02/03/2017

Les agences d’architecture, dans un premier temps, se différencient par leur nom de société. Simple reprise du prénom et nom de famille, acronyme ou néologisme, nous faisons là l’hypothèse que le « naming » révèle un état d’esprit, un état de projet. L’ouverture de l’exposition des AJAP présentant une trentaine de jeunes agences nous donne l’occasion d’un tour d’horizon non exhaustif des noms de société d’architecture.
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L’onomastique est l’étude des noms propres, de leur étymologie, leur formation, leur usage à travers les langues et les sociétés. Cette branche de la lexicologie trouve des champs d’application dans le domaine des personnes, des peuples, des lieux, des entreprises, des marques. Parmi eux, on notera des figures lexicales qui sont utilisées dans la nomination des agences d’architecture.

  • l’anthroponyme : nom de personne
  • l’aptonyme : patronyme possédant un sens lié à la personne qui le porte, le plus souvent en relation avec son métier ou ses occupations
  • le pseudonyme : nom d’emprunt d’une personne
  • l’acronyme : sigle se prononçant comme un mot normal
  • le tautonyme : répétition exacte du nom du genre pour désigner l’espèce
  • le toponyme : nom de lieu en général
  • le mononyme : nom unique identifiant généralement une personne
  • l’anthroponyme : nom de personne
  • le néologisme : nouveau mot

 

Les anthroponymes

On commencera ce tour d’horizon avec les Jean Nouvel, Herzog et de Meuron, Zaha Hadid ou Renzo Piano. Des agences qui sont nées dans les années 80 et qui ont fondé leur nom de société sur leur nom propre, devenu nom de scène au moment où ils sont entrés dans le star-système des architectes. Associés à un mouvement, à un type d’architecture, leurs noms correspondent à une signature.
S’appeler par son nom est une pratique assez répandue que reprenne Guillaume Ramillien, Nicolas Dorval-Bory, Amélie Fontaine, ou Dominique Coulon. Eux aussi ont fait usage de l’anthroponymie, transformant leur nom de personne en aptonyme, pourrait-on dire, leur nom devenant indissociable de leur métier. Loin du star-système évoqué précédemment, il rejoigne plutôt la communauté des artisans.
Quant aux Lacaton Vassal, Avenier Cornejo, Ibos Vitart, , Buzzo-Spinelli, Antoine-Dufour ou Martinez Barat-Lafore, ils indiquent que la production n’est plus individuelle mais bien commune, en l’occurrence double, exprimant un changement dans la pratique de l’architecture qui devient de plus en plus complexe.
 

Les acronymes et sigles

Dans le monde de l’architecture, sont aussi d’usage les acronymes et sigles comme RCR (Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta), CAB (Calori Azimi Botineau), ECDM (Emmanuel Combarel et Dominique Marrec), ou encore AAVP (Atelier Architecture Vincent Parreira) et ANMA (Agence Nicolas Michelin & Associés). Une façon de réduire un collectif, ou une volonté de collectivité, à un sigle entêtant et facilement mémorisable.
Parmi eux, quelques faux-semblant qui forment presque des néologismes comme BRUTHER né du BRU de Stéphanie Bru et du THER d’Alexandre Theriot ; SOJA qui prend les deux premières lettres des prénoms de Sonia Leclercq et Jean-Aimé Shu ; MAAJ, l’agence d’Anne-Julie Martinon qui combine deux lettres du prénom et du nom ; ou encore ABC qu’on aurait pu imaginer venir de l’alphabet mais qui vient d’Architectures Doonam Back et Yann Caclin.
D’autres acronymes ne se rapportent pas aux noms propres mais à un état de production de l’architecture, comme SCAU (Société de Conception d’Architecture et d’Urbanisme)
LAN (Local Architecture Network) DATA (Department of Advanced Typologies for Architecture) ATP (Architecture, Territoires, Paysage) ou encore OMA Office for Metropolitan Architecture qui a été jusqu’à inverser son acronyme pour devenir AMO, une filiale du groupe dédiée à la recherche.
Dérivée de ce système, la combinaison de chiffres et de lettres comme Archi 5, 5+1AA, 2/3/4, 51N4E, ou 9.81 qui parfois proviennent du nombre d’associés, d’autres fois d’un mélange moins clair.
 

Or cadre

Certains architectes semblent chercher à exprimer leur pratique du projet à travers le nom de leur agence, tout en la rendant plus « friendly » et font alors preuve d’inventivité.
Il y en a qui emprunte le jargon urbain, tel que les agences la Ville ouverte, la Ville rayée ou Parc. D’autres se rapprochent des toponymes et confondent à leur nom de société celui de lieu, comme Rue Royale ou Atelier du Pont, qui ont utilisé leur première adresse ; Atelier de l’Ourcq, du même nom que le canal parisien ; SOHO, qui tient son nom des quartiers urbains trendy de Londres mais également de New York et de Hong Kong ou encore CoBe, acronyme de Compagnie Belleville lié au lieu d’études des associés.
Muoto et Fala emprunte leur nom directement au vocabulaire des langues, signifiant respectivement « forme » en finnois et « discours » en portugais. Un moyen direct d’exprimer une façon et une envie pour pratiquer l’architecture. De la même manière, Provisoire parle d’une méthode liée aux 6 architectes associés de l’agence qui travaillent à deux sur un projet soit quinze combinaisons de dialogue possible et donc des micro agences renouvelées régulièrement. Encore Heureux revendique une approche généraliste, puis il y a Mutations, Projectiles, Office, Oh !Som ou La nouvelle Agence
 
 
La plupart de ces sociétés d’architecture marient leurs noms aux mots « architecte », « architecture », « atelier », « studio », « agence », « associés ». Un exemple bien concret est celui d’Architecture-Studio, qui ne s’est pas embarrassé des noms de ses associés qui évoluent dans le temps. On notera bien que ces quelques lignes « Archinymie » ne sont que des hypothèses formulées à partir d’une liste non exhaustive, regroupant les noms d’agences par genre typomorphologique. Pour pousser l’analyse et comprendre les réelles relations, si tant est qu’elles existent, entre pratique de l’architecture et nom de société, il serait nécessaire de les inscrire dans le temps, d’étudier leur signification, leur origine, leur évolution, leur rapport au contexte et les motivations de leur détermination, ainsi que leur impact sur la société et la pratique du métier.
 

Amélie Luquain