La galerie d’architecture à Paris présente l’exposition « DEMOGO Plan-Séquence » du 17 avril au 16 mai 2026.
Le plan-séquence, technique cinématographique fondée sur l’unité temporelle d’une prise continue, constitue le fil rouge de cette exposition, offrant une lecture sensible de notre recherche architecturale à travers le temps et la perception. La continuité du regard, l’allongement de la durée, la coïncidence entre le temps de la représentation et celui de l’expérience deviennent autant d’instruments pour appréhender une architecture qui se déploie et se construit par la progression perceptive.
Les projets présentés traduisent une approche compositionnelle qui refuse de concevoir l’architecture comme un objet statique et autonome. L’espace s’y déploie comme un organisme articulé, structuré par une succession de points de vue en mouvement. Il ne se livre jamais immédiatement, mais se révèle progressivement au fil de la traversée, dévoilant sa complexité et sa richesse perceptive.
L’observation répétée depuis des angles et conditions variés génère une multiplicité d’images et de relations impossibles à réduire à une lecture unique. Chaque projet s’ouvre ainsi à une pluralité d’interprétations, où l’expérience individuelle devient un acteur de la construction du sens. La rupture avec une vision monolithique de l’espace permet l’émergence d’architectures plurielles, capables d’accueillir des usages, des significations et des appropriations diversifiées.
Dans ce cadre, la relation au contexte se fait dynamique et processuelle. L’orographie, les matériaux, le paysage et le tissu urbain ne sont pas de simples arrière-plans, mais des conditions actives de perception et de projet. La profondeur de champ, comprise comme l’extension du regard dans l’espace et le temps, devient un outil de conception capable d’intégrer les dimensions physiques, sensorielles et narratives.
Concevoir selon le principe du plan-séquence revient à imaginer des parcours qui se déploient progressivement, modulant la perception du temps et de la continuité spatiale. L’espace architectural apparaît alors comme une succession d’événements plutôt que comme une série d’images isolées : un palimpseste où fonctions, histoires et transformations se superposent au fil du temps.
L’exposition elle-même adopte cette logique narrative, se proposant comme un dispositif à traverser plutôt qu’à simplement observer, et comme une archive ouverte à l’interprétation. Le parcours d’exposition devient ainsi une expérience subjective de mouvement, où chaque visiteur est invité à construire son propre plan-séquence, en activant des relations, des interprétations et des résonances émotionnelles entre les projets présentés et les documents d’archives exposés.
@galerie d’architecture
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Inauguration le jeudi 16 avril 2026
Vernissage de 18h30 à 21h
Table ronde le vendredi 15 mai 2026 à 19h
Visites guidées par les architectes les samedis 18 et 25 avril, et samedi 2 mai à 16h
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Bivouac Fanton
Les Marmarole forment une chaîne montagneuse à la fois sauvage et difficile d’accès. Le bivouac s’implante sur un col à 2 667 mètres d’altitude, et s’ouvre sur un vaste paysage façonné par la roche, la lumière, le vent, la neige et l’éloignement.
Ici, l’architecture d’altitude prend une dimension radicale, où tout semble se dilater dans l’immensité du paysage. Le désir d’explorer s’oppose au besoin vital de se mettre à l’abri et de retrouver une échelle humaine.
Le Bivouac Fanton se définit comme un projet en tension entre mesure et démesure, une œuvre minutieuse qui trouve sa force dans sa capacité à amplifier les perceptions. L’habiter revient à se placer entre les lentilles d’un télescope : une tentative de cadrer l’espace, de le circonscrire, d’en faire un lien entre l’homme et l’environnement. Il s’agit de tracer une césure capable d’imposer au paysage une limite provisoire, comme une compression progressive de la roche, de la lumière, du vent et de la neige.
Cet équilibre s’incarne dans l’espace intérieur de l’ouvrage : un « ventre » en bois qui adoucit la rudesse du milieu, tandis que la fibre de verre s’épaissit couche après couche, telle une seconde peau, servant à la fois de coque et de structure.
Le volume, façonné par le site, présente un profil fortement incliné, s’adaptant ainsi à l’orographie des Marmarole. Ce profil conserve toute sa puissance à l’intérieur du bivouac reliant ainsi le lieu à la vallée d’Auronzo.
Hôtel de ville de Gembloux
Ce projet se nourrit de l’âme complexe de la ville de Gembloux, un lieu façonné par son histoire et par l’accumulation des strates architecturales, presque de manière organique.
Le thème fondamental du projet est d’instaurer une relation symbiotique entre le patrimoine historique et l’architecture contemporaine. Le nouvel Hôtel de Ville s’inscrit ainsi dans la topographie irrégulière du Parc d’Épinal et se compose de plusieurs volumes reliés entre eux, chacun dédié à un usage spécifique.
La nouvelle place publique devient le point de départ de liens visuels vers l’architecture emblématique de la ville. L’Hôtel de Ville est traversé et fragmenté par des espaces de liaison, conçus comme des diaphragmes vitrés. Leur transparence amplifie la perception de la monumentalité inhérente au Beffroi, de l’église décanale et de la Maison du Bailly.
L’environnement urbain est transformé par cette interprétation contemporaine qui redessine les volumes en tenant compte de la logique profonde du site historique. Les matériaux et les teintes se fondent avec le bâtiment, tandis que les surfaces entièrement revêtues de cuivre naturel reflètent la lumière de Gembloux et réagissent aux conditions atmosphériques. Il en résulte un dialogue avec l’existant, offrant à la communauté un objet architectural singulier qui reflète l’identité de son contexte.


Hôtel de ville de Gembloux © Pietro Savorelli
Quartier général de la Guardia di Finanza, Bologne
Ce projet s’inscrit sur un site isolé de la ville de Bologne, composé d’éléments urbains disparates, formant un espace résiduel hétérogène, encadré par des structures verticales : au nord, la ligne ferroviaire et la gare à grande vitesse qui composent un rideau continu d’infrastructures logistiques ; au sud, la zone dynamique du Centre Social et Culturel DumBo ; à l’est, la Via Tanari et les limites d’une ville multi-strate.
Le projet transforme cet interstice marginal en une opportunité de régénération. Le nouveau volume s’y insère de manière compacte, affirmant son identité par le dessin précis de son profil.
Cette approche génère une série de terrasses en continuité avec les espaces de bureaux, conçues comme des prolongements des fonctions principales. Ces jardins surélevés établissent un dialogue visuel avec le paysage urbain de Bologne et offrent une qualité supplémentaire aux espaces de travail.
L’idée directrice du projet repose sur la notion de relation, et vise à transformer la limite en un « troisième espace » capable d’engendrer de nouveaux usages et de nouvelles perceptions. Les façades se déploient selon une composition rigoureuse de chaînages et profils, révélant de subtiles variations en relief. Le résultat est un motif modulaire de panneaux, dont la teinte rouge résonne avec celle des façades de Bologne, créant une continuité chromatique avec la ville.
Médiathèque de Carcassonne
La nouvelle médiathèque de Carcassonne s’articule en plusieurs volumes visibles depuis le fleuve, offrant de multiples orientations visuelles vers le paysage et le tissu urbain environnant. Implantée dans un contexte fort, entre le square Gambetta et le front de l’Aude, la médiathèque se veut centrale, reliant les différentes entités du site, avec une architecture porteuse de sens et de continuité.
Le bâtiment structure le front de l’Aude grâce aux trois orientations de ses volumes distincts. Leur présence accompagne le cours du fleuve et prolonge l’alignement des arbres situés au nord de la parcelle jusqu’à l’embranchement du boulevard Paul Sabatier. Outre cette frontalité, la fragmentation du programme en trois volumes ouvre généreusement le bâtiment sur le paysage. La médiathèque ne se limite pas à une façade tournée vers l’Aude, elle se déploie vers le paysage tout entier, à l’est sur la cité, comme à l’ouest sur le futur parc. Le projet s’insère ainsi harmonieusement dans son environnement, conciliant ancrage et ouverture.
Ce travail volumétrique préserve également les vues depuis les habitations situées au nord de la parcelle et crée des percées visuelles majeures vers le parc à venir. L’implantation du bâtiment, pensée en réponse à de multiples contraintes (ensoleillement, vents dominants), génère des micro-espaces extérieurs en pleine terre, conçus comme des refuges climatiques, créant ainsi un jardin unique.


de Bologne © Iwan Baan
Médiathèque de Carcassonne © Metro Cubo Digital
Palais de Justice de Trani
Trani se distingue historiquement par sa grande qualité architecturale : une ville de pierre, tournée vers l’Adriatique, inscrite dans un territoire qui incarne pleinement la culture et le paysage méditerranéens.
Le projet de restauration et d’extension du Palazzo Carcano instaure un dialogue avec plusieurs éléments du tissu urbain. L’enjeu consiste à prolonger, avec une écriture contemporaine, la continuité morphologique de l’existant. Le Castello Svevo, la Piazza Re Manfredi et la Cathédrale de l’Assomption (Beata Maria Vergine Assunta) composent ainsi un paysage visuel singulier, révélant l’essence profonde du lieu.
L’extension interroge le lien entre l’architecture d’origine et son environnement. Par une approche compositionnelle qui redéfinit l’enceinte urbaine, elle rétablit un espace de transition vers le vide situé à l’ouest. Un nouveau volume est modelé selon les lignes périmétriques inachevées du Palazzo Carcano : il referme l’angle en le définissant comme un bastion de pierre, s’adaptant et s’inclinant selon le tracé des bâtiments existants.
Les deux registres du projet, extension et réhabilitation, fusionnent dans la volonté de former un système unique, capable d’assimiler la succession des strates historiques. Le choix met élégamment en évidence la transition entre la partie préexistante du bâtiment et son extension, proposant une réinterprétation critique des espaces intérieurs et introduisant une nouvelle expression contemporaine, en symbiose avec l’identité urbaine de Trani.

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DEMOGO est un atelier d’architecture italien fondé en 2007 par Simone Gobbo (1980), Alberto Mottola (1979) et Davide De Marchi (1980). Le travail de DEMOGO explore la relation complexe entre contemporanéité et articulation spatiale, en adoptant une approche d’auteur attentive aux dimensions perceptives de l’habitat. À travers ses recherches, le studio accorde une attention particulière aux qualités évocatrices des lieux, développant un langage en constante évolution, fait d’adaptations et d’interprétations architecturales.
DEMOGO accompagne sa pratique de conception d’une réflexion théorique de recherche, régulièrement publiée dans les principales revues internationales d’architecture. DEMOGO est fréquemment invité à présenter et exposer ses réalisations lors de conférences, d’expositions et de projets éditoriaux. Ses projets ont notamment été exposés à la Biennale d’architecture de Venise et à la Triennale de Milan, et figurent dans la collection permanente du MAXXI (Musée national des arts du XXIe siècle) à Rome. Parallèlement à leur activité professionnelle, les associés enseignent à l’Université IUAV de Venise, à l’Université de Gênes et à l’Université de Ferrare. Enfin, DEMOGO développe des projets et participe à des concours internationaux en collaboration avec des agences d’architecture internationales parmi les plus prestigieuses.
En 2009, DEMOGO remporte le concours international Europan 10 pour la conception de l’Hôtel de Ville de Gembloux en Belgique. Achevé en 2015, ce projet reçoit le Young Talent of Italian Architecture Award, décerné par le Conseil national des architectes en collaboration avec le MAXXI.
En 2015, DEMOGO remporte le concours pour la reconstruction du Bivouac Fanton situé sur la Forcella Marmarole (2 667 m), dans les Dolomites. En 2018, ce projet est sélectionné dans le cadre du programme curatoriel « Arcipelago Italia », présenté lors de la 16e Exposition internationale d’architecture de Venise.
En 2018, DEMOGO est sélectionné par l’European Centre for Architecture, Art, Design and Urban Studies et le Chicago Athenaeum comme l’un des 40 architectes et designers émergents de moins de 40 ans. La même année, le studio reçoit la Médaille d’or de l’architecture italienne – T Young De Albertis Award pour le projet du Bivouac Fanton, exposé à la Triennale de Milan.
En 2019, DEMOGO est invité par le MAXXI à Rome à participer à l’exposition AT HOME. Progetti per l’abitare contemporaneo. En 2023, il est de nouveau inclus dans l’exposition FUORI TUTTO Esporre i depositi della Collezione MAXXI. Les dessins et maquettes de l’Hôtel de Ville de Gembloux et du Bivouac Fanton font aujourd’hui partie de la collection permanente d’architecture du musée.
Entre 2020 et 2021, DEMOGO remporte plusieurs concours, notamment pour le Centre civique Flaminio à Rome, le Palais de justice Palazzo Carcano à Trani ainsi que pour le nouveau siège de Gibus, des projets actuellement en cours de développement.
En 2022, le studio reçoit le Barbara Cappochin International Prize for Architecture et le Dedalo Minosse International Prize for Commissioning.
En 2023, DEMOGO achève les nouveaux bureaux de la Police financière à Bologne, un projet récompensé au Best Architects 24. La même année, avec le Bivouac Fanton, il remporte le Grand Prix de Design Architectural de l’Année aux DNA Paris Design Awards et le Prix national au BigMat International Architecture Award.
En 2024, DEMOGO est présélectionné pour le Mies van der Rohe Award pour l’architecture européenne.
En 2025, DEMOGO participe à la construction du nouveau Palais de Justice à Trani et remporte le concours pour la Maison de la Musique et de la Culture à Chêne-Bougeries en Suisse. Il gagne également, en association avec Atelier Fernandez, le concours pour la Médiathèque de Carcassonne, en France.
En 2026, DEMOGO s’engage dans un travail de recherche donnant lieu à l’exposition Plan-Séquence, présentée à La Galerie d’Architecture lors de sa première exposition à Paris.



