12/10/2017

En fond de la ZAC hétérogène et disgracieuse des Tanneries, actuellement en construction, à Lingolsheim (67) – une commune de plus de 17 000 habitants, située au sud-ouest de Strasbourg – ont récemment été livrés le groupe scolaire Simone Veil et le gymnase Colette Besson. Ils sont le fruit des architectes franco-allemand, les frères et sœurs Jean et Pascale Richter, et d’Anne-Laure Better, leur associée depuis 2007. Entre, s’insère un Institut médico-éducatif IME conçu pour ARSEA par Aubry Leutier architecte. L’institution, qui accueille des enfants atteints de déficience intellectuelle, partage deux salles de classe avec le groupe scolaire, l’espace de restauration et la salle polyvalente du gymnase. La volonté de l’aménageur était de partager les usages, et d’intégrer l’IME à l’équipement de quartier plutôt que d’en faire un lieu isolé, comme à l’accoutumée. Une opération insolite qui rapproche deux maîtrises d’ouvrage et deux maîtrises d’œuvre en co-conception, ayant travaillé ensemble dès le concours pour produire une réflexion globale et une réponse urbaine unitaire.

Groupe scolaire, institut médico-éducatif et gymnase constituent un ensemble urbain.

Des patios plantés rythment la façade de leurs décrochés, tout en signalant les entrées.

L’école élémentaire est constituée en un bloc longitudinal qui se cale à l’étage au-dessus d’un préau.


Ces équipements ont pour vocation, selon leurs maîtres d’ouvrage, à devenir le cœur du quartier, bien qu’ils se situent sur ses franges. S’appuyant sur les voies de chemin de fer (TGV, TER, trains de marchandises), le long d’un terrain étiré sur 250 m, les équipements créent un front bâti qui vient reconstituer l’alignement sur rue, renvoyant une image unitaire et sobre, sous une seule et même enveloppe constituée de prémurs de béton et d’aluminium anodisé. En proue, accessible à toute heure de la journée depuis le square qui le jalonne, le gymnase dévoile ses activités depuis son rez-de-chaussée vitré, à la fois tampon et lanterne du quartier.
Les salles de classe de l’école maternelle se terminent par des embouts vitrés. Leur succession engendre une enfilade visuelle jusqu’au rails du chemin de fer.

En lisière de la voie ferrée, la cour se divise en deux parties : l’une pour l’école élémentaire, l’autre pour l’école maternelle.

Le couloir de l’école maternelle est agrémenté de bancs et rangements, revêtus de panneaux de bois. Il est éclairé naturellement par les hauts jours des salles de classes qu’il dessert.

Salles de cours maternelles

Salles de cours maternelles

Salles de cours élémentaires

Sous l’apparence unicité, une ville en réduction se dévoile. Des jeux de pleins et de vides, d’avancées et de retraits, rythment la façade de leurs décrochés. Ce profil se transpose en coupe, faisant varier les hauteurs. Prolifère un enchainement de pièces, de patios plantés et de préau, dont les transparences et porosités visuelles invitent à la découverte. Les architectes révèlent l’épaisseur du terrain, par des distributions transversales qui, depuis l’allée principale, emmènent vers l’arrière de ville jusqu’à cadrer sur l’infrastructure ferroviaire. Si le projet se protège des nuisances du chemin de fer, par un long voile de béton augmenté d’un préau et d’une cour ou de vestiaires pour le gymnase, le bâtiment se réconcilie avec le paysage, mi technique, mi naturel, auquel il se raccroche visuellement, par une multitude de percées visuelles.
L’escalier principal reflète à lui seul la matérialité du projet : prémurs de béton isolé, aluminium anodisé, bois blanchi ou grisé.

Depuis l’allée principale, les distributions cadrent le paysage ferroviaire.

Halle du gymnase

La distribution des vestiaires est augmentée d’un long vitrage filant en hauteur ; évocation de la vitesse des trains, selon les architectes.

Les patios plantés dégagent des porosités visuelles qui invitent au cheminement.

Le plafond suspendu de la salle omnisport alterne lame de bois acoustique et luminaire. Ses parois sont aussi revêtues de lames de bois acoustiques.

La lumière naturelle de la salle omnisport est latéralisée, en zénithale et à rez-de-chaussée.

L’ensemble bâti s’installe en limite de ZAC, adossé à la voie ferroviaire.

 

Amélie Luquain

Fiche technique :
Construction du Cœur de Quartier des Tanneries à Lingolsheim. Adresse : 30 – 32 – 34 rue Maria Callas, Lingolsheim. Programme : groupe scolaire (écoles maternelle et élémentaire) et gymnase. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Lingolsheim. Maîtrise d’œuvre : SARL Richter architectes et associés. Architectes associés sur le projet urbain : Aubry Leutier architectes. Superficie : groupe scolaire 3210 m², gymnase 2220 m², total 5410 m². Coût : 10.8 M € HT. Calendrier : concours 2014, livraison juin 2017
Courtesy Richter architectes et associés / Luc Boegly