19/07/2016

Spécial Inscription de l’œuvre de Le Corbusier au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

corbusier-Maison ouvrière Saint-Nicolas d’Aliermont
Maison ouvrière à Saint-Nicolas d’Aliermont, Seine Maritime. Le Corbusier architecte, 1917. © Adagp/Fondation Le Corbusier

 
Corbu honoré, Corbu attaqué !
« Une bonne nouvelle ou un moment d’égarement? », s’interroge sans détour Télérama, lançant un débat entre Xavier de Jarcy – procureur général – et Luc le Chatelier – avocat – sur l’œuvre de Le Corbusier, entrée au patrimoine de l’humanité le 17 juillet 2016, après avoir essuyé deux refus en 2009 et 2011. Certains se réjouissent, d’autres profitent de l’occasion pour ressortir les cadavres des placards. Adversaire résolu de l’œuvre et de l’homme, de Jarcy revient sur ce « passé qui ne passe pas », résumant en quelques lignes la thèse de son ouvrage« Le Corbusier, un fascisme français ».  pour les cinquante ans de l’anniversaire de la mort du Corbu. L’auteur voulait dénoncer les sympathie de l’architecte pour l’extrême-droite, accointances conférant une tonalité fasciste à son œuvre construite. Le magazine Géo revient sur « ce dont rêvait Le Corbusier pour la rive droite », c’est à dire le Plan Voisin, agité comme un épouvantail pour effrayer le lecteur entre deux voyages dans les lagons enchanteurs. « Les amoureux du vieux Paris doivent-ils se faire du souci ? », se demande l’auteur de l’article comme si les pelleteuses descendaient la rue de Rivoli. Le Corbusier voulait raser le centre de la capitale au nom de la modernité, c’est finalement son grand ami, Malraux, qui ringardisera les modernistes en redonnant son lustre au Marais. Débarrassé de sa couche de suie, le passé est redevenu le futur ! Quand au passé fasciste de l’architecte franco-suisse, il sera finalement discuté le 23 et 24 novembre prochain, plus d’un an après avoir été annoncé de façon tonitruante lors de la visite de presse de l’exposition retrospective du Centre Pompidou.
via TéléramaGéo et Le Moniteur
 
Classe mondiale et classe locale
10 des 17 sites inscrits à l’UNESCO se trouvent en France, ce qui divise de facto le patrimoine corbuséen hexagonal en deux catégories : les « Mondiaux célèbres » et les « Locaux anonymes ». Ces derniers peuvent être déçus « Et pourquoi pas Rezé? », déplore Ouest-France en constatant l’absence de l’imposante Cité radieuse bretonne dans la liste des bâtiments reconnus pour leur « valeur exceptionnelle universelle ». Difficile, effectivement, de passer à coté du paquebot de 100 mètres de long perçant le skyline de l’agglomération nantaise. L’UNESCO n’étant pas favorable aux candidatures en série, il a fallut choisir la plus aboutie des cinq unités d’habitation, explique Michel Richard, directeur de la Fondation Le Corbusier. Et c’est Marseille, « avec son merveilleux toit-terrasse », qui a remporté la mise, bien que « Rezé a su préserver plus fortement l’esprit d’origine » du phalanstère vertical. Réunis à Istanbul, les experts de l’ICOMOS perturbés par le putsch en cours auraient omis une question fondamentale : Esprit corbuséen, es-tu là ?
Via Ouest France 
 
#Je suis Corbu
Ils ne peuvent pas arborer le précieux macaron orné du logo du « World Heritage », mais ne doivent pas perdre espoir pour autant. Les coins de France disposant d’une œuvre du Corbu ne figurant pas sur la liste des 10 sites pourraient bien faire ruisseler sur eux un peu de la notoriété acquise à l’UNESCO. « Quelle est la bonne écluse Le Corbusier ? ». Les dernières nouvelles d’Alsace posent une devinette à la façon « où est Charlie » à propos de l’écluse de Kembs-Niffer sur le canal Rhin-Rhône. Celle dessinée par Charles Edouard Jeanneret en 1960 se reconnait à sa toiture en parabole hyperbolique. Quasiment inutilisée, elle a presque pris l’allure d’une cabane de jardin depuis la modernisation de l’écluse en 1995, et la construction d’une « majestueuse tour de commande » que bien souvent, « les meilleurs publications attribuent au célèbre architecte. Bien à tort ». Qu’elles cessent !
Via les dernières nouvelles d’Alsace 
 
Corbusier (Le) for connoisseur
De son coté, le fil d’actualité de la CCI de Normandie déniche un projet de jeunesse du Corbu à Saint-Nicolas d’Aliermont, près de Dieppe. Une œuvre pour super-initié et amateur ultra-chevronné : une maison jumelée genre Phénix, construite en 1917 à la demande de l’horloger Bayard pour loger ses ouvriers. « Le Corbusier s’inspira des réflexions menée à Saint-Nicolas d’Aliermont pour réaliser les groupements sociaux de Lège et Pessac », affirme la voix de la CCI au grand dam du journal Sud-Ouest, qui voit dans « six cubes aux couleurs méditerranéennes » de Lège-Cap-Ferret « la première déclinaison du concept de maison égalitaire destiné à loger les ouvriers ». A qui est le point ?
Via Normandinamik 
 
Corbusa Dry
Attention à ne pas voir désormais du Corbu partout, comme on voit déjà du Eiffel sur la moindre poutrelle d’acier riveté, au risque de rajouter de l’amertume à la déception. Ainsi, certains Spinaliens – (habitants d’Épinal) – ont été d’autant plus furieux d’apprendre que l’usine Claude-et-Duval avait intégré le patrimoine mondial alors que leur « Kiosque de la Vierge », boutique de journaux spinalienne, restait, anonyme, sur le carreau. Un bâtiment modeste, aux allures de Ronchamp, œuvre de Le Corbusier d’autant plus méconnue qu’elle est …de Jean Crouzillard, architecte en chef de la reconstruction dans les années 50. Ça ressemble à du Corbu, mais ce n’est pas du Corbu, et c’est pour cela que ça désappointe !
Via Vosges-Matin 
 
No Corbu, no problem
Les Spinaliens chagrins devraient prendre exemple sur Piacé, village sarthois qui ne compte aucune œuvre de Charles Edouard, et ne se démonte pas pour autant. La commune affirme lui avoir inspiré sa théorie sur la ferme radieuse au début des années 30. A l’époque, l’artiste céramiste Norbert Bezard avait imaginé avec Le Corbusier des solutions pour « sortir le monde rural du romantisme du fumier », et, mais il ne le savait pas, sauver en 2016 ce hameau de 363 âmes d’un oubli profond. Conseil aux maires : commandez vite un panneau « Corbu was here » , une solution pas idiote pour transformer les centres-bourgs en déshérence en villages heureux. Radieux, forcément radieux quartiers corbuséens…
Via Ouest-France
 
Les Champions
« Le Corbusier, Champion du monde » a titré Le Parisien. Revenus bredouilles du Stade de France le 10 juillet, nos compatriotes auraient pu profiter de cette victoire de l’architecture survenue une semaine plus tard pour faire malgré tout la fête. « L’usine Le Corbusier de Saint-Dié-des-Vosges classée par l’UNESCO ! » : si l’on en juge par le point d’exclamation terminant le titre du fil d’info « Blé lorraine », la nouvelle est surprenante. Bien sûr, Le style particulier du sélectionneur franco-suisse, faiseur « d’utopies vivantes et clivantes » divise « les pro, farouchement pro, et les anti farouchement anti », même si, témoigne l’architecte Vanessa Fernandez à la Voix du Nord, « il était d’une avant-garde incroyable, dans les années 30 ou après guerre ».
Via Le Parisien , Blé Lorraine et La voix du Nord 
 
Les raisons d’une victoire
Comme pour le France-Allemagne de l’Euro 2016, cette consécration survient après une longue série de défaites. 2009, ou 22 sites furent présentés devant la commission, puis 2011 avec 19 sites, rappelle La Croix, qui revient sur les raisons de ces échecs à répétition. « On craignait, selon le quai d’Orsay, que la consécration de l’architecte (…) ne fasse passer au second plan les autres représentants du mouvement moderne ». Autre faille des précédentes candidatures « l’absence notable de complexe du Capitole, l’Inde n’ayant pu jusque là participer au dossier pour des raisons administratives ». En 2016, La plus grande démocratie du monde a pu rejoindre une équipe internationale regroupant sept pays – France, Suisse, Japon, Argentine, Belgique, Allemagne – un fait rare, souligne encore La Croix. L’inscription devrait être une bénédiction pour la fréquentation touristiques des sites , qui devrait augmenter de 25 à 30% si l’on se fie à ce que l’on a observé sur d’autres sites du patrimoine mondial. En attendant la ruée sur l’or du Corbusier, le département de Haute-Saône organisera entre le vendredi 22 et le dimanche 24 un lâcher de 3 000 ballons munis de cartes postales à renvoyer à l’office du tourisme. Les 25 premiers expéditeurs recevront deux entrées pour visiter la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp. T’as voulu voir Vesoul et on a vu Corbu, pourra-t-on chanter bientôt dans le 70.
Via La Croix et Vosges Matin
 
Après Corbu?
Quelle sera la prochaine œuvre architecturale à rentrer au patrimoine mondial? Pourquoi pas cette incroyable « Eglise-Poulet » construite dans la jungle indonésienne par Daniel Alamsjah, concepteur de 67 ans mue par « une vision d’inspiration divine ». Loué soit le seigneur, s’est écrié un internaute devant ce temple dédiée à un culte inconnu et, pour autant qu’on puisse en juger, pacifique et tolérant. Ce sanctuaire abandonné ne devrait-il pas encourager l’ICOMOS à inscrire tous les canards architecturaux de la planète sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité ? Après l’œuvre de le Corbusier, il serait temps de reconnaître la puissance de l’Effet Venturi !
Via the Daily Mail 
 
Pour mémoire
Le comité du patrimoine mondial a annoncé lundi 17 juillet qu’il avait joint l’œuvre de Le Corbusier aux quatre nouveaux sites inscrit sur sa liste (avec l’ensemble de Pampulha de Niemeyer, le chantier naval d’Antigua et le parc national de Khangchendzonga en Inde. Les œuvres de Le Corbusier distinguées sont les suivantes, classées par ordre chronologique par Le Monde. Il s’agit des maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris, une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « cité radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône), le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la culture (1953) à Firminy (Loire). La France totalise 10 sites sur 17. 1031 sites de 163 pays figurent actuellement sur la liste du patrimoine mondial. 
Via Le Monde

Olivier Namias

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