14/02/2017

Déchets, urinoirs, vêtements architecturaux, mégapoles egyptiennes en suspens, concours de conte de fées, Santiago Calatrava prophète à Londres, hutte à Détroit : la revue de presse du 14 février 2017
 
Besoin de déchets
L’Artiste Roxanne Reeve n’aurait jamais imaginé fouiller les décharges des zones industrielles de Seattle, Etat de Washington. Et pourtant, lors de ses trajets en voiture autour de la ville, elle s’arrête quand elle voit des objets intéressants mis au rebut, les collecte et les utilise comme matériaux de construction pour une expérience architecturale futuriste. Roxanne Reeve s’est convertie au concept d’Earthship, élaboré par Michael Reynolds en 1971. Reynolds avait construit à Taos, au Nouveau-Mexique, des maisons en canettes de bières, de sodas et de pneus. Chaque État des USA et 20 pays à travers le monde possèdent des avatars de cet habitat recyclé et autonome, indépendant des réseaux techniques d’énergie, d’eau, de communication, etc. Bien que certains ne voient dans l’Earthship qu’un concept ringard forgé par des écolos des années 70, Roxanne Reeve croit toujours à la pertinence de l’idée. “Je dirais que la communauté d’Earthship est en fait plus forte que dans les années 70, dit l’artiste, ‘je pense qu’elle a connu une forte croissance, car le design de l’habitat à évolué depuis 1970. Il est devenu de mieux en mieux ». Une amélioration de la qualité des déchets expliquerait-elle cette montée en gamme ?
Via Atlasoscura 

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Earthship sustainable architecture has been evolving since the 1970s. JENNY PARKINS/CC BY-SA 2.0/CROPPED via atlasobscura

 
Besoins de ville
Le produit est proposé en deux tailles, laqué d’une peinture rouge anti-graffiti, et coûte 3000 euros pièces : c’est l’Uritrottoir, une nouvelle arme décisive dans la lutte que mène Paris contre les « Wild pees », ou pipis sauvages. Il faut lire The Guardian pour apprendre l’existence de cet appareil qui doit faire perdre à la capitale, Ville-Lumière et ville de l’amour, son titre infamant de cité de la pisse, rappelle le quotidien anglais. Paris outragé, Paris humilié, et bientôt Paris soulagé par l’éco-pissotière ? Collecté par le biais d’un urinoir, le liquide biologique se déverse dans un cube rempli de paille. « Nous la transformons en compost, un fertilisant, dans une logique d’économie circulaire. Nous utilisons deux déchets, la paille et l’urine, pour en faire un produit qui fait pousser les plantes ». Comme dans tout bon équipement biotechno qui se respecte, l’Uritrottoir contient un système électronique qui sonne quand vient l’heure de collecter l’or du rein. Trois exemplaires ont été installés à Nantes, trois autres près de la gare de Lyon. « C’est un très gros problème pour la SNCF » témoignent Laurent Lebot et Victor Massip, inventeurs du système, « le soir quand les gens rentrent chez eux après une sortie en ville, ils se soulagent avant de reprendre leur train. Ça sent mauvais, coûte une fortune en nettoyage, et les voisins se plaignent». Pourquoi ne pas simplement rajouter des toilettes, sur les rails comme à la ville ? D’autant Massip et Lebot le reconnaissent : leur solution n’est pas adaptée aux besoins de la gent féminine.
via The guardian 
 
Besoin d’un mur ?
À partir de juin, la dame de fer se ceindra d’une barrière de verre, pérennisation des barrières mobiles qui restreignent l’accès au parvis depuis 2012. Elle ne se sera pas réalisée dans n’importe quel verre, puisqu’il s’agit d’« une clôture antiballes qui englobera l’essentiel des jardins de la tour Eiffel », a indiqué Bernard Gaudillère, président de la Société d’Exploitation de la tour Eiffel aux élus siégeant au Conseil de Paris. Un mur de verre haut de 2,5 mètres facturé 20 millions d’euros. Tout en comprenant les impératifs de sécurité, les élus UDI et EELV redoutent que la tour Eiffel ne se transforme en forteresse. « Ces mesures ne doivent pas dénaturer les aspects architecturaux des alentours », insiste une élue locale LR. « Tous les travaux de sécurisation de la tour Eiffel se font en concertation avec les Architectes des Bâtiments de France pour que cela s’insère le mieux possible dans le quartier », assure Jean-François Martins, adjoint à la maire chargé du tourisme. Nous voilà rassurés.
Via Le Parisien
 
Besoin de fringues originales
Tant qu’il y aura des bâtiments, Pierre Kauffmann sera toujours bien vêtu. L’artiste a inventé le Pika-Monument, un concept de création d’accessoires vestimentaires mimant des œuvres architecturales contemporaines. Une fois son costume archimimétique réalisé, Kauffmann se prend en photo devant l’original : on peut ainsi le voir habillé en Metropol Parasol sous l’œuvre éponyme à Séville, face à une grue de l’île de Nantes, ou devant la cité de la mode et du design, coiffé de ce qu’un ancien président de la République pourrait qualifier de « truc vert ».
Via Soonight 
pierre-kauffmann-costumes-architecture
 
Besoin d’un Calatrava ?
Londres vient de charger Calatrava de construire un pont et un complexe résidentiel d’1,16 milliard d’euros – budget de départ. Le journal El Español fait une revue partiale et partielle des ponts de l’architecte valencien qui ont défrayé la chronique, tel le pont Bach de Roda (Barcelone), « dont la couleur (blanche choisit par l’architecte) a évolué vers une teinte qui rendent son œuvre reconnaissable ». Un colori incertain que l’on imagine douteux, comme les tirants du pont de l’Alamillo (Séville), « qui pourrait fonctionner sans ses grands câbles (lui donnant l’aspect caractéristique d’une harpe, NDLR), trop inclinés pour vraiment pouvoir remplir une fonction structurelle », ou le pont du Zubi Zuri (Bilbao), dont les plaques de verre du tablier assumaient la fonction complémentaire et non souhaitée de patinoire lors des jours de pluie. Calatrava ayant présenté les futur projets de Londres comme la synthèse de 35 années de carrière, le journal s’angoisse « qu’est-ce que cela va donner? ».
Via El Español 
 
Besoins d’ailleurs
Au sein des prix et concours d’architecture, la «Fairy Tales Competition» tient une place à part : elle invite chaque année des architectes à réfléchir à concevoir des projets pour des mondes parallèles, d’autres dimensions ou de purs univers de science fiction. Plus de mille participants ont pris part à la quatrième édition de l’évènement, qui avait cette année pour thème les «fables environnementales». L’abondance de telles fables dans le monde réel semble avoir poussé les compétiteurs à aller toujours plus loin dans l’invention. Le premier prix a été décerné à Mykhailo Ponomarenko, un architecte russe installé en Floride. Son projet prend pour point de départ une découverte des scientifiques soviétiques permettant la suppression de la gravité et l’attraction terrestre, invention qui ouvrit la voie (l’histoire se déroule dans les années 60) à la construction de ville «Saturne» circulaires bâties dans des anneaux arrimés ou creusés à flanc de montagne. D’autres lauréats lorgnent du coté d’Archigram. Le troisième prix est l’occasion de pousser un trop rare cocorico, puisqu’il est attribué à deux architectes français, Ariane Merle d’Aubigné et Jean Maleyrat, pour «Dessus en haut», une cabane construite par des réfugiés, qui l’on perché sur longue échasse pour échapper à l’oppression, les normes et les inégalités qui règnent à la surface de la terre.
Via Arstechnica 
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via arstechnica

 
Besoin de hutte
Nous avions pratiquement perdu Detroit, tuée par la fuite de ses habitants, et voilà que la population affluerait en masse dans la ville du Michigan, attirée qu’elle serait par un nouveau type de logement économique en demi-cylindre métallique, rappelant au matériau près « Château de France » et ses igloos de fibrociment, une cité d’urgence construite au sortir de la guerre à Noisy-le-Grand grâce aux dons généreux de Charlie Chaplin. Baptisée Quonset Hut « Les unités sont conçues pour offrir des espaces de vie et de travail dont la finition est laissée à l’initiative de l’habitant ». L’agence de Los Angeles EC3 s’est chargé de la conception de neuf exemplaires de ces maisons. La motor city serait-elle en pointe dans la hutte pour l’habitat économique ?
Via Mlive 
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Industrial Quonset huts built in Detroit’s Core City neighborhood off of Grand River Ave. and 16th St. as a future live-work community. Feb. 10, 2017. (Courtesy of ABOVE THE FOLD) via mlive

 
Plus besoin de mégapole
Le gouvernement égyptien peine à trouver les entreprises pour construire sa nouvelle capitale, à une trentaine de kilomètre du Caire, sur 750 km2. Le budget de travaux est de 45 milliards – somme qui permet l’installation d’un aéroport international et d’un parc d’attraction de taille quatre fois supérieure à Disneyland. La China Fortune Land Development Company, intéressée par ce chantier rentrant dans le cadre de la politique des «Nouvelles routes de la soie» vient de jeter l’éponge. C’est la deuxième entreprise qui renonce, cette fois faute d’avoir pu trouver un accord financier avec les autorités locales. «Les travaux seront réalisés par des mains égyptiennes» martèlent les généraux au pouvoir. Le portable de Numérobis va bientôt sonner sans discontinuer.
Via El Mundo 
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Maqueta de la nueva capital que proyecta Egipto. FRANCISCO CARRIÓN via el mundo

 

Olivier Namias

La revue de presse fera une pause le 21 février et reviendra en ligne le 28 février