10/05/2017

Alors que l’avenir de l’Europe est en crise, entre le Brexit et la montée des nationalismes, il importe tout particulièrement de prendre conscience de notre patrimoine culturel. A Bruxelles, siège des institutions de l’UE, s’est ouvert ce 6 mai la Maison de l’histoire européenne, un lieu au sein duquel l’histoire de la construction de l’Europe sera enseignée et débattue, où chaque citoyen pourra se questionner sur son avenir. Pour ce faire, l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, restructure, comble et couronne un bâtiment de 1935, dont les façades néoclassiques en pierre dialoguent dans de justes proportions avec un volume de verre.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

L’idée de créer un musée de l’Europe n’est pas nouvelle. La Commission européenne avait pensé ouvrir des salles européennes dans divers grands musées européens dans les années 1990 ; un projet privé de Musée de l’Europe a aussi été lancé à Bruxelles en 1997. Plusieurs pays européens se sont par ailleurs posé la question de la création de grand musée national, comme ce fut le cas en Allemagne avec l’édification en 1994 de la Haus der Geschichte (maison de l’histoire) à Bonn, ou aux Pays Bas et en France où les projets ont été abandonnés. Dans ce contexte, le projet de la Maison de l’histoire européenne, officiellement lancé en 2007 par Hans-Gert Pöttering dans le discours inaugural qui a suivi son élection en tant que Président du Parlement européen, est ambitieux. Réceptacle de la mémoire européenne, il vise à encourager les citoyens à réfléchir à ce processus historique et à sa signification à l’heure actuelle. « Quitter l’Europe serait une grosse erreur. Je crois en l’Europe, notamment parce que nous n’avons pas d’autres choses, même si elle a besoin de changement et de débat. La Maison de l’histoire européenne,  ouverte à tous, doit y participer, en offrant la possibilité au citoyen d’apprendre du passé pour construire l’avenir » affirme Antonio Tajani, l’actuel président du Parlement européen, lors de l’inauguration de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles, ouverte au public depuis ce 6 mai 2017 – un message fort à l’aube des élections présidentielles françaises, lors desquelles l’Europe fut un vif sujet de débat.
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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

 

La Maison de l’histoire européenne, parachever l’ancien

A Bruxelles, en plein cœur du Quartier européen – et à 200 m de la station de métro Maelbeek, où se sont produits les attentats du 22 mars 2016, ne l’oublions pas – s’ouvre donc au public la Maison de l’histoire européenne. Le Parlement a décidé que l’institution complèterait le bâtiment Eastman, ancienne clinique dentaire au style Art Déco construit en 1935 par l’architecte suisse Michel Polak, louée par le Parlement en 1985 et située dans le parc Léopold classé en 1976. Un ancrage historique, auquel a répondu l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, par l’ajout d’un volume orthogonal en verre. Pour accueillir le musée, il fallait doubler la superficie du bâtiment existant au plan en U. S’insérant dans la cour extérieure et en couronnement, l’extension parachève l’ancien et comble le vide. Elle renforce la prééminence du corps central, et se soumet à la symétrie axiale de l’édifice, tout en dessinant à l’arrière une nouvelle façade, cette fois-ci contemporaine, qui pourrait avoir le statut de façade principale. Là, la transparence du verre joue à contrario de la matité de la pierre.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

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Dialogue univoque

Un joint creux, qui sépare la façade en pierre de son extension, met en évidence le principe qui gouverne l’ensemble du projet architectural : une claire et stricte délimitation entre l’ancien et le nouveau. A l’intérieur du musée, l’atrium central, pourvu d’un escalier suspendu, participe à ce même geste. Il ménage un retrait entre la construction neuve et l’ancien mur de briques extérieur, restauré et magnifié puisque totalement dégagé. « L’extension se glissant dans le creux du U existant, le mur de briques anciennement extérieur devient désormais un mur intérieur. C’est ici que le passage du nouveau à l’ancien et la « cohabitation » se fait, et c’est un sujet qui nous a passionné. » précisent les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel. Un tête-à-tête qui se lit aussi dans l’organisation du musée. Les zones d’expositions – qui s’enchaînent par étage selon une logique chrono-thématique, occupent la majeure partie des 7 niveaux de l’extension, comprenant les deux premiers niveaux dédiés aux expositions temporaires. Tandis que le bâtiment 1930 – en partie conservé et restauré, ou déposé et reconstruit à l’identique, percé de trémies circulaires entre le RDC et le R+1 – abrite les fonctions d’accueil, de logistique et d’administration. Seul le troisième étage entretien une relation physique direct entre les deux constructions, l’ensemble du plateau, qu’il soit neuf ou ancien, étant dédié aux expositions.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

 

Tout de verre

En terme d’enveloppe, les architectes ont travaillé sur une double peau. Une façade extérieure, dite façade vitrine, est composée de plaques de verre sérigraphié. Elle filtre la lumière, laisse passer l’air naturel et les vues. Une deuxième façade, dite intérieure, est composée à environ 50/50 de pleins et de vides. Les parties vitrées constituent une peau thermique en triple vitrage associé à un système de protection solaire automatisé. Les parties opaques viennent en saillies des parties vitrées, jusqu’à effleurer la façade vitrine. De 4 à 14 m de haut, d’un seul tenant, les raidisseurs en verre sont composés de 4 à 6 plaques de verre feuilleté de 1 cm d’épaisseur (2 ou 3 fournisseurs au monde selon les architectes). Les verres de toiture sont également portés par un maillage de poutres en verre. La jonction poteaux-poutres se fait par moisage, permettant une liaison délicate et discrète. Depuis l’extérieur, l’alternance de surfaces vitrées et de surfaces opaque offre des jeux de volume, affichant pleins et vides, proposant une « asymétrie vivante, en contraste avec la géométrie ordonnée de l’existant, toutes deux complémentaires » spécifient les architectes. « La façade autorise divers modes de présentation scénographique : cimaises, vitrines, alvéoles ou espaces de projection » continuent-ils, ce que n’ont pas exploité les muséographes. Arrivés dans un second temps avec une autre maîtrise d’ouvrage qu’était le comité scientifique de l’exposition, ils ont proposé une scénographie ne tenant pas compte du bâtiment, voire allant à son encontre. S’il fallait adresser un message au Parlement européen, ce serait déjà de relever les stores, pour profiter des qualités de la construction de verre et laisser percevoir un désir d’ouverture.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Amélie Luquain

 
Fiche technique
 
Maison de l’histoire européenne, Bruxelles Programme : rénovation et extension du bâtiment Eastman : conception du musée, administration, pôle pédagogique (salle polyvalente, salle de conférence de 89 places), cafétéria, boutique.  Maîtrise d’ouvrage : Parlement Européen (Direction Générale Infrastructure et Logistique) Maître d’œuvre : Chaix & Morel et Associés, Paris / JSWD Architekten, Cologne BET :  TPF Engineering, ingénierie /  Werner Sobek, façades /  Francis Crombez Développement, économie /  Tribu, développement durable /  SPRL Venac, acoustique /  SOCOTEC Belgium, conseil en sécurité / Comité scientifique présidé par l’historien Wlodzimierz Borodziej /  GPD Sevilla, muséographe (hors équipe maîtrise d’œuvre) Mission de base + exe + mobilier signalétique Surface et coût des travaux : 9 970 m2 SHON / 27,6 M€ HT Calendrier : concours janvier 2011 – chantier décembre 2012 – livraison du bâtiment automne 2016 – ouverture au public 6 mai 2017
Adresse : 135 rue Belliard, 1000 Bruxelles, Belgique
Ouverture 7 jours sur 7, de 10h à 18h, sauf le lundi de 13h à 18h. Entrée gratuite
 
Photos Courtesy CMA-JSWD / Didier Boy de la Tour, Christian Richters, Christian Fabris