15/12/2015

Une belle baie d’un bleu ionien ponctué d’îles au sud ouest du Péloponnèse vers où converge une rustique vallée dont les oliviers tapissent les versants des vallons. L’un des mamelons semble s’être comme érodé, cloqué, pour accueillir, dans la plus grande discrétion, une maison de vacances familiale qui embrasse du regard les alentours.
ypsilon house

Ypsilon House, Péloponnèse, Grèce

Architectes, L.A.S.S.A.

Dépourvue de tout habitat vernaculaire pittoresque, cette région – baignée de soleil et encore épargnée par le tourisme de masse – a su conserver son caractère agraire. C’est justement ce qui a séduit l’autochtone commanditaire de cette villa de 160 m2 où réunir pour des vacances enfants et petits-enfants. Au bord de mer elle a préféré un tertre distant d’à peine quelques kilomètres surplombant une oliveraie d’où jouir au calme d’une vue panoramique à 360°.
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Caméléon bioclimatique

Se soulevant de terre comme des paupières, trois hyperboles asymétriques dessinent en plan et en relief un i… grec. N’allez pas chercher sa justification conceptuelle dans le passé de Théo Sarantoglou Lalis, jeune architecte français d’origine grec ayant fait ses armes chez Future System et Asymptote, se partageant désormais – avec son épouse et consœur belge Dora Sweijd – entre leurs deux agences londonienne et bruxelloise. Imaginée davantage comme une « infrastructure paysagère », cette « géométrie négociée » est le fruit d’une interaction pragmatique entre le programme, le site, les vues et l’ombre. En effet, la course du soleil a déterminé la courbure, l’inclinaison et l’orientation de chacune des hyperboles afin d’optimiser leur ombre portée estivale que parachève un auvent. Au sud, la voûte surbaissée du séjour abrite une sculpturale baie de 11m linéaire ouverte telle une ouïe béante sur un solarium dont la piscine à débordement amorce l’horizon marin. Celle à l’est est faillée de portes fenêtres offrant les premiers rayons du soleil aux chambres et à la cuisine – la cour qu’elle engendre accueillant des déjeuners ombragés. Au Couchant, la paroi cintrée est quasiment aveugle : une porte dissimulée commande l’entrée à la maison tandis que des ajours ovoïdes –vitrés pour les plus grands – éclairent et ventilent le couloir-tampon desservant les trois chambres. Le parvis d’accueil met à profit ses quatre marches de dénivelé “contenant” sinueusement les plantations environnantes pour créer un petit amphithéâtre de plein-air où projeter films et vidéos sur le voile béton méridional à l’enduit plâtre immaculé. Sous ses allures Op’art (Vasarely, Agam), cette façade – thermiquement si exposée – n’est pas sans évoquer l’impressionnant mur de soutènement défensif du monastère byzantin d’Amorgos (XIe siècle).
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Le dispositif bioclimatique est complété par la toiture végétalisée recouvrant ce dôme moderne qui confère sa dimension faussement troglodytique à l’ensemble. Laissée brute, la sous-face béton de ce bouclier thermique se serait révélée aussi sonore que celle en pierres des tombes de Mycènes. L’architecte a donc imaginé une stupéfiante charpente secondaire dont les lames de bois parallèles présentent une variation de hauteur et longueur (inférieure à 2,40 m) savamment calculée pour restituer en relief  le dessin d’une grève de sable sculptée par l’écume des vagues. Des boîtiers à LED avec dimer y ont été intercalés ici-et là dans l’entre-deux lamellaire, en amont du coulage de la voûte.
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Une crise économique stimulante

Ayant eu pour client le propriétaire d’un chantier naval égyptien et construisant aussi en Chine, notre jeune concepteur maîtrise à merveille l’élaboration des fichiers numériques indispensables à la préfabrication de géométries complexes.
Œuvrant ici pour des connaissances, il s’est encore plus investi personnellement allant jusqu’à pratiquer l’auto-construction afin de réaliser cette “ambitieuse” architecture à un coût le plus modique possible. Contrairement au marbre grec très bon marché, le bois y est particulièrement coûteux, il sera donc acheté en Belgique où le couple d’architectes a ouvert une seconde agence pour y disposer d’un vaste sous-sol (300 m2) où pré-fabriquer en kit l’ensemble des charpentes (primaire et secondaire) nécessaires au coulage de la dalle. Pour ce faire, l’agence s’est équipée, entre autres, d’une scie à découpe laser. Cinq mille pièces (en OSB ou Beton Plex) y ont donc été découpées, repérées, transportées avant d’être remontées sur place – selon trois types d’assemblage sans aucun clou – en à peine 7 jours par Théo et trois collaborateurs. Cette équipe opérationnelle aura passé sur le terrain un peu moins de trois mois pour tout mettre en œuvre jusqu’au coulage de la voûte, le relais étant alors passé aux entreprises locales.
Les réserves dans le voile ajouré du couloir ont été obtenues à partir de gabarits en polystyrène tandis qu’étaient thermoformés – suivant les fichiers correspondants – les cadres en solid surface devant accueillir les vitrages découpés au jet d’eau. Dans le même matériau, la cuisine a été menuisée à Bruxelles tout comme la plupart du mobilier intégré. Lionel Blaisse
 
Surface, 160 m2.
Maitre d’ouvrage, privé.
Maîtres d’œuvre et charpentier, Théo Sarantoglou Lalis & Dora Sweijd (L.A.S.S.A.).
Charpente, panneau OSB. Coffrage, Beton Plex. Baie coulissant séjour, Panoramah.