26/11/2017

« La céramique est liée à l’inaltérable, à l’indégradable, à l’intachable, à l’inattaquable au vitrifié, au chimiquement neutre, au « pur », à « l’éternel ». Tout à la fois matériau de revêtement et structure, la céramique se lit autant par ses joints qui trament, découpent et neutralisent tout ce qu’elle recouvre que par le poli et l’unit de la surface. Matériau inaltérable, économique et mécanique, la céramique peut signifier son contraire : elle peut représenter le souvenir opposé à la mort. Sans doute faut-il voir là des raisons de son utilisation sur les tombeaux de la Martinique.
Le jeu du damier noir et blanc, couleurs des rites funéraires, tel que « le grand vidé en noir et blanc » du mercredi des Cendres à Fort-de-France, en accentue les effets répétitifs. Protection contre les éléments extérieurs, la céramique le reste même comme revêtement intérieur dans la maison de Jean-Pierre Raynaud.
Structure d’isolement symbolique hors de toute échelle de grandeur, telle semble avoir été une des motivations de cette application, rejoignant par-là, mais en creux, ces tombeaux martiniquais qui pourraient être de gigantesques monuments.
Faut-il faire des rapprochements entre ces tombeaux martiniquais du début du siècle, la maison de Jean-Pierre Raynaud et certaines réalisations de tenants de la « surface neutre » ? L’histoire est un éternel recommencement dit-on. Peut-être, mais en tout cas elle véhicule des symboles parfois très liés au matériel, voire au matériau. En tous cas, pour le cimetière comme pour Raynaud, la symbolique semble bien être celle du champ clos pour l’éternité. Mais sa maison, Raynaud… il peut… très vite la démolir. »
 
Une introduction à la céramique suivi d’un entretien entre Jean-Pierre Raynaud et Henri Bonnemazou
 
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CREE 29, Juin / Juillet 1974, Tombeaux à la Martinique et L’espace propre de Jean-Pierre Raynaud
Téléchargez la version PDF CREE 29 – Juin juillet 1974