22/06/2018

Du 19 au 30 juillet prochain aura lieu à Châlons-en-Champagne, la seconde édition des Universités d’été Architecture et Champagne. Au cœur de cette manifestation pédagogique, la « loge de vigne », cabane de vignerons tombée en désuétude depuis un siècle et qui vit aujourd’hui une seconde jeunesse.
Si une volonté de développer l’œnotourisme en Champagne existe depuis une petite dizaine d’années, 2015 marque pour ce territoire le début d’une nouvelle ère avec l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au Patrimoine Mondial de l’UNESCO (catégorie Paysages culturels évolutifs vivants). Ayant longtemps reposé sur le secret de fabrication du Champagne, la communication autour du précieux breuvage s’était jusque là portée sur l’image de luxe du produit davantage que sur les terres champenoises, contrairement à d’autres régions viticoles telles que l’Alsace qui mise depuis longtemps sur l’œnotourisme pour son développement économique. Aujourd’hui, ces codes sont remis en question : la consommation du Champagne se démocratise – en témoigne la nouvelle campagne publicitaire du Syndicat général des vignerons, dont le slogan est « le Champagne, réservé à toutes les occasions » et qui montre notamment une flûte accompagnant une tartine de sardines – et ses aficionados deviennent de potentiels touristes, curieux de découvrir le patrimoine derrière les bulles.

Crédit photo : MACA 

Un patrimoine en voie de disparition

Au cœur de celui-ci, l’architecture viticole : chais, caves, maisons de Champagne, mais aussi, moins connues, loges de vignes. Également appelées « cabanes de vignes » ou « cadoles », ces modestes constructions apparues au XVIe siècle se multiplièrent au XIXe, servant essentiellement de remise à outils et d’abri aux vignerons. Aujourd’hui, elles ponctuent toujours le paysage, mais la plupart d’entre elles sont laissées à l’abandon depuis le début du XXe siècle et l’apparition de nouveaux moyens de déplacement et de culture qui rendirent leur usage superflu. Allant de la construction en briques ou pierres meulières à la cahute en tôle, elles ont fait l’objet d’un inventaire en 2011-2012 par le Parc naturel régional de la Montagne de Reims qui en a recensé 200. Émilie Renoir-Sibler, chargée de mission Culture et Patrimoine au Parc, raconte : « Nous souhaitions sensibiliser les vignerons et les Maisons à ce patrimoine, le leur, qui était en train de disparaître ».

Crédit photo : MACA 

L’architecture pour prendre conscience du territoire

Les Universités d’été Architecture et Champagne s’inscrivent dans cette dynamique. Après une première édition réussie en 2017, cet événement – moment pédagogique – aura lieu à Châlons-en-Champagne du 19 au 30 juillet et rassemblera une trentaine d’étudiants ou professionnels en formation continue venus du monde entier (60% des participants sont internationaux) autour de la conception, fabrication et installation de six à huit loges de vignes. Organisée par l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy, la Communauté d’Agglomération de Châlons-en-Champagne et la Maison de l’Architecture Champagne-Ardenne (présidée par Giovanni Pace), la manifestation reprend le modèle déjà très répandu à l’étranger des Universités d’été, laboratoires de pensées et d’expérimentations permettant aux étudiants de valider des crédits ECTS dans le cadre de leur cursus (en l’occurrence 3 crédits ECTS). Chantal Dugave, architecte, artiste et enseignante, dirige le projet. « Il s’agit de faire prendre conscience, insiste-t-elle. L’architecture, ce ne sont pas uniquement des objets posés sur un territoire. C’est aussi le vecteur d’une pensée autour de ce même territoire, autour d’un usage, etc. » Après « la main » en 2017, c’est « la terre » qui a été choisie pour thématique cette année. Un sujet en adéquation avec la marraine des Universités d’été, l’architecte britannique d’origine libano-irakienne Salma Samar Damluji, spécialiste de l’architecture moyen-orientale – notamment yéménite – en terre crue.

Douze jours pour créer « les loges de demain »

Durant une journée, les participants rencontreront les acteurs du territoire, collectivités et commanditaires vignerons, et concevront leur « loge de demain » par groupe de trois-quatre et en dialogue avec une équipe d’encadrants principalement architectes, artisans et Compagnons du devoir (un couvreur et un charpentier). Dix jours seront dédiés à la fabrication. Les matériaux employés proviendront d’une ressourcerie alimentée par les vignerons avec des pupitres en chêne ou encore d’anciens pressoirs, poussant plus loin l’enjeu de patrimonialisation. Les loges seront alors démontées pour être installées in situ lors d’une dernière journée, « dans un esprit festif de vendanges », précise Chantal Dugave. L’une d’elles rejoindra le sentier de découverte des loges de vignes du Parc régional de la Montage de Reims afin de proposer un dialogue entre patrimoine et création contemporaine. Toutes seront rétrocédées aux vignerons après une année qui aura permis aux propriétaires initiaux – les organisateurs des Universités d’été – d’observer leur évolution dans le temps et d’identifier les modes d’entretien les plus adaptés à chaque loge, dans un souci cohérent de pérennisation. Aux vignerons ensuite de s’approprier ces loges d’un genre nouveau.
 
Anastasia Altmayer