20/09/2016

L’architecture, poison ou remède? Un escalier pour rien à New York, la compétence d’architecte encadrée ou libéralisée. 

Thomas Heatherwick_revue de presse
Thomas Heatherwick – The Vessel, New York

 
Ouille?
Les mauvais bâtiments peuvent-ils altérer notre santé mentale ? Le quotidien britannique The Guardian tente d’élucider la question en compilant forces études. Réponse : c’est compliqué… Des chercheurs ont découvert que les habitants des villes avaient 21% de chance de plus de sombrer dans des troubles d’angoisses – quand aux troubles de l’humeur, ils seraient supérieur de 39% chez les citadins. Derrière ces recherches, une tentative pour évaluer l’impact des villes sur la santé et trouver des moyens d’améliorer l’environnement urbain dès sa conception. Layla McCay, directrice du centre pour l’urbanisme et la santé mentale, a isolé plusieurs éléments dont elle pense qu’ils influent positivement : l’accès à la nature et aux espaces verts facilitant l’activité physique comme l’interaction sociale, et des espaces de vie et de travail qui donnent un sentiment de sécurité. Il fallait un Think Tank pour apprendre ça ! Sus au béton alors? Halte là, car les bâtiments décriés de la période dite « brutaliste » ont souvent des qualités que l’on recherche dans les écoquartiers ou autres avatars du green urbanism : des espaces piétons, des balcons, de la verdure ou l’on socialise en se relaxant, comme au Barbican Center, qui passe pour être un des bâtiments les plus laids d’Angleterre aux yeux de la vox populi . Et des rapports prouvent que l’insécurité a plus à voir avec les carreaux et les vitres cassées qu’avec l’architecture elle même… Là encore, on s’en serait un peu douté. Après avoir discuté du bénéfice mental – ou non – des centres commerciaux, l’article conclut « la génétique, les premières expérience vécues, les relations familiales et les positions sociales ne peuvent être traitées par l’urbanisme », explique McCay, « mais ce dernier peut et doit jouer un rôle, comme il le fait déjà pour les désordres physiques, qui ont aussi des causes complexes ». Bref, c’est compliqué. 
Via The Guardian 
 
Aïe !
Pour Marwa al-Sabouni, le doute n’est plus permis : l’architecture et l’urbanisme – comprenez, apparemment « moderne » – a alimenté la guerre civile syrienne et couté la vie à des milliers de gens. Bloquée à Homs au milieu des combats, cette jeune architecte proche du philosophe conservateur Roger Scruton a développé sa thèse via un livre « The Battle for Home », et un TED talk visionné 600 000 fois. « L’endroit a favorisé l’agressivité et le désir de vengeance », affirme al-Sabouni, qui tempère toutefois son propos « bien sûr, je ne dis pas que l’architecture est la seule raison de la guerre, mais d’une façon très nette elle a accéléré et entretenu le conflit ». L’architecte imagine déjà la reconstruction et présente des croquis évoquant l’Habitat 67 de Safdie à Montréal. Un moderne humain?
Via The New York Times 
 
Mmh!
S’il est des convaincues que l’architecture peut avoir une influence, voire une influence bénéfique, ce sont les universités américaines. Au Canada comme aux USA, elles investissent des sommes importantes dans de vastes bâtiments high-tech, avec la conviction que ces architectures favorisent l’esprit d’entreprise et l’innovation. « Des exemples ? Cornell Tech, à New York ; les Lassonde Studios à l’université de l’Utah, à Salt Lake City ; le Bergeron Centre for Engineering Excellence de l’université York, à Toronto ; The Garage, à la Northwestern University d’Evanston, dans l’Illinois ; ou encore le Visual Arts Building de l’université de l’Iowa, à Iowa City ». Une liste bien fournie d’édifices d’où les salles de cours et les bureaux enseignants ont disparu, remplacé par des espaces « modulables et multifonctionnels qui tiennent plus de l’atelier que de l’amphithéâtre », remarque Courrier international. Le modèle de ces espaces : le garage de Steve Jobs, abrité dans une architecture éclectique : « Du point de vue purement esthétique, ils ne se ressemblent pas vraiment. La sobriété et l’élégance du Bloomberg Center de Cornell Tech n’ont pas grand-chose à voir avec la rusticité industrielle du Garage de la Northwestern University, pas plus qu’avec les modules design des Lassonde Studios ». L’ « efficacisme », style architectural favorisant l’esprit entrepreneurial, reste donc à découvrir.
Via The New York Times via Courrier international 
 
L’escalier pour?
En 1971, Led Zeppelin inaugurait un escalier pour le paradis. Signe d’une époque désorientée, au 21e siècle, les architectes font des escaliers vers nul part. On se souvient notamment de l’escalier belvédère de Saunders architecture, de l’anneau rouge béton de Supermachine studio en Thaïlande, ou des parcours labyrinthiques imaginés par dRMM studio pour le festival de design de Londres. Jamais, cependant, aucun de ces projets n’avait atteint la taille du « Vaisseau », sculpture à 150 millions d’euros reconstituant en négatif le tiers inférieur d’une pomme de pain agrandie 100 fois aux moyens d’escaliers. Dessinée par Thomas Heatherwick, auteur du pavillon britannique à l’exposition de Shanghai 2010, pour le compte du milliardaire new yorkais Stephen Ross, elle devrait prochainement être installée dans un square de la Big Apple. Des ateliers de Montefalcone (Italie) ont déjà commencé à construire ce que certains comparent aux alvéoles d’une ruche, d’autres une jungle gym (aire de jeu sportive). Le promoteur du projet y voit plutôt un ascenseur social. Que penser de la vue de centaines de promeneurs arpentant ce dédale escherien ? Cela favorisera-t-il leur santé mentale ? 
Via the New York Times 
 
Condamné
« […] L’ensemble du bâtiment est à démolir et à reconstruire selon les règles de l’art… Le prestataire a agi comme maître d’œuvre, maître d’ouvrage délégué, service de contrôle et de suivi et exécutant comme entrepreneur, toutes choses non conformes à l’éthique, à la déontologie et à la législation en vigueur relative à la profession d’architecte ». Sévère condamnation de l’architecte gérant de l’agence ASA-SARL, inculpé au motif qu’en sa qualité d’architecte urbaniste, il s’est attribué les compétences d’un entrepreneur qu’il ne possède visiblement pas. « L’infrastructure est penchée carrément du début à la fin sur un côté sur quelques mètres, et des matériaux utilisés n’étaient pas adaptés. Le travail d’un entrepreneur du dimanche » remarque un témoin. L’architecte fautif a été inculpé pour faits d’escroquerie au préjudice de la Société des boissons et eaux minérales par le juge du 2e cabinet d’instruction du tribunal de la Commune IV du district de Bamako. On ne rigole pas avec le titre d’architecte, au Mali !
Via Mali Actu 
 
Absout
Vérité en deça du Niger, mensonge au-delà. L’architecte malien condamné par le tribunal de Bamako aurait sans doute mieux fait de naitre dans « un pays dont tous les citoyens sont à la fois architectes et ingénieurs en génie civil ». Cette nation, c’est la Tunisie, selon ArcFly. La blogueuse Hajer Zarrouk profite d’un post ironique posté sur le compte facebook de cette grande agence américaine pour dénoncer l’anarchie urbaine qui règne depuis la révolution « Ce qui manque à ce pays c’est le cran : le cran de payer des chercheurs pour faire des études sociologiques et comportementales, le cran d’appliquer la loi à la lettre et sans aucune concession, le cran de décréter de nouvelles lois exemplaires qui toucheront sévèrement aux biens et au portefeuille du Tunisien et qui le dissuaderont de tuer son pays à petit feu (comme il est en train de le faire maintenant). »
Via Nawaat 
 

Olivier Namias

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