08/03/2017

L’architecture de la peur : terrorisme, catastrophe, sécurité, maintient de l’ordre, justice et droits voisins… La revue de presse du 7 mars 2017
 
L’humanitaire en dur
«Quand on pense Croix-Rouge, on pense tentes, abris, camps. Mais l’architecture dans l’action humanitaire, ce n’est pas seulement une architecture de l’urgence » explique Samuel Bonnet, chef de la construction au sein de l’Unité eau et habitat du CICR, déplorant que seules les structures éphémères fassent l’objet d’une forte médiatisation. Ce qui prive les institutions internationales des architectes et ingénieurs dont elles auraient bien besoin pour concevoir des bâtiments plus pérennes que les tentes. Le budget – 225 millions de francs (suisses) à l’année – est là, pour des constructions «en dur», qui constituent «la plus grosse part des mandats du (CICR) dans le domaine de l’architecture et de l’ingénierie du bâtiment, notamment parce que la nature des conflits se transforme. Samuel Bonnet analyse: «Dans le contexte de la décolonisation, les organismes tels que le nôtre exerçaient principalement dans le cadre de programmes d’urgence. Aujourd’hui, les guerres durent plus longtemps, de manière souvent fractionnée. Elles se sont complexifiées. Les besoins se sont modifiés et nos projets peuvent parfois s’étaler sur plusieurs années.» On peut citer les conflits qui ont cours en Syrie, au Soudan du Sud, au Yémen ou encore en Afghanistan. «Et puis, les guerres ont aussi quitté le champ de bataille, elles se sont urbanisées»». La «guerre urbaine durable», le côté obscur du DD ?
Via Le Temps

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Centre de réadaptation physique, Myitkyina, Myanmar, 2016 via le temps

 
Nouvelles du front, nouvelles du stress ?
Le magazine Forbes ose un parallèle hardi entre l’art de bâtir et le premier amendement de la constitution des États-Unis « l’architecture est une liberté d’expression — un commentaire sur les skylines ouverts, les environnements, les gens, les communautés et la société elle même. Mais jusqu’où peut aller la société quand cette liberté est menacée par des forces artificielles (dans le sens de non naturelles, NDLR) comme le terrorisme ? ». Trouvant préférable d’être en sécurité plutôt que désolée — mieux terrés qu’atterrés en somme —, Forbes voit dans l’architecture notre nouvelle arme antiterroriste, et dans les architectes nos nouveaux soldats. « Le domaine public est devenu la vraie ligne de front : les rues, les parcs, les promenades, les écoles, les tribunaux, les lieux de cultes, les commerces et les assemblées. Alors les architectes sont sur la ligne de front. La sécurité est une question primordiale que les architectes se doivent de considérer », explique Thomas Vonier, architecte basé à Paris et Washington. « Nous devons puiser dans notre créativité et notre intellect, pour trouver de nouvelles solutions de sécurité qui n’obstruent pas l’espace, voire même qui augmente la beauté et la fonctionnalité ». On guettera les premiers exemplaires du barbelien, nouvel ordre en fil barbelé remplaçant le dorique et le corinthien, lors du prochain Milipol, salon de l’armement qui ouvrira ses portes en novembre prochain, peu après Batimat dans les halls de Villepinte.
Via Forbes 
 
En Marche
Tous les architectes n’adhèrent pas à la feuille de route de M. Thomas Vonier, et refusent de mettre l’architecture au service de la sécurité intérieure. « Nous ne dessinerons pas votre mur », a proclamé l’Architecture Lobby, « une organisation qui plaide pour les travailleurs de l’architecte et la valeur de l’architecture auprès du grand public », qui s’élève contre l’appel d’offres lancé par le DSH (Département de la sûreté nationale) et sa RFP (Request for Proposals ou Appel à candidatures) pour la construction du SBW (Southwestern Border Wall — mur de la frontière sud-ouest) voulu par Donald Trump, et dont le coût estimé représente 101 à 270 fois le budget annuel pour la culture. L’organisation refuse que l’on mette l’architecture au service » de la xénophobie, la discrimination ou le racisme », mais il y a bien sûr des brebis galeuses, et déjà 300 agences se seraient montrées intéressées par le RFP, de même que de grandes entreprises comme LafargeHolcim. La publication de la liste des candidats à l’appel d’offres par l’Architecture Lobby a fait reculer certaines agences. Pour continuer la lutte, le Lobby invite les architectes à quitter leurs bureaux le 10 mars prochain, et de faire une sortie de 45 minutes en guise de démonstration de force.
Via Archpaper 
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The Architecture Lobby calls to resist Trump’s border wall project. As architecture and construction firms gear up to bid on Trump’s border wall, the Architecture Lobby resists the call. The Wall at the border of Tijuana, Mexico and San Diego. The crosses represent migrants who died in the crossing attempt. Some identified, some not. Surveillance tower in the background. (Courtesy Tomascastelazo via Wikipedia) via Archpaper

 
TGI « Travaux grandement interdits » au public
C’est l’omertà au futur TGI, où les visites sont « impossibles tant que le chantier n’est pas terminé », indique l’EPPJP (établissement public du palais de justice de Paris). Après un père divorcé resté quatorze heures accroché à une grue après avoir déployé l’inscription : « Égalité parentale », et trois adeptes du base jump qui s’étaient elancés du toit du tribunal, un journaliste du parisien a réussi à forcer les barrières du chantier. Au quatrième étage, vue imprenable sur le grand hall. Le plafond de lumière promet d’être magnifique. Les salles d’audience sont en cours d’aménagement. Dans le long couloir donnant sur la baie vitrée, elles se succèdent. « Pour aller plus haut, vous devez prendre l’ascenseur », me conseille un homme portant des plaques de bois. À l’ascenseur, il faut trouver le bon bouton. (…)« On peut attendre très longtemps. C’est le problème quand on a du matériel à monter », m’indique avec complicité un électricien. Au passage il me signale que je n’ai pas le gilet jaune fluo. « Un ouvrier s’est pris 1 500 € d’amende dernièrement. Il n’avait pas non plus ses lunettes ni des protège-oreilles ». Se serait-il trouvé dans une phase-test de verbalisation conduite en prévision de l’arrivée des magistrats ?
Via Le Parisien 
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« Nous avons pu visiter le chantier sécurisé du futur palais de justice de paris, porte de Clichy (XVIIe) » via Le Parisien

 
Hostile Adélaïde
Partons à la découverte des espaces publics du CBD (Central Business District) d’Adélaïde, Australie : « pattes métalliques sur les bancs publics, pièce d’acier inox condamnant les recoins, bancs trop fins ou trop courts pour que l’on dorme dessus, quelques armes tirées de l’arsenal anti-SDF », détaille Julian Worrall, professeur d’architecture et d’urbanisme à l’université locale, dénonçant « des mesures contraires à la mission de l’espace public, qui est d’être ouvert à tous ». Plus que des dispositifs « hostiles » vilipendés par Worrall, Ben Willsmore, président de l’ordre des paysagistes du sud de l’Australie, y voit dispositifs « défensifs » prévenant les blessures du public. Quant au maire, il se défend de vouloir chasser les SDF : il vise en fait les skaters, qu’il invite à kickflipper et popshove-iter du côté du Skatepark qu’il a construit à leur attention plus loin dans la ville. De son côté, le président d’une association caritative dénonce l’inutilité de cet attirail, la priorité des SDF, – qui dorment par terre et pas sur le mobilier urbain -, étant de trouver un endroit où ils se sentent en sécurité. La population des sleeping rough (dormeurs à la dure) d’Adélaïde s’accroît, constate-t-il, « en particulier, il y a beaucoup de jeunes gens qui ne se voient pas comme des SDF, mais dorment à la dure ».
Via Indaily 
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Metal lumps in front of a building on Currie Street prevent damage to the marble – but also prevent homeless people from sleeping there, via In daily

 
Caracas, architecture de la violence.
« C’est vraiment irresponsable de votre part de conduire à cette heure de la nuit, m’dame (…) vous ne devriez pas vous promener dans une si petite voiture ». Ces réprimandes en forme de conseil ont été adressées à une habitante de Caracas par les personnes qui lui extorquaient son véhicule. La ville se classe désormais parmi les plus dangereuses du monde, et s’y déplacer après le coucher du soleil relève de la bravoure suprême, relève The Guardian. L’insécurité « affecte les différentes classes de différentes manières, mais elle touche tout le monde, explique le représentant d’une institution internationale. Si vous vivez dans un quartier pauvre, même si vous réussissez à rentrer à la maison avant la nuit, vous devez vous lever très tôt le matin, et beaucoup d’agressions et de vols ont lieu à l’aube. Dans les gated community du nord de la ville, les résidants ont installé une machine qui lit les numéros de carte d’identité des visiteurs. S’en suivent d’interminables files de voitures attendant patiemment chaque jour d’être admises à l’intérieur du quartier ». L’architecture de la ville est changée, le style caribéen ouvert n’ayant pas survécu aux impératifs de sécurité. Quant à l’urbanisme sécuritaire « il a un impact négatif sur la dynamique sociale. Il fragmente l’espace public, brise la cohésion sociale, perpétue l’insécurité, et, enfin, diminue la qualité de la vie urbaine ». 
Via The Guardian
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Electrified fences block off homes and gardens in Caracas’s wealthier neighbourhoods. ‘They’re reminiscent of prison or a concentration camp,’ says a local architect. Photograph: Carlos Garcia Rawlins/Reuters via The Guardian

 
Fronde à Belfort
PADD de ça chez eux : des maires du Grand Belfort se mobilisent contre le transfert de leur compétence d’urbanisme à l’intercommunalité et à passer du PLU au PLUi comme la loi les y oblige… À moins qu’un quart des membres de « l’interco » représentants 20 % de la population s’y opposent. Pour Damien Meslot, le président du Grand Belfort, cette fronde n’est pas une surprise. L’élu s’est déjà résolu à ce que le transfert ne se fasse pas : « ce n’est absolument pas grave. Nous avons déjà le SCOTT (le schéma de cohérence territoriale) » qui permet, à l’échelle du département, de coordonner nos politiques en matière d’urbanisme et ça suffit. Je pense que les mentalités ne sont pas prêtes pour le moment ». Les maires ne perdront pas leur PLU, « c’est une des seules compétences qu’il nous reste, sinon on va finir par fleurir les chrysanthèmes lors des commémorations et rien d’autre » dit un frondeur. Il ne pensait pas pouvoir faire le PLUi et le beau temps ?
Via France Bleue 
  
Louée ne soit pas l’Acropole
« L’Acropole est un symbole pour toute l’humanité et ne peut pas être l’objet de transactions commerciales », a rétorqué le ministère de la Culture Grec à la marque Gucci, qui voulait louer le monument pour un défilé en échange de deux millions d’euros. « La situation difficile du pays n’est pas un prétexte pour céder le monument », aurait ajouté le ministère, apparemment vexé que Gucci ait présenté l’évènement comme une sorte de faveur à la Grèce économiquement malade. Le marchand d’articles de sport de l’Oregon qui exploite Athéna Nike depuis années doit s’attendre à ce que le ministère de la Culture ne lui lâche plus les baskets.
Via El Pais 
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Una bandera griega ondea junto al Partenón. MARKO DJURICA REUTERS via El pais

 
Des coûts et des ©ouleu®™
Après l’achat du Vantablack par l’artiste Anish Kapoor, détenteur exclusif des droits d’exploitation de cette teinte ultra noire développée pour les avions furtifs, le quotidien El Mundo s’interroge : les couleurs peuvent-elles avoir des propriétaires ? Le bleu Klein est un précédent, et certaines couleurs portent le nom de personnes, constate El Mundo : Gris Payne, rouge Upsdell, vert Napier, rose Schauss, mais il ne s’agit pour ces derniers cas que d’appellations d’usage n’ouvrant pas droit à des royalties. «Dans la législation espagnole, il n’est possible d’avoir un droit exclusif sur une couleur qu’à travers une marque. Il ne peut y avoir de propriété intellectuelle ou de droit d’auteur sur une couleur, que l’on ne peut considérer comme une oeuvre originale, face à toutes les couleurs de la nature», explique un avocat spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle. Et pour enregistrer une couleur comme marque, « il faut démontrer qu’on peut la représenter graphiquement (à travers un système de type Pantone), et, de plus, qu’elle jouit d’une reconnaissance suffisante », c’est-à-dire que les consommateurs sont capables de rattacher la couleur à une marque existante. « En 2004, la multinationale Kraft, propriétaire des chocolats Milka, est parvenue à enregistrer la couleur lilas de ses produits auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle ». Les couleurs de la BP et du Barça ont obtenu le même type de protection. Pour protéger les couleurs « Le Corbusier », diffuser sur divers produits du bâtiment, faudra-t-il les associer à la célèbre paire de lunettes de leur créateur ?
Via El Mundo 
 

Olivier Namias