29/06/2017
Cette fois, c’est la bonne : Tadao Ando va enfin réaliser l’antenne parisienne de la collection Pinault, après une première tentative d’implantation avortée à la pointe ouest de l’île Seguin en 2005. C’est un lieu beaucoup plus central, l’ancienne bourse du commerce, qui accueillera fin 2018 un musée dont le contenu exact reste à préciser. Quoi qu’il s’y passe, il faudra tenir un demi-siècle : la Ville de Paris a en effet concédé à Pinault un bail emphytéotique de 50 ans. Aillagon, ancien ministre de la Culture et aujourd’hui conseiller du milliardaire collectionneur, a surpris en annonçant que François Pinault n’avait pas souhaité donner à ce futur musée la forme juridique de la fondation, renonçant du même coup aux allégements fiscaux afférents – une pierre jetée dans le jardin d’acclimatation de qui vous savez. Un bel allégement des charges locatives devrait compenser ce sacrifice. Le loyer fixé par la Ville atteint les 7,5 millions d’euros les deux premières années, et descend ensuite à 60 000 euros annuels sur le reste du bail, avec une part variable annexée sur les bénéfices commerciaux générés par l’activité muséale. Si l’on postule — mais ce n’est qu’une hypothèse — que les deux premiers loyers reflètent le prix réel de la location, l’allègement de loyer s’élèverait à 357 millions, plus de trois fois le prix des travaux d’aménagement du musée pour l’instant estimés à 108 millions d’euros. Un beau cadeau, auquel s’ajoutent les 21 millions déboursés par la Ville pour obtenir le déménagement de l’ancien occupant et propriétaire des lieux, la chambre du commerce et de l’industrie. Reste une Anne Hidalgo « fière & heureuse » d’avoir un tel mécène, et de doter le centre de la capitale d’un nouveau lieu qui va renforcer cette attractivité dont la mairie semble toujours avoir peur de manquer. La collection Pinault sera au centre d’un «cluster» des arts, entre le centre Georges Pompidou et le Louvre, au pied d’un jardin dont la maire de Paris affirme qu’il fera date.

François Pinault et Tadao Ando. Crédit : © Fred Marigaux 2016. Courtesy Collection Pinault – Paris.

Image de synthèse; le promenoir et l’oculus, au sommet du cylindre. Crédit : © Artefactory Lab ; Tadao Ando Architect & Associates ; NeM / Niney & Marca Architectes ; Agence Pierre-Antoine Gatier. Courtesy Collection Pinault – Paris.

Le musée Pinault, ainsi qu’on le nommera avant que son nom définitif ne soit communiqué, sera la deuxième œuvre d’Ando à Paris. En 1995, Ando avait réalisé dans les jardins de l’UNESCO un espace de méditation de forme cylindrique. À la Bourse du commerce, il revient avec… un cylindre, bien sûr, mais il faut admettre que le bâtiment circulaire dessiné par Le Camus de Mézières (1763-1766), couvert par Belanger et Brunet (1806-1813), revu par Blondel (1885-1889) se prête naturellement aux formes simples prisées par le Pritzker d’Osaka. De plus, le cercle est une figure jamais tentée pour un musée, rappelle Ando, utilisant un argument semblable à celui utilisé par Henri Ciriani pour vanter le parti original de son musée de l’Arles Antique dans les années 90. En plan, une série de cercles concentriques avec au centre un volume dont les parois imitent le béton massif, mais sont en fait réalisés dans une structure acier recouverte de parements béton de 14 cm sur ces deux faces. L’ouvrage descendra jusqu’au premier sous-sol et sera réversible. Intervenant dans un bâtiment à caractère historique, Ando doit tenir compte de l’existant et travaille avec Antoine Gatier à la conservation des éléments existants plus ou moins précieux, à commencer par un dallage de sol en terrazzo que tout un chacun jugerait banal, mais qui est en fait le premier du genre réalisé suivant des procédés industriels par une entreprise de Normandie au milieu du XVIIIe siècle, et contient des marbres rouges des Pyrénées. Le point le plus délicat reste la restauration de la coupole métallique façonnée au début du XIXe siècle par la manufacture du Creusot, alors plus familière de la fonte de pièces d’artillerie. La mésentente entre Bélanger, l’architecte, et Rondelet, l’inspecteur, entraîna des retards qui finirent par contrarier Napoleon Ier. Son ministre de l’intérieur menaça de suspendre les paiements de toutes les personnes rattachées au chantier, architecte compris. L’historien Mark Deming a retrouvé la réponse de Bélanger « Je n’ai plus qu’un seul parti à prendre si l’on persiste à m’invalider : c’est de demander ma pension, ou de vendre à la porte de la Halle les détails de la coupole, assis comme Diogène dans un tonneau et disant aux passants « Ayez pitié d’un architecte qui a été honorablement ruiné ». François Pinault ayant affirmé qu’il voulait aller vite, et Aillagon donnant raison à cet esprit de diligence, il est peu probable que l’on retrouve le Pritzker 1995 tendant sa sébile devant la porte de la Bourse. Rendez-vous début 2019 donc, pour voir le nouveau visage de la Halle aux grains, décor inoubliable du film « touche pas à la femme blanche » auquel on souhaite des situations aussi jubilatoires que celles imaginés par Marco Ferreri en 1974.

Olivier Namias

 

Coupe est-ouest Crédit : © Artefactory Lab ; Tadao Ando Architect & Associates ; NeM / Niney & Marca Architectes ; Agence Pierre-Antoine Gatier. Courtesy Collection Pinault – Paris.

Image de synthèse; salle d’exposition en double hauteur avec éclairage zénithal, murs ouverts ou fermés. Crédit : © Artefactory Lab ; Tadao Ando Architect & Associates ; NeM / Niney & Marca Architectes ; Agence Pierre-Antoine Gatier. Courtesy Collection Pinault – Paris.

 
Intervenants
Maîtrise d’oeuvre :
Tadao Ando architect and associates
Pierre-Antoine Gatier
Niney/Marca architectes
Setec Batiment
Entreprise générale :
Bouygues construction