12/11/2019

La Gare TGV de Kenitra (Maroc) par Silvio d'Ascia Architecture

En association avec Omar Kobbité Architectes, l'agence parisienne Silvio d'Ascia Architecture a récemment livré la nouvelle gare TGV de Kenitra, au nord de Rabat (Maroc).
Pôle d’échange emblématique de plus de 12.000 m² de surface, la gare de Kenitra s'inscrit dans le projet « Royal » de construction de la première ligne à grande vitesse du continent africain. Permettant de relier la Méditerranée à l’Atlantique, la ligne part de Tanger « Med » jusqu'à Casablanca, via Kenitra et Rabat dans un premier temps. Elle permettra, à terme, de rejoindre Agadir.

Un lieu de traversées, entre tradition et modernité

© Takuji Shimmura

Pensée tel un écrin, la nouvelle gare traduit une identité renouvelée de l’architecture traditionnelle marocaine, notamment grâce à sa façade, réinterprétation d’un moucharabieh dilaté à l’échelle de la ville. L’arrivée du TGV Al Baraq incarne les progrès socio-économique et technologique de la ville. La gare devient le symbole de l’entrée de la ville et du pays dans la modernité.

Nouveau lieu de vie pour Kenitra, la gare ne répond pas qu’aux besoins des usagers du train. Elle est également conçue comme un lieu de passage, permettant de rejoindre la ville. Ce nouvel espace de vie est traversé tous les jours par les citoyens devant se rendre à la ville nouvelle au sud depuis la ville historique au nord, et vice-versa.

Une passerelle entre ville nouvelle et ville historique

© Takuji Shimmura

Par son organisation spatiale et fonctionnelle, la gare est conçue comme un véritable espace public de vie. Le bâtiment-voyageurs s’installe au nord, coté ville historique. Orienté est-ouest devant un grand parvis, il s’articule avec deux passerelles aériennes installées au-dessus des voies ferrées. Perpendiculaires au bâtiment-voyageurs, ces passerelles permettent l’accès aux quais et le franchissement urbain. La passerelle principale accueille des commerces et des services, en plus de permettre le flux des passants et des voyageurs usagers du train.

Offrant deux entrées sur la ville – au nord et au sud – la nouvelle gare de Kenitra permet un profond rééquilibrage dans la composition urbaine et s’ouvre à la ville comme un véritable espace public ouvert à tous. Le principe d’organisation de la gare à cour ouverte développe le programme sur trois niveaux. Un parking en niveau enterré vient s’ajouter sous le parvis nord.

Un grand moucharabieh urbain

© Takuji Shimmura

La façade de la gare s’impose sur la ville comme un « écran-moucharabieh urbain », perméable aux flux des piétons traversant le parvis et le bâtiment-voyageurs. Longue de 200 mètres – la longueur d’un TGV en simple composition – et avec une hauteur de 12 mètres, la façade est composée de plus de 800 triangles en BFUP (Béton fibré ultraperformant). Elle s’ouvre sur le large parvis en marbre et béton, coté ville historique, avec 8 arches imposantes, à géométrie variable.

Le motif triangulaire de la peau s’inspire des compositions géométriques de l’architecture islamique. Dilaté à grande échelle pour obtenir le point d’équilibre parfait entre ombre, lumière et transparence, ce motif en façade s’installe comme une grande maille sur la scène de la ville.

 

Une peau extérieure "intelligente"

© Takuji Shimmura

La dilatation du « moucharabieh » répond aux fortes variations thermiques extérieures auxquelles fait face la gare au gré des saisons. Active et poreuse, cette peau filtre naturellement la lumière et l’air afin de régler le confort thermique intérieur de la gare. En fonction des heures de la journée et des saisons, différentes ombres se projettent sur le sol en marbre gris et sur les façades vitrées des blocs fonctionnels. Elles sont la résultante poétique d’une régulation thermique naturelle par le système de moucharabieh.

Dans l’objectif de confort climatique et d’efficacité énergétique de la future gare TGV de Kenitra, cette peau extérieure « intelligente » assure différentes fonctions : brise-soleil, panneaux photovoltaïques en toiture, grilles de ventilation naturelle pour le tirage thermique et grilles d’extraction pour la VMC des espaces fermés, vitrage transparent à contrôle solaire avec caractéristiques différentes selon l’exposition à l’horizontale, en toiture ou à la verticale, en façade.

Depuis sa création en 2001 à Paris, l’agence Silvio d’Ascia Architecture traite de problématiques liées aux nouvelles «formes d’urbanité» de la ville du XXIe siècle, à travers trois principaux axes de recherches : les transports, le tertiaire et la valorisation du patrimoine.