de BD évoluant dans un univers peuplé de bâtiments virgulomorphes (soit en forme de virgules).
Via Clarin
impact. La forme torique du futur musée de Dubaï via Clarin

 
Derby dubaïote : passé contre présent
L’architecture spectacle n’est que le versant médiatique d’une fièvre constructive toujours haute à Dubaï « Nous voyons, dans notre quotidien d’ingénieurs structures, beaucoup de bâtiments anciens, historiques et culturels être démoli pour laisser la place à de nouveaux bâtiments, explique Mohamad Khodr Al-Dah. Nous démolissons une villa pour construire un immeuble de quatre étages. Puis, avant que l’on s’en rende compte, on détruit l’immeuble de quatre étages pour construire une tour de 20 niveaux », poursuit l’ingénieur, conscient des conflits d’intérêts générés par sa position. La construction d’une tour donne du travail et fait tourner les bureaux d’études, mais la destruction continue risque de faire perdre le patrimoine architectural de l’Émirat. Le performance based contracting — contrat avec résultat — pourrait peut-être favoriser la réhabilitation plutôt que la destruction. Avec ce système, c’est l’entreprise qui finance les travaux et la modernisation des équipements fluides : elle se paie sur les économies d’énergie réalisées. Les propriétaires ne déboursent pas un sou. Ceux qui voudraient faire valoir un manque à gagner (un immeuble de trois étages rapporterait 54 451 US $, contre 544 514 US $ pour un bâtiment qui en compterait dix) pourraient se voir accorder une subvention ou faire racheter leur immeuble par le gouvernement. Il est des lieux ou rester bas coûte de l’argent…
Via Construction Week On Line 
 
Ruches saoules à Mossoul
Mossoul libérée, mais Mossoul dévastée. « La vieille ville a été laminée, ses immeubles écroulés, ses ruelles anéanties. Les quartiers de la rive ouest n’existent pratiquement plus et la mosquée Al-Nouri et son minaret ont été dynamités par Daech. Au total, entre 50 et 75 % de la ville ont été rayés de la carte, ne laissant que des millions de tonnes de gravats. Selon le gouvernement irakien, il faudra plus d’un milliard de dollars pour réhabiliter les services de base à Mossoul. Près de 700 000 habitants ont fui la cité et ne sont pas rentrés », relate l’édition belge de Paris-Match. Vincent Callebaut, connu pour ses visions futuristes, a un plan pour reconstruire la ville martyre « Fasciné par les villes vertes, cet architecte souhaite non pas reconstruire la ville à neuf vers sa périphérie, mais la recycler depuis son cœur. ‘Les pelleteuses commencent à déblayer les gravats… Dans une logique d’économie circulaire et d’upcycling, tout ce qui peut être réutilisé, recyclé et transformé doit être inventorié et valorisé’, explique-t-il. Il a donc imaginé ‘Les 5 ponts agricoles’, un projet qui vise à reconstruire les cinq ponts de Mossoul qui reliaient les quartiers ouest et Est avant d’être détruits par l’armée irakienne pour encercler Daech ». L’ensemble évoque un avatar d’Habitat 67 en version orientale, rappelant l’architecture indienne et le croisement d’une ruche avec les jardins de Babylone. Mais comment construire cette opération de 55 000 logements possédant potagers sur le toit ? Vincent a un plan : il « souhaite s’appuyer, une nouvelle fois, sur la technologie et cinq imprimantes 3D en forme d’araignées articulées. Des drones autonomes leur apporteraient, en continu, des matériaux de construction provenant des quartiers en ruines, préalablement broyés et transformés dans des recycleries. Grâce à ces ressources, les araignées robotisées pourraient ainsi imprimer les modules d’habitation ‘en dirigeant n’importe quelle buse de construction comme celles utilisées pour verser le béton et les matériaux isolants ou encore en utilisant une tête de fraisage ». C’est comme si c’était fait…
Via Paris-Match
Le projet est intitulé « Les 5 ponts agricoles » | © Vincent Callebaut Architecture via Paris Match

 
Guitarchitecture
L’information était presque passée inaperçue, et pourtant, comme le dit justement Charles Trainor, journaliste du Miami Herald « Hard Rock n’a pas donné dans la finesse sur ce coup ». La chaine aux 168 cafés, 23 hôtels et 11 casinos célébrait fin octobre le lancement du chantier de son nouvel hôtel. Au son de la batterie de Nicko McBrain, batteur d’Iron Maiden, les dignitaires des tribus indiennes Seminole, nouveaux propriétaires de la chaîne, et les pontes du Hard Rock, brisaient en cœur une guitare acoustique sur une guitare électrique pour annoncer la construction de leur tour hôtelière… en forme de guitare ! James Allen, Directeur général du groupe, se rappelle avoir eu l’idée d’un hôtel guitaromorphe en 2007. « À l’époque, même les architectes chargés du projet ne comprenaient pas ma vision. Leur premier projet accolait un bloc rectangulaire à une façade de verre en forme de guitare. (…) J’ai dit, nous parlons bien d’un bâtiment qui prend effectivement la forme d’une guitare », a dit Allen lors de l’inauguration « C’est un autre moment de ma vie où les gens ont vraiment pensé que j’étais totalement dingue ». Ses architectes auraient-il mieux compris s’il avait demandé un canard architectural prenant en l’espèce la silhouette de l’instrument roi du rock ? Peu importe, Allen jubile « il n’y a vraiment, sans aucune exagération, rien de comparable au monde ». Dommage que sa guitare soit privée de manche avec restaurant panoramique. McBrain a également exprimé ses regrets à la presse « où est l’hôtel en forme de batterie ? ». Heureusement qu’Hard Rock est peu versé dans la musique symphonique : son complexe hôtelier s’étendrait de Miami à New York.
Via Miami Herald 

http://www.miamiherald.com/news/business/article180878501.html
 
Valence : apprivoiser Calatrava
Une fois la folie construite, il faut vivre avec. Les Valenciens souffrant des projets de Calatrava l’ont bien réalisé, et tentent de trouver des raisons de vivre avec leur cité des sciences calatravesques disproportionnées, ou leur opéra qui perd son revêtement de carrelage. Un article envisage sous l’angle ironique la réconciliation de la ville avec le « divin de Benimàmet », commune de la métropole de Valence, grâce à cinq axes stratégiques. Profiter de la célébrité de l’architecte, s’approprier ses ‘produits’, l’utiliser comme cheval de Troie touristique, le séparer de la classe politique qui l’a promu, et laisser faire le temps, en comptant sur un retournement critique spectaculaire. « Des œuvres comme la sienne demandent du recul, explique le président du syndicat des acteurs valenciens (…). Il peut se passer la même chose qu’avec Gaudi : à son époque, tous les barcelonais voulaient le tuer, mais dès que c’est devenu un produit commercial tous se sont mis à l’aimer. Nous préférerions sans doute que Valence soit connue pour la Lonja (bourse du commerce du XVe siècle), mais elle est réputée pour Calatrava. Si tu n’en fais pas ton icône, Abu Dhabi le fera »— si l’icône vient à manquer aux Emiratis.
Via Valencia Plaza
 
Au haut Toulouse
À propos d’icônes, où en est la Tour Occitanie ? se demande La dépêche du Midi. La compagnie de Phalsbourg a chargé Libedskind de concevoir une centaine d’appartement et de chambres d’hôtel, 10 000 m2 de bureau et deux restaurants sur un terrain bordant le canal du Midi, à Toulouse. Haute de 150 mètres, la tour sera le premier IGH de la Ville Rose. « (La) demande de permis de construire doit être présentée à la fin du 1er trimestre 2018. Après environ cinq mois d’instruction, le permis doit être déposé par la Métropole. ‘’Nous travaillons déjà à son instruction, afin qu’il entre dans les règles d’urbanisme’’, précise Annette Laigneau, vice-présidente de Toulouse métropole. Et le chantier pourrait commencer au premier semestre 2019. Si tout va bien. (…) «Il faut prendre en compte d’éventuels recours, et peut-être miser davantage sur un début du chantier à fin 2019’’, poursuit Annette Laigneau. Après ? Le chantier devrait durer 36 mois, soit une livraison, au plus tôt, pour mi-2022 ». L’architecte des bâtiments de France donnera un avis, une commission du ministère de la transition écologique et la DRAC étudieront également le dossier, et une pétition contre le projet a recueilli 1200 signatures. En bref, l’affaire suit son cours.
Via La depeche
 
Le Meier d’entre nous
On peut incarner un personnage maladroit à la télévision et aimer l’architecture moderne. Rowan Atkinson a remplacé son manoir année 30 par une maison dessinée par Richard Meier. Après 5 millions de livres de travaux, Atkinson règne sur une bâtisse équipée d’un salon atrium, de toiture à panneaux solaires, d’une maison d’ami et d’un garage secret caché sous un toit végétalisé ou il entrepose sa flotte de voiture de luxe. Le jardin a été dessiné par le paysagiste Tom Stuart-Smith qui a reproduit une prairie devant la maison.
Via Ary News
Picture courtesy: Dezeen

Picture courtesy: Dezeen


 

Olivier Namias