28/03/2018

Flash-back quelques décennies en arrière, dans les années 1960. Rien ne laissait prédire la fin des 30 glorieuses. On embauchait donc à tout va, de nombreux ouvriers venaient de loin pour travailler dans les industries françaises, qui tournaient à plein régime. Une population ouvrière qui nécessitait d’être logée. C’est ainsi que l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture invente le Tétrodon, habitat modulaire, conçu pour être produit en série, de manière peu coûteuse et légère.

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Photo : Anne Vanrapenbusch

Le tétrodon, un container augmenté

Sur la base d’un container de dimension standard ( 913,5 x 243,6 x 258,8 cm ), 1 La structure du container permet d’assurer une auto-stabilité, qui permettant d’assembler les Tétrodon, de les empiler, afin de créer de grands volumes de plusieurs logements. Sur cette base métallique viennent s’ajouter des coques en polyester, qui abrite chacune un usage bien spécifique : espace-repos, espace-repas, espace-cuisine, espace-sanitaire. L’architecte Jacques Berces et la designer Annie Tribel ont travaillé sur ces excroissances qui permettent d’ajouter de l’espace aux 22m² initiaux.  C’est d’ailleurs de là que le Tétrodon tire son nom : le Tétrodon est un poisson qui a la capacité de se gonfler en fonction de ses besoins (défensifs notamment). Le module du container pouvant être multiplié à la demande, cela à permis de créer des regroupement de plusieurs habitats.

Axonométrie Tetrodon
Axonométrie : CAUE Gironde

L’architecture au service

La production du Tétrodon est donc lancée en série, pour loger rapidement les ouvriers. Dans une démarche de diminution des coûts, les coques sont assemblées sur site, directement sur les containers, afin de faciliter le transport de ces derniers. Les premiers exemplaires commandés par la SONACOTRA (Société Nationale de constructions de logements pour travailleurs) sont installés à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Une petite centaines d’exemplaires seront utilisés dans un centre de vacances, en Gironde à Lège-Cap-Ferret. D’autres projets Tétrodon verront le jour, mais seul un millier d’exemplaires seront fabriqués. Habitat modulaire faire d’acier et de plastique, le Tétrodon subi de plein fouet le choc pétrolier de 1973, et la production est arrêtée. 

Le tétrodon aujourd’hui

Aujourd’hui, l’habitat utopiste des années 60 tente de revenir au gout du jour. En Gironde, 40 sont utilisés pour loger des saisonniers à Claouey, alors que 40 autres, entreposés à l’espace Darwin de Bordeaux, servent de logements d’urgences. On cherche à sauver un patrimoine architecturale, qui a d’ailleurs reçu le label Patrimoine du XXe siècle en 2012. On cherche à les ré-exploiter, à leur trouver un nouvel usage, on les déplace, pour sensibiliser le public à cette architecture utopiste certes, mais qui soulevait déjà les questions du logement d’urgence et sa précarité, dès les années 1960.

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Photo : Anne Vanrapenbusch

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Photo : Anne Vanrapenbusch

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Photo : Anne Vanrapenbusch

L’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture

L’AUA, créé en 1960 par l’architecte Jacques Allégret, avait pour vocation d’engendrer des réflexions autour du projet d’architecture et d’urbanisme, en croisant les différents métiers qui étaient amenés à y réfléchir, notamment les architectes et les urbanistes, mais également des ingénieurs, des décorateurs… Il souhaite « offrir un lieu qui permette à différents spécialistes de travailler côte à côte sur les mêmes dossiers, d’apprendre à se connaître et à se comprendre » Relativement inédit à l’époque, ce travail de collaboration semblait nécessaire au fondateur de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture. Durant les 26 années de son existence, l’Atelier ne dépassera jamais 50 employés, des indépendants venants de tant à autre pour soutenir divers projets. Malgré la dissolution de l’AUA en 1986, la thématique de la collaboration entre plusieurs acteurs du bâtiment reste une préoccupation toujours très actuelle.
 

Anne Vanrapenbusch