Avec Pierre d’Artiste, Alain Ellouz transpose des œuvres de Matisse, Monet, Soulages ou Michel-Ange sur des plaques d’albâtre traversées par la lumière. Présentée à Paris à l’occasion de la Paris Design Week, cette nouvelle collection explore moins la reproduction de l’image que sa rencontre avec une matière vieille de plusieurs millions d’années.
Que devient une œuvre lorsque son support possède déjà son propre dessin ? Dans les pièces imaginées par Alain Ellouz, l’albâtre n’est jamais une surface neutre. Ses veines, ses nuages et ses variations de transparence traversent l’image, la prolongent parfois, en modifient la profondeur. Lorsque la lumière s’allume derrière la pierre, une seconde lecture apparaît : celle d’une image désormais prise dans l’épaisseur de la matière. C’est sur ce principe que repose Pierre d’Artiste, première collection développée à partir d’une technique mise au point pendant plusieurs années par la maison. Cinq pièces sont présentées à la Galerie Alain Ellouz : deux interprétations de Matisse, un Monet, une variation autour de Soulages et un Michel-Ange. Les œuvres quittent ainsi le seul plan du tableau pour investir différentes situations de l’espace : au mur, au sol et même au plafond, où Michel-Ange retrouve symboliquement la position de la fresque originelle.
De l’image à la matière
L’origine du projet tient à une intuition née devant une tapisserie réalisée d’après Polynésie, la mer de Matisse : pourquoi ne pas tenter une interprétation dans l’albâtre ? La question paraît simple ; sa résolution aura demandé plusieurs années de recherche. Car le choix de la pierre intervient ici avant même son impression. Alain Ellouz dispose d’un fonds constitué au cours de vingt-cinq années d’expéditions dans les carrières espagnoles : 6 500 plaques d’albâtre, toutes photographiées. Pour chaque image, il sélectionne celles dont les veines pourront entrer en correspondance avec la composition, puis les assemble afin de déterminer très précisément la place de chaque accident naturel dans l’œuvre. Le procédé introduit ainsi une forme d’incertitude dans un dispositif pourtant extrêmement maîtrisé. Aucun bloc d’albâtre n’étant identique à un autre, deux pièces ne peuvent être strictement semblables. La reproduction rencontre ici l’irréductible singularité d’un matériau naturel.




Dessiner avec la lumière
La technique développée par la maison repose ensuite sur un travail extrêmement fin de la surface. Une tête à micro-aiguilles intervient à l’échelle du micron sur la pierre préalablement sensibilisée par un gel. Mais une autre opération se révèle déterminante : naturellement très translucide, l’albâtre reçoit localement des blancs de soutien qui en modulent l’opacité. Plaque après plaque, ce réglage détermine les parties que la lumière traversera et celles qu’elle laissera dans l’ombre. L’image possède dès lors deux états. Éteinte, la pièce laisse d’abord apparaître l’œuvre et le dessin minéral de son support. Éclairée, elle acquiert une profondeur supplémentaire : les sédiments emprisonnés dans la pierre deviennent visibles et introduisent leur propre géographie dans la composition. Selon les mots d’Alain Ellouz, l’albâtre apporte ainsi à l’œuvre « comme un subconscient ».
La collection Pierre d’Artiste est présentée à la Galerie Alain Ellouz, quai des Grands-Augustins à Paris, du 10 au 19 septembre 2026, dans le cadre de la Paris Design Week.



