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Grand Ji à la Paris Design Week : une autre manière d’habiter l’hôtel

À l’occasion de Paris Design Week, le groupe hôtelier chinois H World dévoile en avant-première sa nouvelle marque premium Grand Ji. Présentée au sein de China Creative Power, celle-ci développe une conception de l’hospitalité où le calme, la distance et le rituel du thé déterminent l’espace autant que son décor. Installé au 10 rue de Turenne, dans le 4e arrondissement, Grand Ji marque pour H World une nouvelle étape : selon le groupe, c’est la première fois qu’une marque hôtelière chinoise participe sous son propre nom et de cette manière à Paris Design Week. Une présence que H World inscrit dans le passage des acteurs chinois de l’hôtellerie d’une logique de puissance par la taille à une reconnaissance par le design.

Conçue sous la direction de Guangming (Ray) Zhou, fondateur et directeur créatif de Vermilion Zhou Design Group et chief designer de H World Group, Grand Ji cherche à traduire dans l’espace certaines pratiques et représentations issues de la culture chinoise sans recourir à une accumulation de signes immédiatement identifiables. L’eau, les nuages, le thé, le pin et la pierre constituent les cinq éléments autour desquels se construit cet univers. « L’eau peut porter un bateau, mais elle peut aussi le renverser. Elle peut être douce, mais aussi très puissante », explique Zhou. Le pin convoque les paysages de montagne, le thé les gestes ordinaires de la vie chinoise. « Nous ne cherchons pas à mettre des symboles chinois partout en disant : “Regardez, c’est chinois.” Nous essayons de revenir à la nature et à la manière chinoise de la comprendre. »

Ralentir l’arrivée
Cette intention se traduit d’abord dans le parcours. Avant l’entrée, un mur bas soustrait le lobby au regard depuis la rue. Le visiteur le longe, accompagné d’un pin, avant d’atteindre un espace de transition où des briques de feuilles de thé compressées introduisent une dimension olfactive. « Nous utilisons l’espace, la lumière, les odeurs, les matériaux, tout, pour vous ralentir », résume Zhou. Il remarque même que les clients y parlent spontanément moins fort : « Nous ne leur demandons jamais de le faire. C’est l’espace qui modifie leur comportement. » À l’intérieur, le comptoir de réception s’efface derrière une longue table où l’on prépare le thé. « Quand on entre dans Grand Ji, je veux que l’on ait l’impression d’entrer dans une maison de thé. » Le rituel précède ainsi les formalités d’enregistrement. Plus largement, le thé traverse l’hôtel, du lobby aux chambres. « La culture ne devrait pas être seulement quelque chose que l’on accroche au mur. Il faut pouvoir la manger, la sentir, s’asseoir dedans, vivre dedans. »

Une certaine qualité du vide
Le rapport à l’intimité façonne également les espaces collectifs. Lobby, salle du petit-déjeuner ou salle de sport sont ponctués de séparations légères plutôt que conçus comme de vastes plateaux ouverts. « Nous ne voulons pas d’un immense espace ouvert avec beaucoup de tables et de chaises où tout le monde peut voir tout le monde », précise Zhou. Cette retenue se retrouve dans les couleurs peu saturées et la place accordée au vide. « Dans l’esthétique chinoise, ce que l’on laisse vide peut être aussi important que ce que l’on place dans l’espace. » Le calme devient ainsi une composante du projet, construit par le parcours, les distances, la matière, la lumière et les perceptions.

Du lieu au modèle
La technologie, très présente – enregistrement automatisé, accès à la chambre par téléphone, commandes vocales ou robots pour certains services – est au contraire appelée à s’effacer. « Je ne veux pas que la technologie devienne le personnage principal », affirme Zhou. Au premier plan doivent demeurer « le thé, les odeurs, le bois, l’art, la nourriture, la nature ». Cette expérience sensible s’inscrit pourtant dans une logique industrielle. H World entend faire de Grand Ji un modèle reproductible, notamment grâce à la préfabrication et à la conception modulaire. « Nous n’essayons pas de faire un bel hôtel. Nous essayons de créer un nouveau modèle hôtelier », explique Zhou.

Cette capacité de déploiement est celle d’un groupe déjà fortement internationalisé. H World exploite plus de 13 000 hôtels dans 21 pays et est présent en Europe avec une centaine d’établissements, notamment à la suite de l’acquisition d’un groupe hôtelier allemand en 2019. Grand Ji doit désormais ajouter à cette puissance de réseau une identité de design propre.

C’est dans cette tension que la proposition trouve son intérêt : comment préserver un parcours, une odeur de thé, une certaine qualité du vide lorsque l’architecture devient un système destiné à être reproduit ? Pour Zhou, l’enjeu dépasse la seule identité d’une marque : « Un hôtel est une petite version d’une culture. C’est la manière dont on vit, dont on mange, dont on accueille les gens, dont on s’assoit ensemble, dont on garde ses distances. Dont on comprend l’espace. »

Paris Design Week
Du 10 au 19 septembre 2026
China Creative Power – 10 rue de Turenne – Paris 4

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