26/07/2016

Nouvelles richesses, l’exposition du pavillon français à la 15e biennale de Venise, dresse un inventaire de l’architecture française. Nous revenons sur les projets de la salle Terreau, que nous présenterons tout au long du mois d’août. 

biennale venise terreau bonnet ajap
Croquis de la salle Le Terreau © Obras-Frédéric Bonnet Ajap14

Faire le portrait de l’architecture française est toujours un exercice délicat. La dernière tentative notable en la matière remonte à la publication du livre France Architecture 1965-1988, sous la plume de Jacques Lucan. Déplorant régulièrement son absence sur la scène architecturale mondiale – la sélection d’Alejandro Aravena, commissaire de cette 15e biennale, a fourni une nouvelle occasion d’auto-flagellation — l’architecture française donne rarement une image lisible d’elle-même. Douterait-elle de sa pertinence, de son unicité, ou, ce qui revient au même, de sa réalité, c’est à dire de sa capacité à former un ensemble modelé par une ou plusieurs tendances, des écoles, des techniques ?

 

Après la French Touch en 2008, Frédéric Bonnet et le collectif AJAP14 ont exposé au Pavillon Français des Giardini un panorama de la production nationale de ces 10 dernières années, en prenant le parti pris des Nouvelles du front, motto lancé par Aravena. Invitant à résoudre les problèmes sociaux par l’architecture, ce slogan teinté d’héroïsme facile devrait selon nous susciter autant de réserves que d’enthousiasmes. Il faut reconnaitre à Bonnet et aux AJAP 14 d’avoir su l’interpréter sans misérabilisme, en tenant compte d’un contexte national, qui, malgré la crise, n’appelle pas les solutions d’un pays émergent – une confusion parfois entretenue dans les allées de la corderie.

 

Cependant, en sélectionnant une équipe composée du lauréat du grand prix de l’urbanisme 2014 (Frédéric Bonnet) et des lauréats du prix des jeunes architectes, les ministères de la Culture et du Logement ont pu donner l’impression de consacrer une nouvelle fois leurs choix. N’y avait-il donc aucun candidat valable parmi la vingtaine de postulants au commissariat, pour la première fois attribué sur concours ? Consacrée par ce visa officiel, il se peut que l’exposition finisse par se muer en digest illustrant à tout propos la politique architecturale du gouvernement. Il se peut qu’elle déplaise, et certains ne se sont pas privés d’exprimer leur mécontentement face à ce choix de bâtiments ne misant pas sur la flamboyance. Elle n’est pas exempte de critiques, mais on ne peut lui reprocher de développer une vision attendue ou facile du territoire, vision d’autant plus pointue qu’elle est informée et nourrie par des institutions qui ne sont pas connues pour parler d’une seule voix – les CAUE, les écoles, les maisons d’architectures, et les Architectes-conseils de l’État (ACE).

 

S’attachant aux territoires dépourvus des grands outils d’aménagement dont disposent les métropoles, le pavillon français affirme promouvoir une architecture source de Nouvelles Richesses, titre de l’exposition. Nous avons voulu vous présenter cet été l’ensemble des projets d’architectures rassemblés sous forme de diaporama dans la salle « Terreau », moins diffusés que les dix projets figurant dans la salle « territoire ». Terreau, une appellation qui cerne les ambitions de cette cinquantaine d’exemples choisis selon un parti pris affirmé, offrant une perspective critique à méditer, ainsi qu’un nouvel état de cette insaisissable architecture française.

Olivier Namias 

« Nouvelles richesses », exposition du pavillon français à la 15e biennale de Venise, sera présentée jusqu’au 27 novembre sur le site des Giardini.

Mardi prochain 2 août, épisode 1 : les équipements sportifs et sanitaires

A voir aussi : Biennale 2016 : architecture année 0 et Nouvelles du front, Nouvelles richesses