01/06/2015

François Chatillon, architecte du patrimoine, associé à son confrère François Gruson, restaure et restructure la « Cité de Refuge ». Conçu par Le Corbusier en 1933 pour l’Armée du salut, cet édifice de 11 niveaux héberge des personnes en difficulté et les accompagne vers l’insertion socioprofessionnelle. La Cité est une des premières œuvres d’importance de Le Corbusier à Paris. Contemporaine de la Villa Savoye, elle est peu connue voire même oubliée. Transformations et restaurations continues – dont certaines réalisées par Le Corbusier lui-même – en ont brouillé la lecture.
Cite de Refuge

Que d’histoire !

A l’origine, le célèbre architecte met à profit un contexte urbain fort tout en y intégrant « les cinq points de l’architecture moderne » : toit-terrasse, pilotis, plan libre, fenêtres en bandeau et façade libre caractérisent en effet ce projet. A cela il a souhaité ajouté des éléments techniques innovants pour l’époque afin d’apporter un maximum de confort pour les usagers. Il ambitionne de réaliser ce qu’il appelle un « mur neutralisant », soit revêtir l’intégralité de la façade d’une peau de verre double vitrage sans ouvrant, associée à un système de climatisation double flux pour une « respiration exacte ». Seulement, faute de moyens financiers, l’ouvrage n’aboutira jamais et la façade vitrée finalement dotée d’un simple vitrage se muera en fournaise. Après guerre, les bombardements de la gare d’Austerlitz ont ruiné la paroi de verre ainsi que la partie haute du bâtiment, qui sera presque laissée à l’abandon. C’est donc 20 ans après la construction que Le Corbusier – associé à Xenakis et fort de son expérience – restaure son propre bâtiment, et met en place des brises soleil polychromes sur la façade. Le 15 janvier 1975, couvertures, hall et escaliers sont inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques. Au cours des années 1975 et 1989-90, des opérations de restaurations n’en finissent pas d’altérer encore le projet initial. La « Cité de Refuge » témoigne des doutes et des repentirs de l’architecte.
François Chatillon, qui conçoit le patrimoine de manière décomplexée, vient mettre en valeur les éléments qui font de la cité un projet social révolutionnaire. Pour lui, comme le disait Carlos Scarpa « restaurer, c’est modifier » !

Amélie Luquain

 
Courtesy 3F / Cyrille Weiner
Courtesy François Chatillon /  FCA-Q. Pigeat
 
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