10/05/2017

Réflexions sur la ville au Québec, concours de façades à Paris, un parc d’attraction au stadium de Vitrolles, l’essor du Glamping, une nouvelle mégapole en Chine, La Tate Gallery vs ses riches voisins : rideaugate à Londres. La revue de presse du 10 mai 2017

Du béton pour la création

Le béton est tendance, comme le prouve la boutique récemment inaugurée de l’enseigne trendsetter anversoise Coccodrillo. Qu’a choisi l’architecte gantois Glenn Sestig — un éminent représentant du lifestyle flamand — pour habiller cet espace de 250 m2 ? « Des sols aux plafonds, du béton », relate le supplément week-end du l’hebdomadaire belge le vif. « Le béton a longtemps souffert d’une image négative. Pourtant, il possède de nombreuses vertus et qualités. Le temps est peut-être venu de l’envisager sous une perspective nouvelle et de ravaler certains préjugés », qui viennent du fait que « durant longtemps, le béton fut du coup injustement réduit, dans l’imaginaire collectif, au rôle de complice de prédilection d’exactions urbanistiques : HLM, parkings ou bâti mégalomane évoquant la période soviétique ». Le magazine dresse la liste des usages tendances, du design à l’architecture. Présenté comme l’ambassadeur du béton en Belgique, l’architecte Bruno Erpicum, imagine même des mises en œuvre prenant en compte son vieillissement : « Sur certains projets, nous avons travaillé la façade avec des redents et des ressauts horizontaux, pour qu’elle soit « salie » par la poussière et la végétation, et puisse vibrer comme les rochers environnements ». Un matériau rude idéal pour des temps d’austérité créative…

Via Le Vif 

Mouvement de tours

Le concours annuel organisé par Evolo pour la conception de gratte-ciel utopique trouve toujours un écho dans les médias grand public. Science Post se passionne pour le « Pod Vending Machine Skyscraper (…) un concept réunissant des caractéristiques de l’impression 3D, du jeu Puissance 4 et du distributeur automatique. Ce projet s’inspire d’un mouvement architectural japonais des années 1960 et 1970 ayant transformé la structure des villes du pays ». Imaginé par l’architecte britannique Haseef Rafiej, le projet met en œuvre un process inspiré par les distributeurs automatiques de Tokyo, dont la prolifération « a minimisé le coût du travail humain par la réduction du besoin des vendeurs ». Il suffira de remettre de l’argent dans le nourrain pour activer l’imprimante 3D assurant la production de capsules habitables. BFM Business s’intéresse de son côté au projet lauréat du concours, fruit des cogitations de Pawel Lipiński et Mateusz Frankowski sur la pauvreté en Afrique. Face à ce problème, « le duo a donc imaginé « Mashambas ». Ce gratte-ciel serait un centre éducatif pour que les populations locales puissent apprendre les techniques d’agriculture propres à leur région, un magasin où les agriculteurs pourront acheter des graines et des semences, et un lieu de commerce où ils vendront les surplus de leurs récoltes. Bien sûr, la tour modulable est évolutive, et pourra être agrandie, voire déplacée si besoin est, « lorsque les agriculteurs du coin sont autosuffisants » ». Les transhumances de gratte-ciel promettent un sacré bazar sur les routes en latérite !

Via Science Post et BFM Business

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Pod vending machine skyscraper. Crédit image : Haseef Rafiei. Via science post

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Skycraper Competition, Des architectes imaginent un gratte-ciel pour lutter contre la pauvreté via BFM Business

Miss Façade 2017

Le groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris va soumettre au vote le rétablissement du concours récompensant les plus belles façades de l’année, une pratique instaurée en 1898 par la Ville pour « pour rompre avec ce qui leur semblait à l’époque une surabondance d’uniformité haussmannienne » avant d’être abandonnée dans les années 30, le danger ayant vraisemblablement été écarté. D’après le groupe, ce concours a offert à Paris de véritables joyaux, comme le Castel Béranger, dont on pensait naïvement qu’il était d’abord dû à un architecte et un maître d’ouvrage. Quoi qu’il en soit, le retour de l’uniformité justifierait la résurrection de la compétition « »Car depuis des décennies, l’urbanisme parisien s’est tristement laissé envahir par des projets immobiliers au style, lignes et formes qui ne se distinguent pas de ce que l’on pourrait trouver dans n’importe quelle métropole du monde », estime le groupe ». Dire cela, alors que les décennies passées nous ont laissé tant d’immeubles carrelés ou bigarrés, c’est limite insultant !

Via Le Figaro immobilier 

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Détail de la façade de l’immeuble Lavirotte. Crédits photo goga18128/shutterstock.com via Le Figaro Immobilier

Sondage au Québec

Plutôt que de lancer un concours de beauté, l’Ordre des architectes du Québec va sillonner la Belle Province pour connaître l’opinion de la population quant à l’architecture, posant aux citoyens de treize villes des questions dignes d’une audition pour le poste de ministre de la Culture : « quels projets de développement vous inquiètent et pourquoi ? Si vous étiez ministre de l’architecture, que feriez-vous ? En quoi l’architecture influe-t-elle sur votre quotidien ? » La démarche s’inscrit dans la préparation d’une politique nationale de l’architecture. « Plusieurs personnes nous parlent de l’étalement urbain, de la place des cyclistes et des piétons. Certains nous disent que leur ville n’est pas accueillante, qu’elle est faite de façon banale. D’autres déplorent que les infrastructures soient construites au plus bas prix ou que les projets soient déjà « cannés » avant d’avoir consulté la population », résume Nathalie Dion, présidente de l’Ordre des architectes du Québec qui a assisté à quelques consultations publiques. Salima Hachachena, directrice de l’urbanisme de la Ville de Saint-Jérôme, pense que les « architectes et les urbanistes doivent aller sur la place publique pour « dire ce qu’il en est ». « Ça nous prend des gens qui n’ont pas peur de perdre leur poste. Des gens qui ne font pas de politique », affirme-t-elle ». Des profils à la double compétence, architecte et kamikaze.

Via Le Mirabel 

Apocalypse Now chez Riciotti

Du côté de Marseille, les étudiants du mastère professionnel en aménagement et promotion immobilière ont planché durant quatre mois sur le devenir du Stadium de Vitrolles, bâtiment conçu par Rudy Riciotti abandonné depuis près de deux décennies (nous en parlions ici Stadium de Vitrolles : bientôt 20 ans… d’abandon !). Certains ont imaginé de transformer le lieu en studios de tournage ouverts au public, d’autres proposaient sa mutation «en un complexe festif national et international pour ceux qui aiment danser, pour les amateurs d’art avec cabaret et ambiance prohibition» – une option qui n’aurait sans doute pas déplu à son créateur -, une troisième équipe s’est vêtue de rouge et noir – un hommage à Stendhal, mais surtout à Jeanne Mas – pour présenter son projet de réhabilitation du stadium en parc des expositions, avec hôtel, etc. C’est l’Exploradium qui a gagné « un parc d’exploration et d’expérimentation sur la fin du monde. Alors oui ça fait sourire dans la salle, mais pour l’équipe « c’est un thème très assumé qui répond à d’autres thématiques elles aussi assumées comme la guerre nucléaire, l’épuisement total des ressources, la pollution généralisée, le soulèvement de l’intelligence artificielle ou encore la catastrophe climatique… »». Une thématique innovante qui n’a été testée dans aucun parc d’attractions. L’équipe a été récompensée d’un chèque de 3500 euros : ce n’est pas la fin du monde.

Via Go Met 

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La 7e édition des Business Game Immo avait pour thème « Le Stadium » de Vitrolles. via Go Met

Beijing vers une nouvelle aire

Les autorités chinoises ont dévoilé début avril leur plan pour la construction d’une ville grande comme trois fois New York. Représentant un investissement de 527 milliards d’euros, cette zone économique spéciale est un projet phare du président Xi Jinping. « C’est un nouveau chapitre pour la transition historique du pays vers une croissance coordonnée, inclusive et durable », affirme l’agence de presse officielle Xinhua. Construite à 100 km au sud de Pékin, la nouvelle aire de Xiongan – c’est pour l’instant le nom de cette mégapole – devrait offrir un remède à tous les maux de la capitale, un Bisjing qui serait une sorte de Beijing bis idéal. Embouteillage, pollution de l’air et spéculation immobilière n’y ont pas leur place. Les autorités y ont d’ailleurs gelé les transactions immobilières. « Selon Xinhua, la zone voit ainsi affluer des personnes qui viennent prendre des photos, échanger des informations et rechercher des opportunités d’affaires ». Petit bémol, l’ONG chinoise Liangjiang Huanbao révélait que la zone, secteur d’activité industrielle, était complètement polluée. On y a notamment déversé des eaux usées sur une surface équivalente à 42 terrains de football. Le gouvernement a admis que l’assainissement serait long et coûteux. La nocivité des sols poussera-t-elle les fils du ciel à faire renaître l’urbanisme sur dalle ?

Via La Tribune de Genève

Glamour au camping

C’est au cours d’une classe d’innovation et marketing que David Troya, Sévillan installé à San Francisco pour le besoin de ses études, a entendu pour la première fois l’expression Glamping. Contraction de glamour et camping, le néologisme désigne une forme de camping chic, pensée pour ceux qui détestent les désagréments du camping, mais sont attirés par le mode de vie décalé qu’il propose et l’insolite des lieux qu’il investit. La Glamping attitude consiste à ramener sous la tente sa literie baroque et son air conditionné. «Au départ, il y avait bien des gens intéressés par dormir dans un arbre, une grotte ou un igloo, mais personne n’appelait ça du Glamping». 8 ans après, Troya est devenu le pape espagnol du Glamping : «aussi surprenant que cela paraisse, la demande pour ce type de logement n’arrête pas d’augmenter. Les gens sont plus en quête d’expérience que de luxe, et cette forme de camping, qui offre toutes les commodités en pleine nature, combine tous les avantages mieux que n’importe quel autre type de tourisme», affirme le gérant de la fédération espagnole des entrepreneurs de camping. GlampingHub, le blog de Troya et son associé, est devenu une plateforme commerciale de type Air bnb, qui prélève 10% de chaque transaction locative. GlampingHub a réalisé un chiffre d’affaires de 2,1 millions d’euros, et espère bien conquérir le monde depuis l’Andalousie. Elle y arrivera peut-être, à moins que la pratique du glamping sauvage ne se répande comme une traînée de poudre.

Via El Pais 

Rideaugate à Londres

Cinq résidants de Neo Bankside, une tour de logements de luxe où l’appartement se négocie en millions de livres, attaquent leur voisine, la Tate Gallery, au tribunal. Motif de la plainte « le traumatisme de vivre dans un bocal à poisson rouge » sous le regard constant des visiteurs du musée en promenade sur la plateforme d’observation de la Switch House, extension de la New Tate que l’on va rebaptiser du nom d’un oligarque russe. Le directeur du musée avait suggéré que leurs voisins installent des rideaux. Les plaignants penchent plutôt pour l’installation d’un cordon qui barrerait l’accès de la partie sud de la terrasse au public, ce qui leur permettrait de profiter de leurs appartements sans être gênés par les regards des manants, et ne coûterait qu’une poignée de livres. Une forme de Nimbysme rétroactif, observe un expert en litige immobilier « ce que nous dirons au tribunal est que ces gens ont volontairement acheté un bocal à poisson rouge pour y vivre. (…) Il y a une contradiction flagrante chez les gens qui achetent des appartements avec de larges baies vitrées dans le entre de Londres pour pouvoir regarder partout, mais ne pas vouloir que l’on voit dedans ». D’autant qu’au moment de l’achat, le projet d’extension était lancé, et que la présence de la Tate est précisément ce qui a rendu le quartier attractif aux yeux des promoteurs et habitants. Le cas n’est pas isolé « d’innombrables pubs et scènes musicales à travers le pays sont menacées de fermeture pour des raisons similaires, alors que l’obsession nationale pour la protection des prix de l’immobilier s’apprête à faire de quartiers vivants des villes dortoirs sans vie. Par leurs actions agressives pour sauvegarder la valeur de leurs biens, les nouveaux résidents lobotomisent sans relâche les villes » accuse Wainwright, critique d’architecture du Guardian. Fermer la terrasse, affirme Wainwright, « créerait un précédent pour le futur de nos villes, minant les bases mêmes de la tolérance sur laquelle se construit la vie civique. Cela voudrait dire que vous pourrez construire un immeuble face à un parc existant, puis chercher à faire fermer cet espace public la nuit, quand vous déciderez que l’activité qui s’y déroule constitue une entrave au droit de vous promener nu chez vous sans stores. Cela voudra dire que les habitants de Dubai-sur-Tamise (allusion à un marché immobilier de luxe destinés à des acheteurs venus du monde entier) pourront exiger un embargo sur la circulation fluviale sous leur balcon, ou que les voisins d’une école pourront demander une interdiction des heures de récréation ». Plutôt fermer quelques rideaux qu’ouvrir cette boite de Pandore !

via The Guardian 

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La Tate Modern, vue depuis l’immeuble Neo Bankside. Photographe : Alicia Canter pour the Guardian

Olivier Namias