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Au Théâtre des Champs-Élysées, la coupole réinventée par la lumière

Au Théâtre des Champs-Élysées, la restauration de la coupole de la grande salle engage une réflexion approfondie sur la manière dont la lumière participe de l’architecture. Conçu par ProjetScénie – Yann Jourdan – en collaboration avec l’architecte Paul Ravaux, le projet revisite un dispositif lumineux fondateur, en conciliant restitution patrimoniale, innovation technique et exigences contemporaines de sobriété énergétique.

Une modernité fondatrice
Lors de son ouverture au printemps 1913, le Théâtre des Champs-Élysées incarne une rupture décisive. Sa structure en béton armé permet pour la première fois la création de balcons suspendus sans colonnes, libérant la salle de toute entrave visuelle. La façade, débarrassée de l’ornementation classique, annonce déjà l’esthétique Art déco, tandis que la programmation artistique affirme une ambition résolument moderne. Dans ce contexte, le plafond de la grande salle constitue un manifeste à part entière. Abandonnant le principe du lustre suspendu, Auguste Perret imagine un plafonnier intégré, qu’il baptise le « bouclier lumineux ». Sur une surface de 175 m², un décor floral composé de pistils et de pétales lumineux rayonne au centre de la salle. L’ensemble est constitué de 131 vitraux, ceints par une coupole de 300 m² de peintures marouflées de Maurice Denis, représentant une vaste allégorie de la musique. Dès lors, la lumière n’est plus un accessoire mais une composante structurelle de l’architecture.

Un dispositif altéré par les évolutions techniques
Si ce système perdure pendant plus de soixante-dix ans, les transformations successives de l’éclairage modifient progressivement la perception de la coupole. En 1986, l’introduction de l’halogène, tout en conservant les suspensions existantes, modifie les équilibres lumineux. PLus tard, en 2003, le remplacement par une nappe de tubes néons uniformise l’éclairage et introduit une lumière froide. Pour dissimuler les installations techniques, une toile de jute est installée autour de la verrière, masquant en grande partie les peintures de Maurice Denis, désormais reléguées dans un halo terne. L’architecture lumineuse pensée par Perret se trouve ainsi affaiblie, tant sur le plan esthétique que patrimonial.

Le « Shield of Light » : restaurer sans figer
Face à ce constat, il est décidé de lancer une campagne de rénovation complète du « bouclier lumineux ». Le projet poursuit un double objectif : redonner vie à cette composition architecturale majeure tout en répondant aux exigences environnementales actuelles. Dès les premières études, l’ambition est claire, il s’agit de nettoyer intégralement la verrière, restituer la brillance des vitraux, révéler les couleurs originelles des peintures et intégrer un nouveau dispositif d’éclairage respectueux de la composition florale du plafond. La dépose de l’ancien système, devenu obsolète, énergivore et dangereux, doit alors permettre une réduction drastique de la consommation électrique, sans altérer la lecture patrimoniale de l’ensemble. « Shield of Light » s’appuie sur les technologies LED pour proposer une lumière modulable, précise et économe. Il offre quatre fois plus de niveaux d’éclairement que l’installation précédente, tout en divisant par deux la consommation énergétique en scénario patrimonial.

Une ingénierie au service du patrimoine
La complexité du chantier impose une méthodologie rigoureuse. De nombreuses études préparatoires sont menées en amont : relevés en 3D, modélisation, études structurelles, simulations lumineuses assistées par ordinateur. La dépose des 241 sources lumineuses existantes et la pose des nouveaux modules nécessitent l’intervention de cordistes spécialisés, seule solution pour accéder à la coupole sans endommager les vitraux d’époque. Une fois cette phase achevée, le travail se poursuit par un réglage fin des paramètres lumineux. Les recherches documentaires permettent de reconstituer les tableaux lumineux historiques, tandis que de nouvelles partitions sont créées en jouant sur les intensités et les couleurs. Au Théâtre des Champs-Élysées, la coupole retrouve ainsi sa fonction première : non pas dominer l’espace, mais l’irradier, révélant la modernité intacte d’un projet où lumière, architecture et décor furent, dès l’origine, pensés comme un tout.

// 2025 Winner Light Design Award //

Maîtrise d’œuvre
BLPRRC – Paul Ravaux, architecte
ProjetScénie – Yann Jourdan – Conception lumière & réalisation

Maîtrise d’ouvrage
Déléguée : TELMMA – Pierre Solignac
SEGTCE – Théâtre des Champs-Élysées

Entreprises
Cordistes : COLIBRI
Électricité : Pezant
Serrurerie : BC Maintenance
Intégrateur lumière : D6 Bell Light

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