06/01/2017

Logements sociaux, Porte d’Auteuil, Paris 16e

 
Première phase de l’opération réalisée pour le compte d’OPH-Paris Habitat, les logements sociaux de Soler et Ricciotti décontenancent les riverains de la Porte d’Auteuil (Paris 16e).
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Entre les boulevards Suchet et Montmorency, le bailleur social Paris Habitat a fait en 2006 l’acquisition d’un terrain avec l’intention d’y développer un programme de logements sociaux. Trois ans après, les riverains entament un recours à l’encontre des permis de construire, arguant « les troubles engendrés par les travaux et le risque de voir leur propre bien déprécié », selon le quotidien 20 minutes. Le permis de construire sera annulé à plusieurs reprises, mais la cour administrative de Paris rejettera les requêtes et le chantier démarrera en 2014. Les six années de bataille juridique n’auront pas entravé l’architecture des bâtiments ni la composition des façades qui restent inchangées depuis l’obtention du permis de construire. Le 16e arrondissement n’en est pas à son premier essai dans l’exercice de son sport favori antisocial, au vu des polémiques qui ont animé la construction du centre d’hébergement d’urgence de moon et air architectures et les logements sociaux de Projectiles*. Et ce bien que ce « ghetto de riche » compte actuellement moins de 5 % de logements sociaux, quand la loi fait obligation d’en avoir 25 %.
 

ZAC versus Nouveau Haussmannien

logements-sociaux_soler-ricciotti_auteuil_paris-16Le plan masse des quatre bâtiments dressés dans un parc et l’écriture compacte de l’opération globale ont été ordonnancé à huit mains dès le concours. L’équipe de maîtrise d’œuvre – composée de Francis Soler, Rudy Ricciotti, Finn Geipel sous la coordination d’Anne Demians – prône une réflexion d’ensemble par opposition au ZAC qu’ils condamnent à juste titre. « Je ne m’intéresse plus aux zones d’habitat sans dispositif général, comprenant juste des gabarits. Je ne veux plus participer à cela » avance Francis Soler, bien que la différence n’apparaisse pas toujours. Les architectes proposent une volumétrie qu’ils disent inspirée de l’esthétique et du « bon sens » haussmannien, reprenant « des gabarits haussmanniens avec des matériaux contemporains », précise l’architecte, qui va jusqu’à se poser en avant-gardiste. Un haussmannien qui prend quelques libertés vis-à-vis de son modèle en s’affranchissant notamment de l’alignement, de la continuité sur rue et de la hauteur. Soler questionne l’hétérogénéité : « je m’interroge sur le quartier de la Seine Rive gauche (dans lequel il a construit ndlr) et sur la sacralisation des écritures. Je pense que les règles dans la perception de la ville sont apaisantes », nous dit-il.
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Soler et Ricciotti, même écriture ?

Afin de réduire les différences entre les architectures et logements-sociaux_soler-ricciotti_auteuil_paris-16d’éviter l’écueil de l’individualité, les architectes ont eu pour méthode originale de mutualiser leurs prises de décisions via une centrale d’achat, sorte de matériauthèque comprenant une gamme d’éléments assemblables. Volumétries, vêtures, vérandas, volets et garde-corps s’harmonisent dans une tonalité grise RAL 9007. Baie à galandage et système en accordéon sans seuil sont inscrit à ce catalogue qui n’est pas chiche sur les prestations. Par ce travail, l’équipe de maîtrise d’œuvre mène aussi une réflexion sur la façon de faire cohabiter, sur une même parcelle, logements sociaux et en accession, sans différence de prestation constructive les distinguant les uns des autres. Une drôle de mixité par bloc – des logements sociaux au nord de la parcelle et des logements en accession au sud, actuellement en chantier – et non pas par immeuble malgré les 4 cages d’escaliers.
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Du social au privé, du rez-de-chaussée à l’attique

Repartis sur les deux bâtiments de dix niveaux, les 176 logements de Soler et Ricciotti, allant de 33 à 98 m2 sont ceinturés de minces vérandas. Juste reprise du balcon parisien, leur étroitesse est justifiée par « la perception et l’impression physique d’agrandissement de l’espace disponible pour habiter », à défaut d’être une pièce en plus. Pour des raisons de transformabilité, les architectes évoquent un « plan libre », mais l’on retrouve les sacro-saints murs de refend propres aux opérations de logements, qui ne s’affirment pas aussi mutable**. Seul le dernier niveau de chaque bâtiment, en attique, diffère. Il est occupé par de trop modestes T3 compensés par de grandioses terrasses avec vue époustouflante sur la Tour Eiffel, La Défense, l’hippodrome, les penthouse avoisinants et le stade Jean Bouin de Rudy Ricciotti (toujours lui). En juillet 2017, l’opération sera complétée par deux autres immeubles en accession, d’Anne Demians et Finn Geipel, pour le compte de COGEDIM, aux tarifs bien plus élevés. La différence entre l’opération sociale et le privé se nicherait-elle dans le parquet ?
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*Voir Projectiles, Le Cri de la Muette, un projet de muraille parquant le 16e arrondissement chez lui, rempart ironique contre la mixité sociale
**L’agence Francis Soler précise : « Il n’y a pas de murs transversaux. Le bâtiment est porté en façade et par les noyaux centraux ce qui libère le plan », avant d’ajouter « les appartements sont séparés par des cloisons, des murs sont en composites légers et démontables tout en respectant les normes d’acoustique. » Ci-dessous, le plan fourni par l’agence
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Amélie Luquain

 
Fiche technique : Logements Gare d’Auteuil / Francis Soler (bat A) / Rudy Ricciotti (bat C), dans le cadre d’une opération globale de quatre bâtiments, avec Anne Demians (bat B) et Finn Geipel (bat D) comprenant 354 logements, avec crèches, jardins et parcs de stationnement. Lieu : Place de la Porte d’Auteuil, Paris 16Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat BET : VP GREEN structures façades / ALTO INGENIERIE fluides / JEAN PAUL LAMOUREUX acoustique / URBATEC – VRD / CASSO & ASSOCIES – SSI / PARICA économiste / LOUIS BENECH paysage Performance énergétique : Plan Climat Énergie de Paris / Cerqual / Certification THPE / RT 2005 -60% Programme98 logements (bat A) + 79 logements et une crèche (bat C). 3 niveaux de parking en sous sol, 273 places au total Surfaces : 7343 m2 SHON (bat A) et 7 704 m2 SHON dont 696 m2 de crèche (bat C) Surface jardins privés : 2500 m2 Calendrier : Concours 2008 / PC obtention juin 2009 / PCM2 septembre 2011 / PCM3 juin 2013 / livraison octobre 2016 Montant global des travaux, budget actualisé 2009 : 15 M€ HT (bat A) et 17 M€ HT (bat C)
 
Courtesy Francis Soler architecte – Rudy Ricciotti / Jean-Pierre Porcher