02/05/2017

Kursaal de San Sebastian, Pei centenaire, défendre le Sheraton de Bruxelles… Visions du patrimoine après la démolition du Hall of Nation à Delhi : la revue de presse du 2 mai 2017
 
Autodestruction indienne
Ils n’ont pas traîné : « trois jours après que la haute cour ait rejeté l’appel de l’architecte Raj Rewal contre la démolition de l’iconique Hall of Nation (…), la structure était réduite à un tas de ruines. Les travaux ont commencé dans la nuit de dimanche à lundi, alors que d’autres audiences sur ce cas étaient programmées le 27 avril et le 1er mai ». Avec le Hall of Nation, oeuvre de l’architecte Raj Rewal conçue avec la collaboration décisive de l’ingénieur Mahendra Raj, c’est toute l’histoire de l’Inde moderne que l’on met à bas. Le bâtiment avait été érigé 25 ans après l’indépendance du pays, et servait de lieu d’exposition. « Nous sommes gouvernés par des gens qui sont des philistins. Ils savent comment faire de l’argent, mais l’art et la culture sont leurs points faibles » avait déclaré Rewal en février. C’est le propriétaire du site qui a voulu démolir cet ensemble de cinq bâtiments, afin de le remplacer par un « centre d’exposition de classe mondiale », ce que d’aucuns ne traduisent par «centre commercial à l’américaine avec escalators flambants neufs». Les bâtiments n’occupaient pourtant que 7 % du site du Pragati Maidan, le parc d’exposition historique de Delhi. Les protestations internationales ont été impuissantes à stopper la démolition, justifiée légalement par l’âge de l’édifice. Le service du patrimoine (HCC-Heritage Conservation Committee) ne reconnaît comme patrimoniaux que les édifices qui ont plus de 60 ans d’âge. Sans modification de ce critère, c’est toute l’architecture indienne des premières années d’indépendance qui est en danger.
Via The Hindu 

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Les ruines de Hall of Nation vues depuis le vieux fort un lundi. Credit Photos : Sandeep Saxena Via The Hindu

 
« Innovation » espagnole
À San Sebastian, les administrateurs du Kursaal, emblématique édifice de Moneo inauguré en 1999, veulent profiter de la rénovation du système d’éclairage pour trouver un usage plus « innovant et avant-gardiste » aux façades vitrées de l’auditorium. Jusqu’à présent, un système de tubes fluorescents permettait de mettre la façade ouest du Kursaal aux couleurs de l’évènement du moment : Journée de la femme, Gay Pride, voire drapeau de la ville ou logo du festival du cinéma. Leur remplacement par des LED devrait permettre d’économiser l’énergie et de transformer cette surface de 1260 m2 en écran géant, qui pourrait afficher les messages publicitaires des sponsors du Kursaal : « nous comprenons bien qu’un édifice emblématique comme le Kursaal doit protéger son architecture, par principe, mais il faut aussi le doter de contenus et activités qui lui donnent du sens et apportent de la richesse aux citoyens. De cette optique, nous voulons profiter du saut technologique pour continuer à favoriser ladite activité ». Une partie des opposants du conseil municipal – qui siège au conseil d’administration du Kursaal – rappelle que les protections dont jouit l’édifice empêchent ce type d’usage. « Il est inadmissible que la façade du Kursaal soit privatisée selon les désirs des grandes marques commerciales qui soutiennent habituellement les évènements les plus significatifs de la ville. (…). C’est la démonstration de plus que pour qui gouverne la mairie et la province, tout doit être au service de l’économie », proteste un membre du groupe Irabazi Donostia, un fragment du conseil municipal apparemment opposé à l’extension du domaine de la pub, déjà proscrite sur les échafaudages enveloppant les immeubles en cour de rénovation.
Via El Pais 
 
 
Impressions constructives
«Donald Trump pourrait construire son mur beaucoup plus rapidement, pour pas cher, et dans le respect des normes écologiques. Il devrait juste nous en charger. Il lui en coûterait 40% du devis et serait prêt en quelques mois». Ma Yihe, président de Winsun New Material, une entreprise chinoise spécialisée dans la construction 3D, plaisante à peine. L’année dernière, son entreprise a «imprimé» un immeuble de cinq étages en un mois, une maison de type européenne en trois jours et plusieurs maisons traditionnelles chinoises en deux. Il a aussi livré 17 modules de bureau au gouvernement de Dubai, qui prévoit que dans le futur un quart de ses installations soient réalisées avec ces procédés. Le coeur de Winsun New Material est une imprimante 3D longue de 150 mètres, large de 10 et haute de 6,6m, implantée sur le parc technologique de Suzhou, à une centaine de kilomètres de Shanghai. La majeure partie des employés des services administratifs de Winsun ne l’a jamais vue, et les cent opérateurs qui manoeuvrent la bête n’y accèdent qu’après un contrôle d’accès drastique. « Nous avons 129 brevets internationaux, et évidemment, nous nous inquiétons que l’on puisse copier notre technologie », explique Ma Yihe. Qui ferait une chose aussi déloyale ?
Via El Pais 
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Vues des différents édifices traditionnels chinois de première génération de Winsun. Sur les murs sans revêtement peuvent s’apprécier les différentes couches que l’impression crée avec la tinte ciment. Z. A. via El pais

 
La tactique Pei
Le 26 avril dernier, Ieoh Ming Pei a rejoint le club très fermé des architectes centenaires. Un anniversaire qui donne l’occasion d’un retour sur l’« aventure architecturale du maître Pei » au Mudam, le musée d’art moderne du Luxembourg, ouvert en 2006. « Si vous observez bien, le musée est fait de deux matières, la pierre de Bourgogne et le verre. Pei m’avait défini l’architecture en un mot  : lumière… Les œuvres d’art n’étaient pas encore dans le musée qu’il voulait déjà les mettre en valeur » explique Georges Reuter, architecte qui a assisté Pei tout au long des dix-sept années nécessaire à l’aboutissement du projet. « Autre signe de l’humilité de Pei, la nature autour du musée. D’année en année, le Mudam se cache derrière les feuilles. “Pei savait que des arbres allaient pousser, que ce versant du Kirchberg tend vers la nature. Il l’a accepté dès le début.” » Par contre, la déception de l’architecte a été immense lorsqu’il vit construire un hôtel de la chaîne Melia face à son œuvre. « Un plan de bataille, orchestré par le paysagiste français Michel Desvigne, avait alors été mis en place  : planter les arbres sur la place de lEurope (un par pays membre!), en avant-poste face au Meliá ». Une tactique nécessaire face à un espace impayable…
Via Le quotidien 
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L’architecture selon Pei : «la lumière». (photo Alain Richard) via le quotidien

 
Algérie : l’architecture sans terre
La 5e édition du festival Archi’terre, s’est déroulée à Alger du 23 au 27 avril dernier. La commissaire Yasmine Terki a lancé un appel pour l’utilisation de la terre dans la construction. « Le festival a été créé pour pallier un grand manque au niveau de la formation des acteurs du bâtiment, dont des architectes, des ingénieurs et des ouvriers du bâtiment. Il y a un énorme manque dans leur formation, car ils n’utilisent que les matériaux et les techniques de construction industriels. Or, tout le patrimoine algérien et du monde est  construit en matériaux locaux : terre, pierre et bois.  Face à cette situation, le ministère de la Culture s’est retrouvé dans l’incapacité d’assurer une prise en charge sérieuse du patrimoine. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de professionnels capables de prendre en charge ce patrimoine. Nous nous sommes dit qu’il fallait pallier cette situation». Privée de subventions du ministère en 2016, la manifestation avait été annulée. Elle revient sous forme de micro-salon, au moment où la profession d’architecte connaît une grave crise. D’après le syndicat national des architectes agréés algériens (Synaa),
« seulement 20% des architectes inscrits au tableau national de l’Ordre continuent à peine d’exercer », et le chiffre est appelé à baisser encore, faute au « recul drastique des investissements opérés par l’État depuis 2014 (et qui) a engendré le gel de la quasi-totalité du programme de réalisation des équipements publics ». Quelques jours auparavant, le PDG d’un grand groupe de construction s’alarmait de la disparition possible de la moitié des entreprises de BTP d’ici la fin de l’année. Un secteur en passe de se retrouver six pieds sous terre…
Via El Watan et Maghreb émergent 
 
 
Suisse air
Qu’est-ce qui caractérise l’architecture suisse ? Andreas Ruby, directeur du musée suisse d’architecture, le SAM, lance des questions en guise de réponse « la maîtrise voire le fétichisme des matériaux – le béton ultralisse -, le minimalisme, les budgets illimités, mais qui, dans une certaine veine calviniste, doivent être dissimulés : tous ces éléments sont-ils réellement constitutifs de l’architecture helvétique? Le minimalisme est-il le motif permanent de la culture architecturale et constructive en Suisse ? » Plutôt que de trancher par lui-même, il a demandé à 162 agences de formuler leur propre vision du sujet, à travers leurs réponses à trois questions (leur projet le plus important, l’édifice ou la situation la plus inspirante, et l’architecte le plus suisse à leurs yeux), et a exposé les résultats de l’enquête dans l’exposition Schweizweit. « Avec cette exposition, on a appris beaucoup. Comme le fait qu’il n’existe pas d’architecture suisse, mais une culture architecturale et constructive très hétérogène. C’est une véritable richesse culturelle. Ce qu’on construit dépend du lieu, du contexte. Il y a aussi une volonté manifeste chez les jeunes architectes de travailler avec l’existant ». Les architectes suisses existent, en revanche, et de nombreux architectes espagnols fuyant la crise les ont rencontrés. Swiss info donne la parole à l’une d’entre elles, qui témoigne « J’ai appris à construire à la manière suisse, à m’imprégner de sa qualité de construction (très différente de l’Espagnole), j’ai remporté des mises au concours public et j’ai commencé à faire des projets seuls sous le contrôle d’un associé (et ami) suisse avec qui nous formons notre propre entreprise ». Henar Varela, architecte de 31ans, confie que « connaître un Suisse c’est avoir un ami pour la vie ». Ne dit-on pas « copain comme corbu » ?
Via Le Temps et Swiss Info 
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L’intérieur de l’Unithèque à Lausanne, 2015 – 2020, par Fruehauf Henry et Viladoms (Maaars) via le temps

 
 
Bruxelles : défendre le Sheraton
Un collectif d’architectes belges s’émeut du (mauvais) sort prochain réservé à la tour Sheraton, immeuble des années 60 qui formait un ensemble monumental avec la tour Rogier, remplacée par une tour au début des années 2000. Le collectif veut obliger la région à se positionner sur le sujet, afin d’ «envoyer un message au secteur immobilier bruxellois, valable pour tous les projets ayant un impact déterminant sur le paysage urbain». Il demande à définir « ensemble les conditions de qualité des projets immobiliers stratégiques, prenons en compte dès le départ la dimension architecturale et urbanistique dans le processus, par le biais de concours d’architecture ou tout autre processus de réflexion, organisés par le développeur, en collaboration avec le BMA (Bouwmeester-maître architecte, en charge de l’architecture auprès de la municipalité, NDLR). C’est dans un dialogue constructif entre pouvoirs publics et privés, dans le respect du rôle, des contraintes et des missions de chacun, que pourra émerger une vraie politique architecturale ambitieuse». La participation des architectes : une piste qui pourrait séduire en cette époque où la participation est le mot magique initiant tout bon projet urbain ou architectural.
Via la libre Belgique 
 
 
Ornement et Buzz
Après avoir envahi nos textes, les emojis vont-ils envahir nos bâtiments ? L’architecte Changiz Tehrani a tiré le premier et fait le buzz avec son immeuble d’Amersfoort, Pays-Bas, qui arbore en guise d’ornement 22 smileys moulés dans le béton. « L’architecture classique utilisait les têtes des rois ou autres, que l’on plaquait sur la façade, a déclaré Tehrani au magazine The Verge. Alors nous nous sommes dit, quel ornement pourrions-nous utiliser qui fasse qu’une personne puisse se dire dans 10 ou 20 ans : “Hé, c’est de cette année-là” ». Plus émoticon, y a pas…
Via The Verge 
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Il y 22 émoticones au total, toute coulées en béton. Image : Attika Architekten / Bart van Hoek via the verge

Olivier Namias