21/03/2017

Des fantômes chez Niemeyer, une Reine ravage les facultés d’architecture de Naples, Arcelor fache l’architecte luxembourgeois, un sénateur PS à la rescousse des centres, Saint-Patrick le géothermique, Dakar, ville perdue pour les concours, une tour pour Toulouse : la revue de presse du 21 mars 2017
 
Niemeyer et ses fantômes
Imagine-t-on le général de Gaulle quitter l’Élysée pour aménager à Matignon ? Le président du Brésil Michel Temer vient de quitter le palais de la présidence à Brasilia pour retourner dans les appartements de la vice-présidence, qu’il occupait du temps où Dilma Rousseff était présidente. « Jai senti quelque chose d’étrange là-bas. De mauvaises ondes. Marcela (Temer) les ressentait aussi. Seul Michelziño (petit Michel, le fils), courant dun bout à lautre du palais, sy plaisait. Nous avons fini par nous demander Ny aurait-il pas des fantômes ici?” » a déclaré Temer à l’hebdomadaire Veja. Temer avait pourtant fait réaménager l’édifice de 7 300 m2 pour rendre habitable ce lieu, que Rousseff avait jugé plutôt froid « pensé plus pour recevoir que pour y habiter », sans pour autant y croiser des fantômes. Malgré ses soixante ans d’âge, le palais présidentiel passe pour être aussi hanté qu’un château médiéval des Carpates. Des croix se forment sur ses murs — en fait le résultat de la dilatation du béton — les soldats de la garde du palais affirment y avoir entendu des bruits mystérieux la nuit. L’ex-président José Sarney avait identifié le fantôme, en la personne du dictateur Castelo Branco, avec qui il ne s’entendait pas. Si ce n’est pas le poids du remord — Temer a œuvré activement à la destitution de Rousseff, cela pourrait être le spectre de François Mitterand errant par les rues brésiliennes à la veille des élections hexagonales. L’ex-président n’avait-il pas dit : « je crois aux forces de l’esprit » ? Il n’est plus le seul à présent.
Via ABC 
 
« The Queen » ravage Naples
Difficile d’étudier l’architecture à Naples alors que les universités sont mises sur des charbons ardents par « The Queen », une enquête judiciaire portant sur des appels d’offres truqués. Une affaire dont le nom reluisant ne doit rien à Élisabeth II, et tout à un dénommé Guglielmo La Regina (la Reine en italien), architecte par qui le scandale est arrivé. Outre les départements architecture des universités Federico II et Luigi Vanvitelli, les départements de sciences politiques, ingénierie et agronomie sont touchés par l’enquête, ainsi que l’Ordre des architectes de Naples et de Caserta. 69 personnes ont été emprisonnées ou mises aux arrêts domiciliaires. Plus d’une douzaine de professeurs d’architecture sont à l’ombre, leur plus grande faute, semble-t-il, ayant d’avoir participé à des commissions d’appel d’offres orientant l’attribution de chantier à la camorra, la version locale de la maffia sicilienne. « Le malheur, dit un enseignant, est d’être né et de travailler dans cette région maudite, parce que la camorra “pollue tout et nous expose à des risques incroyables” ». Les enseignants encore libres apportent un soutien total à leurs collègues « convaincus qu’ils sont de leur droiture morale ». Et accusent à leur tour « nous vivons dans une dictature judiciaire. Ne nous racontons pas d’histoires. Nous sommes dans les mains des juges, et ce qui est en jeu sont les vies et les histoires professionnelles de nombre d’entre nous ». Des arguments qui résonnent parfois de ce côté des Alpes, mais pas forcément dans la bouche des architectes…
Via Napoli Today et Napoli Repubblica et Napoli Repubblica 
 
  
Autant en emporte le vent numérisé
La météo est-elle perturbée par les villes, tout comme elle l’est par le relief terrestre ? Des chercheurs en ingénierie et météorologie de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) ont tenté d’apporter une réponse scientifique à cette question. « Notre but était de développer un programme qui combine les modèles de prévision météo avec des modèles qui mesurent l’effet de la chaleur dégagée par les bâtiments ». Un modèle 3D de Bale a été construit pour tester ces hypothèses. Conçu par et pour des météorologistes, il pourrait être utile bien au-delà de ces cercles qui font la pluie et le beau temps « un fabricant de stores est intéressé par notre approche, car elle peut fournir des estimations précises de la vitesse du vent et de sa direction près des façades d’immeubles ».
Via UPI  
L’article complet sur http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/feart.2016.00109/full
 
La République des centres
« Ce n’est pas un document qui appartient à un parti. J’ai été approché par les entourages de Macron et de Fillon, qui voulaient mon dossier. Si Hamon et Mélenchon m’appellent, je le leur envoie » annonce le sénateur socialiste Yves Dauge évoquant son « plan national en faveur des nouveaux espaces protégés », qui esquisse une politique pour sauver de la déshérence 600 centres-ville de communes françaises totalisant entre 4 000 et 50 000 habitants. Dans son ouvrage « Comment la France a tué ses villes » le journaliste Olivier Razemon avait attiré l’attention sur ces cité historiques victimes de la déprise commerciale et de la concurrence des périphéries : Gien, Romorantin, Sedan, Lunéville, le Grand Figeac, Perpignan, Lodève, Pont-Saint-Esprit, Villefranche-sur-Rouergue, Vierzon, et même Grasse, dont le centre-ville est un îlot d’abandon au milieu d’une région ou l’immobilier est, suivant le langage consacré, tendu… « Je demande un moratoire sur la fuite des petits commerces du centre-ville qui est un désastre. Il faut des habitants, donc du logement avec un programme et un plan paysager sur la périphérie », déclare Dauge, lançant dans la foulée un véritable appel à liquider la fameuse “France Moche” Mettons de lintelligence dans les centres-villes et utilisons largent avec lequel le désastre, la folie des ronds-points, les supermarchés, se multiplient, plaide-t-il. Donnons-nous une image de ville où la culture est présente. On peut sauver le cinéma du centre-ville! À Chinon, une convention a été signée avec lorchestre régional, le centre dart dramatique et le FRAC [Fonds régional dart contemporain]. Les travaux seraient financés par des dispositifs de défiscalisation de type Malraux. Aux centres, citoyens imposables !
Via Le Monde 
 
Occitany WTC
Pendant que des centres-villes s’éteignent, d’autres prospèrent au point de vouloir changer d’ère, telle Toulouse, qui vient de dévoiler son projet de World Trade Center (WTC), un ensemble regroupant 11 000 m2 de bureaux, une centaine de logements, un hôtel Hilton et un restaurant-bar panoramique, logé dans une tour de 40 étages, premier IGH de la ville Rose. « La tour dessinée par Daniel Libeskind et Khardam Cardete Huet prend une forme volontairement sculptée, faite de “rubans” s’enroulant en spirale : ceux des façades en verre, les autres formés par les jardins verticaux parcourant les niveaux. Ce paysage vertical a été créé par Nicolas Gilsoul, architecte paysagiste . Pour le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, “ce projet végétalisé est en dialogue avec le canal du Midi, dont il renforcera l’attractivité”. » À la maîtrise d’ouvrage, on retrouve la Compagnie de Phalsbourg, qui a remporté il y a peu un appel d’offres similaire à Nice, toujours avec Libeskind. L’intégration du projet au canal du midi aurait compté dans la décision du jury. Le directeur de la société publique chargée du projet d’aménagement explique « On a découvert à cette occasion que l’architecte américain, qui vit en partie dans le Var, était un passionné du canal du Midi ». On verra si cette passion s’avère réciproque.
 Via Actu Coté Toulouse et La Dépêche 

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Voici à quoi ressemblera le futur gratte-ciel qui verra le jour, près de la gare Matabiau. (Photo © Studio Libeskind/Cie de Phalsbourg) via Actu Coté Toulouse et La Dépêche

 
Que Dalles !
Rénové ou dénaturé ? La transformation du cloître de la collégiale de Neuchâtel n’est pas du goût de tout le monde, nous apprend la radio télévision locale. Comment ne pas être surpris de la métamorphose de ce petit jardin à la mode médiéval en fond de piscine vide façon « un dimanche à Tchernobyl », et son sol dallé digne d’un abattoir, ou de tout autre programme réclamant un nettoyage fréquent à grande eau. Le lieu n’est plus propice à la méditation, affirme une paroissienne locale. D’autres voient la rénovation d’un bon œil, tel le président du comité des concerts de la collégiale « à ses yeux, l’alliance de moderne et d’ancien est réussie et cette nouvelle formule permettra, selon lui, d’utiliser plus activement le centre du cloître pour des concerts, par exemple. Il rappelle que l’intérieur de la Collégiale sera en travaux durant ces six prochaines années. Cet espace supplémentaire sera ainsi des plus utiles ». Merci d’avance aux chanteurs et à leurs amies dalles.
Via Arcinfo 
 
Dakar Tour
« La situation de l’architecture au Sénégal est problématique. Les concours, qui constituent la voie normale pour accéder à la commande publique, n’ont plus lieu. Ils sont pourtant prévus dans les textes, mais ils sont sans cesse modifiés, le seuil est relevé, et les dérogations deviennent la règle. Au final, c’est la cooptation et le copinage qui prennent la main. Ce qui déjà ne garantit pas la bonne architecture, mais surtout bloque la commande de dizaines de “petits” architectes sénégalais comme moi.» Annie Jouga, architecte, enseignante (1) et maire adjointe de l’île de Gorée dresse l’état de l’art architectural au journaliste Luc Le Chatelier. «Je ne prendrai qu’un exemple : on entend dire que ce serait Jean-Michel Wilmotte — qui n’est pas forcément mauvais, mais là n’est pas la question — à qui l’on confierait la rénovation de l’ancien palais de Justice, construit en 1957 par Daniel Babani (1914 – 2006) et Pierre Roux-Dorlut (1919 – 1995), abandonné aux chèvres et aux courants d’air depuis plus de 20 ans. La réhabilitation de ce bâtiment exceptionnel — on pense à la Cité judiciaire de Chandigarh de Le Corbusier — est une absolue nécessité, notamment pour accueillir la Biennale d’art contemporain de Dakar. Mais ouvrons ce chantier à un concours en bonne et due forme plutôt que de l’attribuer sans discussion à une star française de l’architecture ! ». Ce genre de revendication finira par mettre nos stars sur la paille !
(1) à noter : le Collège universitaire d’architecture de Dakar cofondé par Annie Jouga est présenté dans l’édition de mars de notre magazine CREE
Via Télérama 
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Le Palais de Justice, construit en 1957. Photo : LLC Via Télérama

 
Immobilier : ville à vendre
« Tiller. Population : 2 » annonce le panneau à l’entrée d’une ville de l’Oregon fondée en 1902, et qui prit le nom du premier fermier qui s’y installa. Un pasteur et un ancien professeur sont les derniers résidents de cette cité mise en vente pour la somme de 3,85 millions de dollars. Pour ce prix, « le futur acquéreur pourra bénéficier d’un espace de 100 ha composé d’une école, six maisons, un appartement et un supermarché avec sa pompe à essence », explique Ouest-France. Des investisseurs chinois étudieraient la possibilité d’y implanter un centre de soins pour personnes âgées. Ils sont en concurrence avec des cultivateurs… de cannabis, une culture autorisée par plusieurs États de l’ouest qui s’avère très rentable, au point de susciter une véritable « ruée vers l’herbe », un « green rush » dans la langue de Lincoln. Légaliser la culture de la marie-jeanne : une solution plus efficace que la défiscalisation pour faire booster nos campagnes et nos centres-ville en déshérences ?
Via Ouest-France 
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Ville fantôme, la petite commune de Tiller dans l’Oregon est à vendre pour plusieurs millions d’euros. De nombreux acquéreurs potentiels seraient déjà intéressés. Via Ouest-France

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Ville fantôme, la petite commune de Tiller dans l’Oregon est à vendre pour plusieurs millions d’euros. De nombreux acquéreurs potentiels seraient déjà intéressés. Via Ouest-France

 
GOD IS HQE
La maison de dieu peut-elle faire l’impasse sur le développement durable ? Sûrement pas, diraient le Cardinal Timothy Dolan et Monseigneur Robert Ritchie, qui viennent de doter la cathédrale Saint-Patrick de New York de 10 puits géothermiques, ajoutant l’énergie renouvelable à l’énergie spirituelle qui habite les murs du saint édifice. « Nous ne voulions pas prendre de risque avec une technologie qui n’avait pas d’historique à Manhattan », dit Jeffrey Murphy, architecte de la restauration de l’édifice, entraînant des travaux chiffrés à 177 millions d’US$. Les hésitations furent levées après la conversion de plusieurs séminaires à la géothermie. Creusés en neuf mois, les puits sont les plus profonds de toute la ville, et procurent ensemble plus d’énergie que n’importe quel autre système urbain. Est-on certain que cette chaleur venue des entrailles de la Terre n’émane pas des forges de Belzébuth ?
Via The New York Post 
 
Arcelor mondialise son siège luxembourgeois
Indignation de l’Ordre des Architectes et Ingénieurs-Conseils luxembourgeois : le nouveau siège d’Arcelor Mittal, qui rejoindra la Philharmonie de Portzamparc et la cour de justice de Perrault sur le plateau du Kirchberg se fera sans eux. La sélection des huit équipes en lisse pour la construction du bâtiment a suivi une procédure qui ne laisse que peu de chance aux « locaux », affirme l’OAI : « “Les critères de participation pour cette consultation sont largement disproportionnés au regard des caractéristiques du projet”, déplore Pierre Hurt, directeur de l’OAI et signataire d’une lettre ouverte à son premier ministre. “Un effectif total minimal de 100 personnes, dont au moins 80 architectes diplômés, vise à exclure de facto les bureaux établis au Luxembourg, et non à s’assurer de la capacité à concevoir un immeuble de bureaux de 55.000 m2. Quant à la compétence, elle n’est pas toujours fonction de critères quantitatifs de capacité” ». Dommage pour les 480 bureaux luxembourgeois, car « en perdant l’opportunité de concourir pour des projets nationaux emblématiques, nos architectes ne peuvent s’illustrer par leur talent et gagner en références pour s’exporter et participer à des concours à l’étranger ». C’est la dure loi de la mondialisation : on ne peut pas toujours gagner. Résultat du concours en septembre prochain.
Via Paperjam 
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L’Ordre des architectes et des ingénieurs-conseils (OAI) se fend ce mardi d’une lettre ouverte adressée au Premier ministre pour dénoncer les conditions d’accession au concours pour dessiner le futur siège d’ArcelorMittal. (Photo: DR) via paper jam

 

 Olivier Namias