À l’occasion de Paris Design Week 2026, le fabricant espagnol ACTIU a présenté Living Twice, un dispositif d’aménagement conçu avec matali crasset autour de la coexistence des usages dans les espaces de travail. Articulé autour d’un paravent acoustique en feutre recyclé, le projet traduit la philosophie Life Friendly Spaces défendue par l’entreprise, attentive au bien-être des occupants et aux relations humaines.
Lors d’une rencontre organisée à Paris, Soledad Berbegal, conseillère et directrice de la réputation et de la marque d’ACTIU – entreprise familiale espagnole fondée par son père, Vicent Berbegal – et la designeuse matali crasset, dont le travail explore depuis plusieurs décennies les usages et les modes de vie contemporains, sont revenues sur les intentions de cette collaboration, la matérialité du projet et la place du mobilier dans l’évolution des environnements professionnels.
ACTIU, une conception des espaces centrée sur l’humain
Fabricant de mobilier pour les environnements professionnels et collectifs, ACTIU a progressivement diversifié son activité, initialement tournée vers l’habitat puis les bureaux, pour intervenir également dans les secteurs de la santé, de l’hôtellerie et de l’éducation. Cette diversification s’accompagne d’une réflexion sur la place du mobilier dans les espaces contemporains. À travers sa philosophie Life Friendly Spaces, ACTIU défend une conception attentive aux conditions de vie et de travail, dans laquelle le confort des occupants s’articule avec la responsabilité environnementale et la qualité des relations humaines.
« Nous parlons d’espaces où les personnes se sentent bien, où elles se sentent protégées et incluses. Lorsque vous savez que les matériaux utilisés sont recyclés, qu’ils proviennent de circuits de proximité et qu’ils respectent l’environnement, vous vous sentez mieux. Les Life Friendly Spaces parlent aussi de socialisation et de collaboration. Aujourd’hui, la digitalisation est un très bon outil, mais elle peut aussi conduire les personnes à se sentir seules. Nous voulons changer cela », explique Soledad Berbegal.

Pour la représentante d’ACTIU, cette démarche engage également la relation de l’entreprise avec son territoire et son écosystème productif. Elle évoque la nécessité de préserver les savoir-faire, les ressources et les conditions de fabrication, dans une approche qui associe conception et responsabilité industrielle. « Il s’agit aussi de protéger la communauté, le territoire, la culture, l’histoire et l’artisanat. C’est une philosophie d’entreprise : créer avec responsabilité, sans détruire. »
ACTIU s’intéresse également à l’influence de l’acoustique, de la lumière, des matériaux et des configurations spatiales sur la concentration et le niveau de stress. En cela, l’entreprise souhaite notamment intégrer des critères mesurables à l’évaluation de ses aménagements. « Avec la Neuroarchitecture, nous mesurons comment les personnes se sentent, leur concentration, leur calme, leur stress. Grâce à ces mesures, nous pouvons ensuite mieux concevoir les espaces », précise Soledad Berbegal.
« Living Twice », les usages avant les formes
Conçu par matali crasset pour ACTIU, « Living Twice » s’organise autour d’un paravent acoustique semi-circulaire en feutre issu de PET recyclé. Ce dispositif à double face accueille deux configurations complémentaires, dédiées respectivement aux échanges informels et au travail. Sa géométrie enveloppante, ses couleurs et ses propriétés acoustiques contribuent à différencier les usages tout en préservant la continuité de l’espace. Pour la designeuse, le projet s’inscrit dans une recherche engagée depuis plusieurs années autour de l’habitabilité et des scénarios de vie.

Un travail qui commence par l’observation des comportements et la définition des situations qu’un espace est amené à accueillir. « Je travaille sur les scénarios de vie », indique matali crasset. « L’objet arrive après. Là, le scénario de vie est assez clair : l’idée de faire cohabiter deux espaces et d’obtenir une fluidité d’action entre ces deux activités. Quand j’ai commencé ce métier, je me disais : c’est drôle, on travaille là, on dort là, mais qui s’occupe de ce qui se passe entre les deux ? La vie n’est pas faite en tranches, la vie est fluide, elle est beaucoup plus naturelle que nos structures. Il faut qu’on arrive à prendre en compte cette vivacité et aussi l’inventivité de la vie. »
« Living Twice » renvoie à cette possibilité d’occuper un même lieu de plusieurs manières. La forme du paravent participe de cette intention ; sa courbure contribue à organiser les situations sans recourir à une séparation architecturale conventionnelle. La géométrie permet en effet d’inviter les occupants à se rapprocher et à s’approprier l’espace. La couleur participe également de cette lecture, avec deux ambiances distinctes déterminées à partir des teintes disponibles pour le feutre recyclé.
Cette proposition répond enfin aux transformations du travail, notamment à la présence intermittente des salariés dans les bureaux. Pour matali crasset, les espaces partagés doivent désormais permettre de retrouver des formes de vie collective, au-delà des seules activités professionnelles. « Je travaille depuis des années sur ce qu’on appelle l’habitabilité. Cela se développe à différentes échelles. Ici, on est dans une configuration de bureau où on va convoquer le commun. Pourquoi convoquer le commun aujourd’hui ? On le sait, pour qu’une entreprise fasse un corps social, c’est très compliqué. Depuis le Covid, les gens sont à la maison une partie du temps. Le peu de temps où ils sont au bureau, il faut une structure qui favorise le commun. Cela veut dire proposer d’être ensemble, mais de différentes façons, avec différents types d’attention ». Une dimension collective qui rejoint les orientations défendues par ACTIU pour qui le mobilier est envisagé comme un élément susceptible d’influencer les comportements et de faciliter les échanges, à travers les situations qu’il propose et les qualités de l’environnement qu’il contribue à créer.
Transformer les espaces de travail sans tout reconstruire
La collaboration entre ACTIU et matali crasset repose dès lors sur une proximité de démarche. La designeuse souligne l’importance qu’elle accorde aux valeurs des entreprises avec lesquelles elle travaille et à leur traduction dans les objets qu’elle conçoit. « Je pense que c’est aussi le rôle du designer de venir, à un moment donné, comprendre comment l’entreprise fonctionne, comprendre les valeurs qui se développent. Je ne fais des projets que lorsque je partage les mêmes valeurs. Quand on est dans ces espaces, on ressent ces valeurs. Elles sont là, elles sont présentes. L’engagement qui a permis leur conception fait qu’elles se réactivent au quotidien lorsqu’on occupe l’espace. »
Le projet soulève pour finir la question de l’intervention sur les espaces existants. Pour la designeuse, certains dispositifs de mobilier peuvent contribuer à modifier la perception et l’organisation d’un lieu sans nécessiter de transformation structurelle importante. « On va arriver dans un moment où, peut-être, on aura moins d’interventions structurelles, parce qu’il faut aussi penser au budget. De telles interventions pourraient être remplacées par des structures comme celle-ci, qui viennent se construire à l’intérieur de l’espace. On peut imaginer cette paroi dans un lieu laissé brut : elle qualifie le lieu à elle seule. C’est ce genre de raisonnement qui est intéressant : ne pas chercher à faire un projet complètement terminé, complètement unifié. » Une réflexion qui rejoint les préoccupations environnementales du fabricant : faire en sorte que le mobilier contribue à l’évolution des environnements professionnels, en accompagnant les usages et les relations entre leurs occupants.
https://www.actiu.com
https://www.matalicrasset.com/fr





