18/05/2018

Depuis quelques mois, le quartier de la Bibliothèque nationale de France est animé par  un nouveau projet signé par l’architecte Farid Azib de l’agence Randja. EP7, appelé également guinguette numérique, est un lieu de création, de restauration et d’inventivité architecturale. Composé d’une façade numérique le bâtiment propose une programmation éclectique pensée par l’équipe du Point Ephémère mêlant concerts, salons de jeunes créateurs, conférences, expositions et restauration.

©David Boureau

Le projet s’inspire de la philosophie du Point Éphémère, à qui la Ville de Paris a demandé de créer un café-concert dans le quartier de la BNF pour faire vivre la mémoire des bâtiments et des lieux tout en les transformant. L’action se concentre sur les façades-enseignes : pour les façades communicantes, des Split / Flap displays sont récupérés. Ces anciens tableaux d’affichage à défilement mécanique des gares permettent de créer un bâtiment architecturalement singulier et d’interpeller les usagers sur la mémoire du lieu, situé au-dessus des voies ferrées. Les displays se mettent en action, pendant une minute ou deux, toutes les heures pour faire apparaître des messages : « Ils annoncent un DJ de Berlin pour demain à 23 heures » !

©David Boureau

Pour intégrer au mieux le programme dans la ville et la réglementation liée au bruit, trois plate-formes de 80 m² chacune, libres de tout obstacle, dans le gabarit des 12 mètres autorisés, sont superposées et les circulations verticales (sas, vestiaire, cuisine, bureau…) sont positionnées latéralement comme écrans acoustiques des futurs logements. La terrasse accessible est intercalée entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage, cadrée par les deux blocs de services et des panneaux acoustiques perpendiculaires à la façade. Les entrées et sorties se font par des sas ; la salle du rez-de-chaussée dispose de parois fixes vitrées doubles et pleines pour la continuité de l’isolation. La structure du bâtiment situé sur une infrastructure existante est métallique avec des planchers collaborants, afin de minimiser le poids et de répondre aux exigences d’un chantier propre.

©David Boureau

En réponse à la volonté du Point Éphémère et de la Ville de Paris de créer un lieu festif qui attire les Parisiens, le bâtiment est brut pour permettre une expérimentation artistique propre au lieu. Le traitement de la façade est un hommage au passé du territoire et à l’habileté de l’institution à transformer des lieux anciens en temples de la modernité.Ce projet de guinguette numérique est né de la volonté de la SEMAPA de créer un lieu unique, créatif dans ce quartier en devenir. Cette volonté l’oriente tout naturellement vers la riche expérience de plus de 20 ans d’Usines Ephémères, dans l’activation et l’animation de lieux insolites.

©David Boureau

Le programme a donc été soigneusement élaboré en étroite collaboration avec l’équipe du Point Ephémère.

« C’est sous le terme de guinguette que le projet désigne le café culturel. Loin d’être un anachronisme des deux siècles derniers, le vocable revêt bien la demande actuelle du quartier en termes de convivialité et de création de lien social. Certes, dans une guinguette, on y danse, on y boit mais surtout l’on s’y côtoie dans une mixité bienvenue. C’est un endroit de stabilité dans ce quartier qui apparaît aujourd’hui comme un espace de circulation.« 

©David Boureau

« Il nous semble donc important d’imaginer dans la structure même de ses façades, des murs média, des colonnes de pixels «sur mesure» appuyant architecturalement les lignes de force du bâtiment et permettant de relayer quantité d’informations.« 

©David Boureau

Le projet reprend les grandes lignes du programme souhaitées par l’exploitant qui le désirait comme un signal urbain, une architecture non formatée et cultivée…

©David Boureau

L’EP7, nom actuel de l’équipement tire cette appellation du nom de la parcelle, et fût employé dès la programmation. Il est souhaité comme « lieu singulier et mouvant, de culture et cultivé ». Il est voulu comme une île, qui « attire et soustrait », un lieu à part et différent.

« Un lieu qui se nourrit de son public, de ses échanges de ses rencontres… »

« Un lieu qui diffuse et rayonne (ses parois sont vectrices d’images et d’information). Tel Janus, comme le quartier d’affaires qui l’accueille, sur des rythmes inversés, la guinguette mute en fonction des heures du jour et de la nuit. Le lieu de tous les possibles ».

©David Boureau

©David Boureau

©David Boureau

©David Boureau

Le rez-de-chaussée est largement ouvert, sur l’avenue de France, sur la Place Jean-Michel Basquiat. Son sol, dans la continuité de l’espace public le prolonge jusqu’au sein de l’EP7. Les circulations verticales en nombre de deux sont excentrées latéralement pour répondre aux exigences de sécurité (établissement recevant du public ERP), pour les besoins de flexibilité (privatisations possibles avec des accès dédiés), pour améliorer les performances acoustiques. Ces deux « blocs » verticaux jouent un rôle tampon afin de protéger les logements à proximité des nuisances sonores. Enfin ce dispositif libère trois plateaux « libres » sur trois niveaux.

©David Boureau

Les parties techniques regroupant les réserves, les vestiaires et sanitaires l’espace scène, le bar et ses réserves se glissent sous les volées d’escaliers. Les circulations verticales accompagnent le visiteur aux niveaux supérieurs. Chaque palier est l’occasion d’échappées (larges baies vitrées) sur la ville…

©David Boureau

©David Boureau

©David Boureau

Le restaurant, implanté au dernier niveau, se donne à voir, et laisse entrevoir au sud sur la Place le vieux 13 -ème, au nord sur l’avenue, la Seine, le Tribunal de Grande Instance et la ville en devenir.

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Enfin, le troisième plateau : belvédère, solarium, lieu de détente ou de fête offre un espace inouï surplombant le parvis et l’avenue. Le programme rêvé « un lieu privilégié pour tous, imaginé telle une terrasse dans une médina imaginaire ».

©David Boureau

©David Boureau

Conscients et anticipant les futures plaintes pour nuisances…  Ses concepteurs ont intercalé cet espace ouvert entre le restaurant « perché » et l’espace polyvalent du rez-de-chaussée. Emmitonnés entre les parois des circulations verticales, du plancher bas du restaurant, les regards et les sons s’échappent canalisés vers l’avenue et la place.

©David Boureau

L’EP7, veut être vecteur de signes et de sens, d’informations et d’oeuvres, véritable lieu en mouvement, laissant transparaitre et affichant en grand sur des cimaises électroluminescentes les vibrations intérieures. Cette thématique du programme, « totem communiquant » engage considérablement l’architecture du bâtiment.