Tout commence par une rencontre inattendue entre un homme et une matière délaissée. Avec Albâtre, les infinis paysages d’Alain Ellouz, les éditions de La Martinière racontent l’histoire d’une révélation : celle d’une pierre fragile, longtemps marginalisée, et d’un créateur qui lui redonne une place centrale grâce à la lumière. L’ouvrage, écrit par Paul-Henry Bizon et photographié par Christel Martin, se lit comme le récit d’une reconquête sensible et technique.
Une matière vouée à l’oubli
L’albâtre est une pierre paradoxale. Trop fragile pour l’architecture, trop instable pour l’industrie, elle a longtemps été reléguée aux marges des arts décoratifs. C’est précisément cette fragilité qui attire Alain Ellouz. Séduit par son aspect vaporeux, presque translucide, il perçoit dans cette matière déclassée un potentiel inexploité. Le livre revient sur cette intuition fondatrice, sur ce moment où la pierre cesse d’être une contrainte pour devenir un territoire d’expérimentation. L’albâtre n’est plus un matériau à dompter, mais un paysage à révéler.
Transformer la contrainte en invention
Le cœur du récit repose sur un travail patient de recherche et d’invention. Face aux limites techniques de l’albâtre, Alain Ellouz développe de nouvelles méthodes pour le travailler, l’assembler, le renforcer, jusqu’à le rendre fonctionnel sans en altérer la poésie. Sculptées, éclairées, parfois associées à d’autres matériaux comme le bois brûlé, ses pièces jouent sur l’épaisseur, la diffusion de la lumière et la sensation de légèreté. L’ouvrage montre comment ces objets deviennent bien plus que des luminaires ou des sculptures : ils s’imposent comme des éléments structurants de l’espace, capables d’instaurer une atmosphère apaisante, presque méditative.
Un paysage artistique en expansion
Au fil des pages, le livre élargit son regard et retrace les collaborations d’Alain Ellouz avec des artistes et designers aux univers variés. Les formes s’arrondissent, les finitions restent parfois brutes, certaines références convoquent la culture japonaise ou une relation plus instinctive à la matière. Les photographies de Christel Martin prolongent cette approche sensible, capturant la lumière, la texture et la vibration de l’albâtre comme on saisirait un paysage en mouvement. Albâtre ne se contente pas de retracer un parcours : il témoigne d’une œuvre en devenir, d’une histoire ouverte où la matière continue de dévoiler, lentement, ses infinies possibilités.
Textes Paul-Henry Bizon
Photographies Christel Martin
24 x 32 cm – 240 pages
59 €



