28/04/2016

« Cet ouvrage est avant tout un manuel de construction en pierre massive », avertit Gilles Perraudin dès les premières lignes de cet opuscule alliant force croquis et textes incisifs. Le projet de musée des vins et jardin ampélographique de Patrimonio, livré en 2011 en Corse, sert de cas d’étude à la mise en œuvre d’une technologie constructive oubliée, pour ne pas dire bannie, qui fit pourtant les belles heures de l’architecture de l’Antiquité à l’aube du 20e siècle. Le chantier commence à la carrière. Il ne faut pas attendre de Perraudin qu’il livre au lecteur ses bonnes adresses, préférant laisser à chacun le soin d’aller à la découverte in situ d’un matériau éminemment local. Il détaille en revanche les techniques d’extraction de la pierre, les stratégies de découpe, les méthodes de transport, sans faire l’impasse sur le bilan carbone du déplacement des matériaux à travers la Méditerranée — dans le cas d’espèce, la carrière de Bonifacio ne pouvant fournir toute la pierre nécessaire au chantier, il fallut puiser en Provence un surplus de blocs acheminés par camion  et bateau jusqu’à l’île de Beauté.
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Détaillant la mise en œuvre du sol au plafond, des fondations à l’articulation charpente-mur, Perraudin rappelle que la construction en pierre de taille est d’abord une construction à sec, où c’est en quelque sorte le dessin qui vient donner sa stabilité à l’ouvrage. Le manuel technique prend au fil des pages une dimension militante, encourageant le lecteur à adopter ce nouvel ancien matériau pour reprendre un rôle de concepteur que l’organisation industrielle des chantiers lui a confisqué. « La pierre, dont les lois de stabilité dépendent étroitement du calepinage, redonne de facto à l’architecte le rôle majeur dans la conception des ouvrages (…). En outre, elle redonne aux ingénieurs leur rôle de conseil qu’ils ont perdu avec le béton armé et pour lequel ils ne sont plus que des “applicateurs” de règlement », explique Gilles Perraudin.

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Musée des vins, intérieur, Patrimonio (Corse)

Dernier argument de poids en faveur de la pierre massive, l’immense disponibilité du matériau, que l’on trouve sur les 100 km d’épaisseur de la croûte terrestre. Une abondance telle que Perraudin se propose de rebaptiser notre planète, qu’il appellerait plutôt « la Pierre ». « Nous montrons aux jeunes qu’ils ne doivent pas désespérer d’un métier sublime. En utilisant des matériaux naturels, ils échapperont aux dictats des filières spéculatives, déguisées en idéologie du développement dit “durable” », conclut l’architecte. Manuel ou manifeste ?

Olivier Namias

 
Construire en pierre de taille aujourd’hui, Gilles Perraudin, les presses du réel, Dijon, 2013, 64 p., 18 € – 20,3 x 30,2 cm (broché)

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extrait de l’ouvrage

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Jardin ampélographique au musée de Patrimonio (Corse)