Il y a dans l’architecture de Níall McLaughlin quelque chose de silencieux. Une manière de laisser parler la lumière, d’écouter la matière, de donner au lieu le temps de se révéler. En lui décernant la Royal Gold Medal for Architecture 2026, le Royal Institute of British Architects ne salue pas seulement une carrière exemplaire ; il reconnaît une pensée patiente et profondément humaine de l’architecture.
Né à Genève en 1962, formé à Dublin avant de fonder son agence à Londres en 1990, McLaughlin a construit une œuvre à contre-courant du spectaculaire. Là où d’autres cherchent la signature, il préfère la continuité. Là où l’époque accélère, il ralentit. Son architecture ne cherche pas à s’imposer : elle s’installe, elle accompagne, elle dure.
La lumière comme matière
À Cambridge, la New Library du Magdalene College (2021), qui lui a valu le Stirling Prize en 2022, s’élève avec une évidence presque monastique. Brique chaude, proportions calmes, lumière maîtrisée : le bâtiment semble avoir toujours été là. À Oxford, la Bishop Edward King Chapel (2013) déploie sa structure de bois ajouré comme une nef contemporaine, filtrant le jour en un réseau délicat d’ombres et de clarté. À Dublin, l’Alzheimer’s Respite Centre (2011) s’organise en pavillons apaisés autour de jardins intérieurs, conçus pour des résidents dont la mémoire vacille, mais dont les sens demeurent attentifs.McLaughlin aime rappeler que l’architecture n’est pas une image mais une expérience. Il se méfie de l’originalité tapageuse. « Parfois, c’est la chose silencieuse au cœur d’un projet qui est originale », dit-il. Une brique posée d’une certaine façon, une lumière cadrée avec précision, un détail qui transforme l’usage quotidien.




Hampshire House © Nick Kane
Student Accommodation, Somerville College © Nick Kane
Faith Museum © Nick Kane
Construire comme un acte
En recevant la médaille d’or, il déclare : « Construire est un acte, non un objet. L’architecture réside dans sa fabrication et dans la manière dont elle façonne l’apprentissage, la culture et la vie communautaire. » Un bâtiment n’est jamais une fin en soi, un moment dans une chaîne plus longue, celle des générations qui transmettent, habitent, modifient, transforment. Dans sa conférence Six Pockets of Time, il évoque le temps comme une matière invisible que l’architecture rend perceptible – une profondeur faite de mémoire, d’usage et d’anticipation. À l’heure où la technologie promet rapidité et optimisation, McLaughlin insiste sur les rituels humains, sur la lenteur nécessaire du geste constructif. Il parle d’architecture comme d’une « performance continue », une pratique vivante plutôt qu’une production d’objets isolés.




House at Goleen © Nick Kane
Bishop Edward King Chapel © NAARO
Bishop Edward King Chapel © Niall McLaughlin Architects
L’atelier et la transmission
Son agence, restée volontairement à taille humaine, fonctionne comme un lieu d’apprentissage collectif. L’enseignement en est un pilier : professeur à la Bartlett School of Architecture, invité à UCLA et à Yale, il conçoit la pratique et la pédagogie comme un seul et même mouvement.Cette dimension de transmission irrigue son œuvre. Concevoir un bâtiment pour des étudiants, pour une communauté religieuse ou pour des personnes atteintes de démence relève du même engagement : créer des espaces capables d’accueillir la fragilité, la pensée, la rencontre.
Recevoir la médaille d’or royale est pour Níall McLaughlin une étape dans un cheminement : « Nous acceptons cette reconnaissance avec gratitude et avec un engagement renouvelé à être à la hauteur de ce défi », dit-il. Avec cette conviction, l’architecture, lorsqu’elle est attentive au temps et aux êtres, peut encore façonner le monde avec délicatesse.



Faith Museum © Nick Kane
Bishop Edward King Chapel © NMLA



