28/03/2017

Recyclage immobilier; l’appel de Jean Nouvel; épidémie verte; des malls qui se fondent dans la ville; revoir Georges Maillols; palettes, vraiment bonnes à tout faire : la revue de presse du 28 mars 2017
 
Foir’fouille immobilière
Pour boucler ses fins de mois, l’État vend chaque année une fraction de ses biens immobiliers, un patrimoine des plus disparate : « majoritairement (il) se sépare de terrains, immeubles, logements ou bureaux. Mais quelques pépites se glissent dans les cessions. Exemple en 2016 : une chapelle de 17 m² vendue 400 € à la commune de Mauléon, où elle est située dans les Deux-Sèvres. Une tour “en très mauvais état” a aussi été cédée pour 130 € à la ville d’Oreilla, dans les Pyrénées-Orientales. Parfois, des sites très insolites — la maison d’arrêt de Grasse ou le fort de Chavagnac — intéressent les investisseurs privés pour des projets touristiques ou culturels ». Parmi les sites mis en vente, un fort de la Manche cédé 100 000 euros à un constructeur de navire qui va en faire un lieu touristique, ou un garage Renault à Paris racheté par Paris-Habitat. En 2016, 920 biens immobiliers nationaux sur 220 000 ont été cédés à des collectivités ou des investisseurs privés. « Les cessions ont permis de rapporter près de 574 M€ à l’État. Un chiffre globalement stable depuis dix ans. “Ce ne sont pas des sommes gigantesques, mais elles ne sont pas négligeables”, affirme un conseiller de Bercy ». L’argent est affecté principalement à l’achat, la construction ou la réhabilitation de nouveaux bâtiments.
via Le Parisien 

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Le Fort Chavagnac (Manche) a été cédé pour environ 100 000€ à un constructeur de navire qui souhaite en faire un lieu touristique.S. Plaine / CC-BY-SA-4.0 via Le Parisien

 
Sport au musée
Pour éduquer les populations, deux entrepreneurs de Chicago veulent lancer un musée du sport. Il y a un truc : « le sport servira d’appât pour ouvrir sur des cours de physique, biologie, relations interraciales, médecine, droit, politique et relations internationales » — et pas d’architecture, malheureusement, à croire que les enceintes sportives des US sont toutes en palissade de bois et tôle. Ainsi, dans la galerie consacrée aux jeux Olympiques du futur musée, on ne vous dira pas qui est Frei Otto, mais « vous pourrez toucher une vraie médaille d’or et entendre parler du salut des panthères noires de 1968 ou de l’attentat de Munich ». Les deux promoteurs du musée espèrent collecter 50 millions d’US $ et recherchent 10 000 m2 accessibles à toute sorte de public, touristes et scolaires. Doté d’un budget annuel de 20 millions d’US $, le musée emploiera 250 personnes. Son ouverture est prévue pour 2020/2021. Une campagne de crowdfunding a été lancée pour recueillir les 50 000 dollars nécessaires à la diffusion du projet. À l’instant T, le montant des contributions atteint 1 705 dollars. Arriveront-ils vraiment à “lever” les 50 millions visés « le premier million de dollars sera bien plus dur à lever que les quarante-neuf suivants », explique un des porteurs du projet, expliquant qu’une fois passé le cap du million, des entreprises aux athlètes, tout le monde se battra pour donner son nom à une salle du musée. Il va y avoir du sport…
Via Chicago Curbed 
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Illustration of the proposed museum via American Sports Museum

  
Verte épidémie
« En termes métaphoriques et conceptuels, le bosco vertical (forêt verticale, tour milanaise livrée en 2015) peut être comparé à un grand arbre, dont les balcons forment les branches, l’ensemble des espèces végétales les feuilles, le noyau central le tronc et les systèmes d’arrosages les racines », explique Stefano Boeri, architecte d’un nouveau type d’immeuble si bien végétalisé qu’il essaime aux quatre coins de la planète. Après Milan, Boeri travaille sur un projet de tour à Lausanne, et en Chine, Nanjing, Chongqing, Guizhou, Liuzhou, Shanghai e Shijiazhuang se verront bientôt doté de leur « Vertical Forest ». « Les forts traits identitaires de la tour forêt en font un modèle clairement reproductible dans tout type de situations. Le rôle de responsabilité que porte la Vertical Forest a conduit à faire de l’idée un langage repris par beaucoup, autant que le symbole d’une nécessité écologique », affirment les Italiens d’Art Tribune. Tandis que la forêt recule, les tours-forêts poussent drue, avec l’insolence et la vigueur des mauvaises herbes.
Via Art Tribune 
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Stefano Boeri Architetti, La tour des cedres, Losanna via Art Tribune 

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Stefano Boeri Architetti, Nanjing vertical forest via Art Tribune

 
Mallville
«On ne s’attendait pas à voir des boutiques», s’étonne Yulia, Ukrainienne en promenade à New York, alors qu’elle arpente les allées de l’ «Oculus», ou pôle intermodal auquel Calatrava a donné la forme d’un squelette de dinosaure. Le lieu est aussi connu sous le nom de Westfield World Trade Center. «Faites vos courses. Mangez. Buvez. Jouez. Tout ça sous un magnifique toit», dit le slogan de la compagnie Westfield qui exploite le lieu, un véritable mall (centre commercial) de périphérie implanté au coeur de Manhattan. Alors que certains malls de la périphérie périclitent, le Guardian s’inquiète de leur retour en centre-ville « en fait, une nouvelle race de centre commercial s’intègre si parfaitement au contexte urbain qu’il devient difficile de tirer une ligne entre la ville et le commerce. London Boxpark, Le Container park de Las Vegas ou le Brickell city centre sont des exemples de la façon dont les centres commerciaux s’imbriquent et de se fondent toujours plus dans le tissu urbain ». Le phénomène est encore plus flagrant dans des pays comme la Chine, où l’on s’est mis à donner aux centres commerciaux l’apparence de villages. « Au début des années 2000, quand les centres commerciaux fermés constituaient la norme, l’architecte Chris Law d’Oval Partnership a proposé un concept de ville ouverte pour San Li Tun, un secteur commercial de Beijing. Il proposa d’injecter dans la « boîte » une forte dose d’espace public. Au lieu des parkings asphaltés, Law a voulu des trottoirs et des arbres qui rafraîchiraient et feraient de l’ombre aux visiteurs». Un chercheur met en garde « si l’on peut trouver un attrait indéniable au retour en ville des centres commerciaux, l’effet collatéral est que ces structures transforment la ville en centre commercial ». Où est le mal(l) si on ne voit pas la ville ?
Via The Guardian 
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Santiago Calatrava’s Oculus, Westfield’s $1.4bn bet on a New York City mall. Photograph: Alamy via the guardian

 
 
Ici JN
« Hier, la politique était définie comme la science de l’organisation de la cité. Aujourd’hui, il suffit de voyager de ville en ville, tout autour de la terre, pour être frappé par la violence du saccage des paysages urbains et naturels, pour être sidéré par le mépris de la géographie, de l’histoire et de l’homme. Les mêmes causes, produisant les mêmes effets, abîment en profondeur l’image de nos villes et l’âme de notre pays. » Jean Nouvel s’indigne dans les colonnes du Monde, et tente d’attirer l’attention du futur chef de l’État sur les défis urbains et territoriaux auxquels il devra faire face. « Depuis un siècle, les décisions sur ce sujet ont été prises dans une urgence répétée, à la petite semaine, à la petite échelle des communes et des mandats… Décisions déléguées le plus souvent à la technostructure et à l’administration qui ont mis en œuvre un système simpliste : l’application aveugle de règles abstraites, la ségrégation des fonctions sur des zones avec des densités et des hauteurs arbitraires ». Phénomène que Nouvel taxe d’Ubu-urbanisme, et propose de combattre par deux mesures à prendre d’urgence : la sanctuarisation des terres agricoles et forestières et l’investissement de la banlieue par la culture. « En France, la mutation douce de nos villes sera la raison d’être de l’architecture du XXIe siècle. Cette méthode française sera unique et favorisera les mixités dans les constructions existantes, libérera le logement de ses absurdes normes de surface et développera la coprésence de la nature et du construit. »
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L’architecte Jean Nouvel. ERIC FEFERBERG/AFP via Le Monde

Via Le Monde 

 
Maillols, starchitecte rennais
« Il faut construire l’écriture de l’époque avec les techniques de l’époque », disait-il en fumant sa pipe, dans l’une de ses puissantes cylindrées qui faisaient hurler son comptable. Épicurien débordant d’humilité, d’après ceux qui l’ont côtoyé, il aimait les femmes. Avec elles, il voyageait, de New York à Tokyo, de Los  Angeles à Chicago. Dans cette dernière, ville de Mies van der Rohe, il découvre les deux tours Marina City, pionnières du renouveau des centres-villes. » AD magazine évoque la figure de Georges Maillols, architecte marquant du paysage rennais de l’après-guerre « près de 140 projets, plus de 10 000 logements… Le débat est inutile : dès 1947 et jusqu’à sa mort en 1998, l’architecte a marqué la ville, et a même régné seul sur sa trame durant les années 1970 ». Beaux coups pour celui dont on apprend qu’il fut le membre fondateur du Pipe Club (Club des fumeurs de pipe), et qu’il s’était installé à Rennes après avoir « compris très vite que les projets de grande ampleur dans la capitale sont trop rares et les architectes de formation académique trop nombreux. En dehors de Paris en revanche, le flou règne sur l’Ordre des architectes, dont les principes n’en sont qu’à leurs balbutiements ». Profitant donc d’un moment de des-Ordre, Maillols a utilisé tant et si bien la préfabrication et la plastique moderne qu’il a fait de Rennes une Grande Motte qui s’ignore.
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L’architecture de Georges Maillols à Rennes © Tom de Peyret via AD magazine

Via AD Magazine  
 
Les nouvelles stars de la déco
Autre star plus anonyme encore, la fameuse palette en bois utilisée pour le transport de marchandises. Déjà bien connue des étudiants en école d’architecture qui en ont fait un matériau fétiche, elle envahit les intérieurs aux ambitions branchées. « Économiques, rustiques et faciles à détourner, les palettes en bois, initialement dédiées au transport de marchandises, n’en finissent plus d’inspirer les amateurs de Do It Yourself (DIY) ». Ainsi Dimitri, de la chaîne Survie, bois et bushcraft propose de multiples tutos pour réaliser du mobilier en palettes. « À l’heure de l’upcycling où l’on n’a de cesse que soit offerte une seconde vie plus glam aux matériaux et aux objets les plus basiques, la palette se révèle un terrain de jeu inépuisable. La tendance est telle que sur Amazon, on trouve même des coussins spécialement taillés pour venir compléter une armature de canapé en palettes. (…). Si elles séduisent tant, c’est parce qu’en plus de s’inscrire dans la tendance du recyclage, elles sont gratuites. Et facile à utiliser pour faire une table basse ou une tête de lit, il suffit bien souvent de joindre deux palettes. Ainsi, on trouve toutes sortes de réalisations en bois de palette, des plus simples aux plus complexes : fauteuils, bureau, sommier, bac à fleurs, banc, canapé, bar… » Facile de se meubler, pourvu que l’on sache ou trouver ces modules miracles « condition de parvenir à les dénicher : pas question de repartir avec la première palette venue. Que l’on souhaite en faire du mobilier ou un bac à fleurs, il est impératif de s’assurer qu’elle ne soit pas toxique. Premier geste : faire le tour pour vérifier qu’elle n’ait pas été souillée. Si c’est le cas, on la met de côté. Mieux vaut ne prendre aucun risque si on ne connaît pas l’origine du produit renversé dessus. En revanche, si elle est propre, on se met en quête du marquage, généralement apposé sur l’un des dés, qui va nous renseigner sur le type de traitement reçu ». Et, rappelle l’article « Une fois la (ou les) palette(s) dénichée(s), il ne reste plus qu’à trouver l’inspiration ». Vivement l’interdiction des palettes en 2018 — une loi d’utilité publique qu’il est urgent de suggérer aux candidats à la présidentielle.
Via Le Figaro Madame 
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Astuce DIY : on réutilise des palettes en bois pour en faire des canapés, des fauteuils, des étagères ou des bacs à fleurs. Photo iStock via Le Figaro Madame

Olivier Namias