À l’occasion de Workspace Expo 2026, Vitra esquisse une évolution sensible des espaces de travail en introduisant « Beta », une approche qui privilégie l’instabilité fertile aux modèles figés. Entre recherche de robustesse et attention aux usages mouvants, l’éditeur propose une lecture du bureau comme milieu en transformation continue.
Avec « Beta », Vitra déplace le regard. Il ne s’agit plus de concevoir des environnements stabilisés, mais d’accepter leur caractère transitoire, presque inachevé. Raphael Gielgen, prospectiviste du travail, évoque « une strate, un état d’esprit, une nouvelle manière d’aborder le travail », prolongeant la notion de « Dynamic Spaces » introduite par la Dancing Wall. Cette approche s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par l’incertitude économique, les mutations sociopolitiques et l’irruption de l’intelligence artificielle dans les organisations. Lors de la conférence consacrée à « l’entreprise robuste », Karin Gintz, Directrice Générale de Vitra France, avance une autre grille de lecture : penser des environnements capables de s’adapter, de coopérer et de durer, en dépassant une logique de performance immédiate au profit d’une capacité de résilience. L’espace de travail devient alors un support actif, ouvert à des reconfigurations successives.



Des dispositifs pour l’indétermination
Les systèmes présentés traduisent cette orientation avec une précision constructive assumée. Reset, conçu par Stephan Hürlemann, repose sur des plateformes carrées de 75 cm de côté pour 28 cm de hauteur, constituées d’un panneau et de deux éléments de base. Quelques pièces de liaison suffisent à les assembler, les déplacer, les démonter ou les recomposer, sans planification préalable. Le dispositif permet d’investir des zones intermédiaires – couloirs, espaces d’attente – pour y installer des gradins, des forums, des îlots de travail ou des configurations plus informelles.
Scout, développé par Konstantin Grcic, se présente comme une famille de tables fixes ou mobiles, montées sur roulettes, dont les structures en tubes d’acier réglables en hauteur servent à la fois de support et de point d’ancrage pour des accessoires. Les plateaux peuvent s’emboîter pour optimiser le rangement. L’ensemble autorise des configurations variées, du travail individuel aux situations collaboratives. Le designer précise : « Scout a été créé comme un outil dynamique pour les environnements de travail d’aujourd’hui : mobile, adaptable et ouvert. Il ne définit pas un mode d’utilisation unique, mais offre des possibilités d’agencement flexibles et personnalisées. »

L’espace de travail comme paysage évolutif
La nouvelle version de Dancing Wall prolonge cette réflexion en affinant un dispositif déjà identifié dans les environnements tertiaires. Allégée, plus durable et plus économique, cette cloison mobile conserve ses usages multiples – séparation, support d’écrans, tableaux ou éléments végétalisés – tout en intégrant une déclinaison à mi-hauteur, la Dancing Station. Celle-ci peut prendre la forme d’une console, d’une table étroite, d’un module de tri ou d’un point de convivialité.
À travers ces objets, une continuité se dessine entre mobilier et architecture. Les éléments ne s’inscrivent plus dans une hiérarchie stable, mais dans un champ de relations mouvantes. L’espace de travail s’apparente alors à un paysage évolutif, traversé par des usages fluctuants, où chaque configuration reste provisoire, prête à être réajustée.






