04/04/2017

L’immobilier entre luxuriance et minimalisme, élus en guerre ou visionnaires, ordres architecturaux entre identité et oppression : la revue de presse du 4 avril 2017
 
Un appartement beau, oui.
« Il offre une vue époustouflante sur Central Park et cerise sur le gâteau : un piano sur lequel David Bowie a joué trône dans le salon ». Et pour cause, puisque selon l’agence immobilière Corcoran Real Estate mandatée pour vendre ce prestigieux appartement new yorkais pour la modique somme de 6 millions de dollars, David Bowie et sa femme Iman y auraient vécu de 1992 à 2002. « Le piano Yamaha de David Bowie est toujours resté dans l’appartement malgré les changements de propriétaires », argumente l’agence américaine. D’une superficie de plus de 570 m², l’appartement compte trois chambres et un salon, deux salles de bain (avec bains en marbre) et une cuisine récemment rénovée, pour un total de six pièces ». Petite particularité programmatique propre aux projets pour rock star : Bowie avait transformé une des salles de bains en panic room pour faire face à l’intrusion d’un fan. La pièce a depuis retrouvé sa fonction d’origine, selon Ouest-France, qui rappelle à ses lecteurs peu versés dans la culture Pop que « Bowie avait accédé à la notoriété en 1969, avec « Space Oddity », une balade devenue mythique sur l’histoire de Major Tom, un astronaute qui se perd dans l’espace ». Au vu de la décoration de l’appartement, on peut affirmer que la star – ou ses successeurs – se sont perdus dans l’espace post moderne. Can you hear me major Trump ?
Via Ouest-France 

appartement-david-bowie
À New York, près de Central Park, un bien immobilier ayant appartenu à David Bowie et à Iman, son épouse, vient d’être mis sur le marché pour plus de 6 millions de dollars. via Ouest France

 
Inde : nuances subtiles dans l’immobilier de luxe
« Le logement de luxe fait un retour en fanfare en Inde – un pays dont les merveilles historiques ont placé la barre très haut en la matière. De plus en plus de gens peuvent s’offrir d’ultra-luxueuses demeures qui font d’une architecture somptueuse et spectaculaire un des facteurs clé de différentiation ». Un journal indien explique le rôle que joue l’architecture dans le secteur de la maison de luxe contemporaine, sans oublier de mettre en garde les futurs maîtres d’ouvrage : « acheter une maison à l’architecture époustouflante est un rêve et un moment de fierté qui a aussi ses désavantages », parmi lesquels un prix plus élevé que l’habitat de luxe standard du voisinage (sic). Onéreux également est l’entretien de ces palais. Une autre difficulté est de concilier dans un même bâtiment le goût de plusieurs générations, au cas où elles devraient s’abriter sous un même toit de luxe. Compliquée aussi, les mises de l’habitat au goût du jour, actualisation dont les besoins ne manqueront pas de se faire sentir après une période non précisée dans l’article. Impossible de changer l’architecture du gratte-ciel que couronne son penthouse, difficile de changer son manoir sans passer par tout un processus de permis de construire et d’autorisations administratives. Malgré ces tracasseries, le besoin d’une architecture originale réalisée avec bon goût – de luxe – est et restera une tendance durable. L’architecture constitue de plus un argument de vente majeur pour le logement de super luxe comme pour le logement de luxe abordable, un concept qui a tout pour faire rêver les classes moyennes supérieures en Europe aussi bien qu’en Inde.
Via India Infoline 
 
 
Tinymmobilier
A l’opposé de la maison de luxe, le mouvement des Tiny Houses, mini-maisons mobiles de moins de 46 m2, tendance en vogue de l’habitat étasunien depuis la diffusion du documentaire « Tiny : a documentary about living small », (minuscule, un documentaire sur la vie en petit) en 2013 sur la chaine câblée américaine HGTV. Un mouvement populaire au point qu’il commence à générer ses festivals, comme à Saint Petersburg – il s’agit bien sûr de la ville de Floride. Parmi les 20 micro maisons que l’on a pu y découvrir samedi dernier, celle de Stéphanie Henschen, jeune architecte de 26 ans qui a conçu et réalisé la Tiny House de 19,50 m2 où elle vit depuis presque un an. « Je n’ai jamais vécu dans un grand logement », explique Henschen, « je n’ai jamais eu l’opportunité d’accumuler beaucoup de choses, alors il était normal que je me sente à l’aise dans une micro maison ». Pendant dix mois, elle a construit son habitat dans l’arrière cour de la maison de sa grand-mère, puis sur un camping après que l’aïeule ait vendu sa maison. La micro baraque a couté 18 000US$, et vaut maintenant près du double. Au départ, Henschen pensait la revendre pour payer son crédit étudiant. Elle veut maintenant se lancer dans la promotion tinymmobilière, et construire deux maisons avec le produit de la vente : une pour elle, une pour le marché… Minimaison, gros business : il n’y a pas de doutes, l’Amérique est redevenue grande, même au format XXS.
Via Tampa Bay 
usf-grad-has-big-plans-for-her-tiny-home
Via Tampa Bay

 
Dans les clouds
Les médias se sont passionnés pour le dernier projet de Cloud architecture office, qui a réussi à faire un buzz incroyable à partir d’un projet d’anticipation qui anticipant de cinq jour le lancement des poissons d’avril. L’agence new yorkaise qui avait déjà commis un habitat 3D pour Mars se relance dans la conquête de l’espace, avec l’Analemma Tower, une structure linéaire immense suspendue à un astéroïde en orbite contrôlé par la NASA. Les habitants iront chercher leur pain ou se promener au parc en parachute, tout simplement. Et se feront décrocher de leur caillou à la première révolte urbaine ou à la première panne de courant.
Via The Real Deal
analemma-tower
Rendering of Analema Tower (via Cloud Architecture Office)

 
Dans un nuage de fumée bleue
« C’est probablement le type de projet le plus contre-intuitif pour les propriétaires, les architectes et les entrepreneurs : une ferme d’intérieur », écrit dans le New England Real Estate journal un architecte visiblement ignorant du projet d’Analemma Tower de ses confèreres new yorkais. « Ce n’est pas un prototype de la NASA pour une mission sur Mars, avec ses rangées de cultures hydroponiques, mais cela s’en rapproche », et ça promet d’asseoir la culture de marijuana à usage médical dans le Massachusetts et au-delà. Eric Gould, directeur de l’agence d’architecture Helicon Design, livre quelques astuces sur ce programme qui lui est familier. Fini la rigolade souvent provoquée par l’herbe qui rend nigaud : ces projets sont complexes, et demandent la présentation du projet aux populations locales, les approbations d’usage validant la construction de tout bâtiment, le visa du département de la santé, etc. De plus, le maître d’ouvrage doit savoir s’il veut ouvrir une boutique pour le public ou rester dans une configuration B2B. Viennent ensuite les contraintes propres à la destination du produit « en général, une installation phare de marijuana à usage médical devra se doter de d’installations et de produit médicaux aussi bien que d’un équipement pour les besoins de de l’entreprise. Au-delà du dispensaire in-situ, les zones de cultures demandent de l’espace pour la récolte et le séchage des plantes, en plus d’un équipement pour en extraire les principes actifs ». L’éco-conception, la garantie d’alimentation en électricité pour les lampes viennent aussi au rang des préoccupations, sans oublier l’aspect du bâtiment « en tant qu’architecte, nous gardons toujours les questions esthétiques en tête. L’absence de fenêtre quasi inévitable dans ces sites de production conduit souvent à une architecture de boîtes aveugles sans attrait. Pour notre projet de Norwell, nous avons inséré le minimum d’ouverture requises dans un complexe de trois feuilles métalliques minces, bon marché, qui donnent au bâtiment une apparence moderne, futuriste – suggérant aux patients et au public le potentiel d’innovation et la nouvelle frontière que constitue cette industrie émergente ». Notons qu’il n’a pas voulu donner à son bâtiment la forme d’un « bédo » ni d’un hangar décoré surmonté d’un panneau « Smoke It » : ce n’est surement pas un adepte de Venturi.
Via New England Real Estate journal 
 
 
Les PLU de la colère
La mise en place des PLU suscite sur tout le territoire des scènes d’empoignades de village gaulois que Goscinny et Uderzo auraient pu consigner dans les aventures d’Asterix. « En marge d’une conférence de presse, cet après-midi, le maire (LR) de Nîmes, Jean-Paul Fournier, était tout fier d’annoncer le rejet du transfert des PLU, entériné par la plupart des maires de l’agglomération ». Les sentiments pas toujours nobles trouvent l’occasion de s’exprimer « Sur les 39 maires de Nîmes Métropole, une trentaine s’y sont opposés, soit plus de la moitié des édiles ! C’est un camouflet pour Yvan Lachaud » aurait triomphé Fournier d’une façon peut charitable. Plus directs et plus mécontents sont les maires des communes rurales corses « On en a marre ! On ne peut plus rien faire ! » ont-ils fait savoir près de l’hôtel de Région.  « La superposition des lois empêche le développement de nos communes rurales. Principalement la loi ALUR, bien entendu la loi Littoral et la loi Montagne, enfin le PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse). Tout cela mis ensemble donne une impossibilité de constructibilité dans les zones rurales ! S’il n’y a pas d’augmentation de la démographie, il n’y a pas de terrain constructible. Si pendant cinq ans, une zone rurale n’a pas d’habitant, on ne peut pas construire. Ça n’est pas possible ! ». Est-ce à dire que construire pour aucun habitant est des plus pertinent ? Sur le continent, les élus de gauche et de droite de Colomiers, près de Toulouse, se divisent sur une révision du PLU. Faut-il inclure 30% de logements sociaux dans les programmes privés, comme veulent les premiers, ou lutter contre la densification sauvage qui fait pousser des immeubles au milieu des zones pavillonnaires, comme s’alarment les seconds ? « C’est la différence entre une politique de gauche et une politique de droite », explique l’adjointe au maire déléguée à l’urbanisme. Les débats idéologiques feraient-ils leur retour dans l’urbain à l’occasion des révisions réglementaires ?
Via Objectif GardCorse Net Info et La Dépêche 
 
 
Les lauréats
Il est des prix d’architecture qui valent tous les Pritzkers, à l’instar du prix Paul-André-Caouette, décerné à Francine Ouimet et Robert Dupuis dans la catégorie « résidentiel », pour des travaux effectués à leur domicile. Ou le prix Jean-Berchmans-Gagnon, dans la catégorie « non résidentiel », pour le projet du centre historique de la mine King, voire le prix Èmilien-Vachon, mention coup de coeur attribuée à Nadia Thomas.  « L’architecture est omniprésente dans notre environnement. Elle influence notre qualité de vie et notre sentiment d’appartenance à notre milieu. Elle fait partie de notre culture collective et nous concerne tous. C’est pourquoi nous devons nous en préoccuper et développer des outils nous permettant de mieux mettre en valeur la beauté de nos paysages et développer l’attractivité de notre ville », a déclaré Marc-Alexandre Brousseau, maire de Thetford Mines, une commune du Québec qui a longtemps vécu de l’exploitation de l’amiante chrysotile. Des paroles sages que l’on aimerait entendre plus souvent dans la bouche de nos élus.
via Le Courrier de Frontenac 
 
 
Culture et art français
Il ose : « il n’y a pas d’art français en musique, peinture, architecture », a déclaré François Bayrou lors de son passage à l’émission du Grand Jury sur RTL. Le maire de Pau voulait rattraper des propos de son champion à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, qui avait déclaré « qu’il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple», formule qui fut jugée maladroite. « Ce qu’il a voulu dire, c’est qu’il n’y a pas UN art français en matière de musique, de peinture, d’architecture. Il n’y a pas d’art français. En matière de langue, de littérature, il y a un art français», justifie-t-il. L’ancien ministre de l’éducation semble ignorer que l’Ordre Français ne désigne pas un mouvement d’extrême droite, mais la tentative d’élaborer un système d’ornementation propre à la France, imaginé par Philibert de l’Orme vers 1567. L’impétrant sera condamné à franciser tous les châpiteaux doriques de la cité paloise en guise de pénitence.
Via Le Parisien 
 
Musique, exécutif, architecture
Retour dans notre rubrique « architecture partout, bâtiment nul part », qui continue de se remplir encore et encore avec le pianiste Marco Ballaben, dont la musique possède, selon un chroniqueur, « la même architecture minimaliste que la nature et parle son propre, simple langage, pauvre en métaphore mais riche de traces mémorielles qui font partie de sa sphère émotionnelle et affective ». On ne s’attardera pas sur l’utilisation quasi-quotidienne du terme « architecture » dans l’informatique, pour aller directement assister à la formation du prochain gouvernement marocain par Saad Eddine El Othmani. « Nous travaillons encore sur l’architecture du gouvernement » a affirmé El Othmani, qui entend bien tenir les délais avec une architecture « décidée en fin de semaine », ce qui permettra « d’aborder les prochaines phases de la meilleure des façons ». PRO, DOE, ou EXEcutif ? Gare aux levées de réserves qui s’éternisent !
Via Online Jazz  et Tel Quel 
 
 
Le goût du tunnel
« La péninsule de Stad en Norvège constitue l’une des côtes les plus dangereuses de la région. Point de rencontre entre la mer de Norvège et la mer du Nord, ses eaux tumultueuses ont pris la vie de douzaine de marins au cours des dernières décennies. Ce qui explique sans doute pourquoi l’Agence norvégienne du littoral veut creuser un « tunnel à bateau » de 272 millions d’US$ sur une longueur d’un mile offrant un passage sécurisé aux navires de commerce », explique The Verge. La construction devrait commencer en 2018. Elle impliquerait le déplacement de 7,5 millions de tonnes de rocher. Pour convaincre les pouvoirs publics du bien fondé du projet, l’agence d’architecture Snøhetta, a produit une série de rendu 3D. « Si l’idée d’un tunnel à bateau peut paraître absurde, c’est peut-être parce qu’on ne l’a jamais tentée », avance The Verge. Snøhetta vient de remporter le concours pour remodeler le musée de la Marine, au Trocadéro. Qui sait quelle idée « jamais tentée » peut faire germer l’agence norvégienne d’ici la livraison du projet ?
Via The Verge 
snohetta
via the verge

snohetta
Via the verge

snohetta
via the verge

 
Ornementalement correct
Un article met en garde contre les signes cachés de fanatisme qui couvrent le Angel Hall, un bâtiment central de l’Université du Michigan qui servit un temps de point de ralliement aux opposants à la guerre du Vietnam. La lecture attentive des ornements architecturaux est sans appel. Des svastikas sont cachées à la base des colonnes doriques, ordre architectural faisant référence aux Doriens, « le plus impitoyable et dominateur des peuples de la Grèce Antique. Les centaures armés d’arc gardant l’entrée invoquent la violence au sein d’une communauté présentée par l’université comme un lieu d’accueil et de sécurité. Si on laisse de côté le fait que l’utilisation de motifs grecs est un cas patent d’appropriation culturelle, l’architecture de tradition néoclassique renvoie au colonialisme occidental et à l’eurocentrisme. Les quatre bas reliefs d’Ulysses Ricci, flanquant l’entrée tels des sentinelles fanatiques, perpétuent non seulement les normes du genre héritées d’un âge obscurantiste et suranné, mais affirment également des idéaux corporels inaccessibles. Pour couronner le tout, l’inscription surplombant l’entrée – une citation de l’Ordonnance du Nord-Ouest, un document écrit par des blancs esclavagistes voleurs de terre – insiste de façon flagrante sur la nécessité d’une religion, forcément chrétienne, et utilise le terme humanité plutôt qu’un autre plus neutre ». L’auteur de l’article demande le remplacement des colonnes doriques par d’autres aux styles architecturaux puisés dans diverses traditions, affirme ne pas pouvoir trouver le repos tant que les centaures ne se tiendront pas amoureusement dans les bras les uns des autres, et tant que l’inscription au fronton du hall ne proclamera pas « Les fascistes sont interdits sur ce campus ». Et tant que n’y figureront pas ces poissons visibles uniquement le premier jour du quatrième mois du calendrier grégorien.
Via The Michigan Review 
signs-of-bigotry-ignored-in-angell-hall-architecture
Via Michigan Review

 

Olivier Namias