05/10/2017

À l’heure de l’anthropocène, le paysage devient un élément essentiel du projet urbain, explique le paysagiste Bas Smets en introduction à l’exposition «Paysages augmentés» présentée à la biennale Agora à Bordeaux, dont il assure le commissariat. La notion de paysage y est explorée à travers une double approche, mise en images par les rares réalisateurs qui ont fait de l’architecture et du territoire leur champ d’investigation : Bêka Lemoine et Christian Barani. « Avec Ila Bêka et Louise Lemoine, nous présentons cinq portraits de paysages urbains, révélant l’influence de la géographie et du climat sur les pratiques et les comportements des habitants de la métropole : l’apprivoisement du gel et de la glace lors de la métamorphose hivernale de Saint-Pétersbourg, l’inventivité des économies informelles suite aux pluies tropicales de Bogota, les activités contrastées de la ville de Naples, entre torpeur et chaos au pied du volcan, l’intensité du travail et des petits métiers dans la jungle urbaine de Séoul, mais aussi les mesures de protection contre le soleil et la chaleur dans la médina de Rabat». Des courts-métrages, qui, comme souvent chez Beka/Lemoine, traitent l’urbain à partir de l’humain. Mais si dans Houselife, le pari de suivre le quotidien de la femme de ménage de la maison Lemoine (dessiné par Koolhaas) pour comprendre l’architecture fut pertinent, pas sûr que ce process le soit tout autant ici. Le projet apparait plutôt comme une redite de leurs précédents travaux, et à l’image, n’interroge pas la question du paysage, pour se cantonner à celle des pratiques sociales.

paysages augmentés_bas smets_agora 2017 Bordeaux
courtesy Canalcom

« Avec Christian Barani, nous avons exploré des projets de paysages dans cinq métropoles contemporaines. Ils répondent notamment à la nécessité de contenir les montagnes friables à Hong Kong, l’ambition de transformer l’île de Singapour en jardin, la résistance du réseau de lacs et de rochers face au développement d’Hyderabad, l’opportunité de donner de l’amplitude à la nature à Bordeaux et à l’idée de projet de paysage comme nouvelle image pour Bordeaux » explique Bas Smets. Fruit d’une coproduction menée entre le paysagiste et le vidéaste, parcourant ensemble les lieux qu’ils interrogent, la notion de « paysage augmenté » défendue par Bas Smets devient explicite dans les images de Barani. Notamment dans la séquence portant sur Hong Kong, qui met en avant la résilience du territoire : des coteaux friables augmentés de coques de béton, une ingénierie coûteuse qu’il faut renouveler en permanence. « Les collines de l’île de Hong Kong sont faites de roches friables. Après une série de glissements de terrain catastrophiques dans les années 1970, le gouvernement de Hong Kong a mis en place un organisme géotechnique spécial pour faire face aux problèmes de sécurité des pentes. Elles ont été couvertes avec une couche protectrice, une coque technologique disposant d’un système de surveillance intégré. Des techniques effaçant véritablement la frontière entre le naturel et le l’artificiel. Les collines de l’île ont été transformées en un paysage hautement équipé, un territoire construit de pentes de béton et de réservoirs d’eau artificiels, traversé de sentiers récréatifs. L’ingénierie du territoire a été la condition du développement de Hong Kong » peut-on lire sur le journal de l’exposition. De plus, ces cinq derniers films sont accompagnés d’une recherche cartographique. Ils sont des sources de projet, point de départ pour imaginer des paysages augmentés.
 

Ces deux séries de courts métrages sont diffusés dans deux espaces pentagonaux permettant aux visiteurs de s’immerger dans les paysages. Bêka et Lemoine présentent simultanément leurs films sur cinq écrans, tandis que Barani déploie de façon panoramique un film unique sur cinq écrans. Ce dispositif ne permet pas de tout voir. Les paysages se dévoilent aux visiteurs au gré de leurs mouvements. « L’exposition révèle les influences mutuelles de l’homme et du paysage. Elle invite à imaginer l’avenir du paysage et affirme l’ambition de son projet » conclue Bas Smets.
 

Amélie Luquain