20/09/2016

Derrière la centaine de projets, un réseau multiforme d’école d’architecture, CAUE et architectes conseil préparent le terrain à ces «nouvelles richesses». Les commissaires du Pavillon français ont tenu à valoriser ces contributions.

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Concours Loire & Loges, Microarchitectures, Val de Loire, Maison de l’Architecture Centre © Clément Talbot

Entre panneaux d’affichage rotatifs, projections, films documentaires, maquettes et fresques, ce sont plus d’une centaine de projets qui sont présentés sur les murs d’un Pavillon français pouvant paraître presque vide. Des projets exposés, non comme modèles, mais en tant qu’exemples, aboutissements de démarches interrogeant en profondeur la nature d’un territoire, ses failles, ses possibilités, ses acteurs. Des réalisations émergeant aussi grâce à l’action d’un réseau d’acteurs institutionnels hétérogènes — écoles d’architectures, CAUE, architectes conseils de l’État (ACE) — mis à contribution à l’occasion de cette Biennale.
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Les gares comme vecteur de dynamisme pour les villages. Guérard, Pommeuse, Mouroux. Morgane Besse, Lysiane Kaiser, EAVT Marne la Vallée.

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Atlas des paysages de l’Ardèche. Pierre-Albert Perrillat-Charlaz, Evelyne Chalaye, ENSA Saint-Etienne.

Superposés ou parallèles, ces différents réseaux irriguent un territoire en négatif, que l’on pourrait appeler la France des non-métropoles, dépourvues de la grande ingénierie urbaine portant les projets d’agglomérations que revendique à l’échelle européenne une stature équivalente à celle d’un petit État. Le pavillon français invite au voyage dans ce territoire en miettes, confronté à différents enjeux : conflit entre habitat et infrastructures, mutation des systèmes énergétiques, étalement urbain et morcellement social. « Que faut-il entendre par “département rural” ou “commune rurale” quand il ne reste que 3 à 5 % de la population vivant directement de “la terre” ? s’interroge Patrick Celeste, au sujet du Tarn, département où il exerce la qualité d’architecte-conseil. “Or, c’est bien ce ‘paysage rural’ qui à la fois constitue notre géographie et structure notre imaginaire”.
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Aller au front avec les jeunes des quartiers populaires. Nangis, La Courneuve, Créteil, Bagnolet, Bondy, Melun. Béatrice Mariolle, ENSA Paris Belleville.

Devenant de véritables envoyés spéciaux sur le territoire, école, CAUE ou ACE partent à la reconnaissance d’un lieu, d’un contexte souvent proche, identifiant des objets précis pour s’en servir de catalyseur : l’école d’architecture de Marseille a ainsi travaillé autour d’un GR pour explorer les territoires périurbains marseillais et en dresser l’Atlas. L’école de Nancy s’est penchée sur les communes de moins de 2000 habitants de sa région, entité qui représentent en France pas moins de 80 % du territoire national. Les initiatives sont diverses, foisonnantes et à découvrir. Elle prennent à bras le corps des problématiques ardues et inédites, celle des camps de réfugiés, par exemple, traités par le Studio de Master architecture des Dérèglements (dir. Cyrille Hanappe) de l’ENSA Paris-Belleville ou l’association Système B, travaillant sur les bidonvilles proches de l’ENSA Marne-la-Vallée.
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BORDERLINE. Romain Rousseau et Sabine Guth, ENSA Nantes

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Musée d’art et d’archéologie Sainte-Croix, Poitiers, Philippe Challes, architecte conseil de l’état

Après la reconnaissance d’un contexte, qui peut aller jusqu’à la valorisation d’objets du patrimoine récents, tel le musée Sainte-Croix de Poitiers présenté par l’ACE Philippe Challes, les architectes se posent aussi la question de leur rôle et de leurs moyens. Comment intégrer les nouveaux matériaux ; peuvent-ils servir de levier pour introduire une nouvelle architecture ? Comment aussi sensibiliser le public, vulgariser au sens noble du terme l’architecture, à l’instar de l’ARDEPA, association nantaise qui organise des visites dans sa région ? Jusqu’où intégrer la participation avec l’usager, comment nouer le dialogue, diffuser la culture architecturale dès l’école primaire ?
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Le patrimoine du XXe siècle : matière à projet. Jean-Patrice Calori, Bita Azimi, Nicolas ANDREATTA – Anne-Marie BARNAUD – Pauline GIBOIN, ENSA Versailles.

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Métropole au Sud. Elodie Nourrigat et Jacques Brion. ENSA Montpellier

Les initiatives nombreuses allient l’observation et action, et, en dépit d’un contexte souvent morose, de fractures sociales et spatiales, gardent l’envie de faire : c’est l’avenir radieux de Bernard Quirot, séminaire monté par l’architecte dans sa ville de Pesme proposant de renouer avec une architecture de proximité, ou le Trans Rural Lab de l’ENSA Paris Val de Seine qui voit des architectes retourner aux champs, se confronter directement aux problématiques d’agriculture urbaine. Loin des grands dess(e)ins et de l’architecte démiurge, ces démarches voient l’avènement d’une nouvelle figure : l’architecte-arpenteur, accompagnant au quotidien les mutations territoriales.
 

Olivier Namias