13/07/2017

A Cesson (77), commune de 10 000 habitants, l’agence MDNH Architectes participe à la revitalisation du centre-bourg avec l’édification de 80 logements intermédiaires.
 
En France, les bourgs se vident et paradoxalement dévorent les terres agricoles. « Comment un village peut-il se dépeupler et croître en même temps ? »* s’interrogeait Rem Koolhaas dans un article de la Revue Icon en 2014. D’un côté, les centres métropolitains accaparent les activités économiques et sociales. De l’autre, les pavillons prisés par la classe moyenne colonisent depuis les années 1970 la périphérie des petites villes. Afin de redynamiser l’économie des milieux ruraux et périurbains et d’accompagner la transition écologique des territoires en limitant l’étalement urbain, ont lieu aujourd’hui des opérations de revitalisation et de densification des parcelles en centre-bourg. A Cesson (77), le bailleur social 3F en a déjà réalisé trois. Située au cœur de la vallée de la Seine, à mi-chemin entre la forêt de Sénart et la ville de Melun, la commune a vu sa population se multiplier jusqu’à atteindre 10 000 habitants, suite à la construction de la gare du RER D dans les années 1980, les habitants semblant y trouver une alternative à la ville (trop) dense tout en étant proche de la capitale.

logements cesson MDNH architectes
© Laurent Descloux

 

Subdiviser pour mieux régner

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les 80 logements sociaux intergénérationnels pour 3F, construit par MDNH Architectes. Ils sont implantés le long de l’avenue Charles-Monier, l’un des axes majeurs de la commune, jalonné de plusieurs commerces de petites tailles, a proximité de la mairie et de la gare. Investissant une parcelle qui hébergeait auparavant une station-service, ils s’insèrent discrètement dans le tissu urbain, l’ensemble se subdivisant en plusieurs constructions accolées qui reprennent les volumétries du centre-bourg. Ainsi, quatre volumes bâtis sont eux mêmes redivisés en plusieurs bâtiments, réinterprétant l’emprise au sol, les hauteurs (R+1+ comble) et les toitures à deux pans. Depuis la rue, l’une de ces grandes maisons marque le pivot vers l’intérieur de l’îlot par un angle largement vitré en rez-de-chaussée, contenant le local associatif. Recouverte de pierres calcaires, elle fait référence aux meulières du bâti historique de Cesson, avant de révéler une matérialité à part en cœur de parcelle. Les logements s’y organisent ensuite autour d’un espace paysagé qui prolonge la rue. Un maillage de venelles et de porches donne accès aux placettes jardinés et aux vastes halls d’entrée toute hauteur. Fait remarquable, plutôt que d’être les « restes » d’un édifice, les halls dit « cathédrales » sont ici pensés comme tels, dégageant de vastes volumes éclairés par de grands panneaux de verre profilé en U et des suspensions lumineuses à l’allure industrielle. Les locaux vélo, eux, sont laissés visibles derrière de grandes baies vitrées.





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Quel archétype pour demain ?

Ces constructions convoquent la figure de la maison, en reprenant les toitures à deux pans imposées par le PLU ; réminiscence d’un passé de bourgade, comme si elles seules pouvaient emporter l’adhésion de tous. Empruntant un vocabulaire contemporain qui puise dans les codes de l’habitat traditionnel, elles sont ici revisitées et creusées : les volumes des sous-pente sont exploités et donnent aux appartements des derniers niveaux de plus amples hauteurs sous plafond. A l’extérieur, certaines parties des toitures sont évidées, les parties en creux offrant de grandes terrasses aux usagers. Chaque logement, en simplex ou en duplex, est traversant, profitant d’une double ou d’une triple orientation. Des volets coulissants sont intégrés à la façade, les portes-fenêtres sont toute hauteur, les menuiseries sont en bois et en aluminium, des tuiles plates ou du zinc couvrent les toitures … des détails qui viennent surhausser la qualité de l’ensemble.






 
 
* Rem Koolhaas, Koolhaas in the country, Revue Icon, 2014
 

Amélie Luquain H.

 
 
Fiche technique :
Programme : 80 logements sociaux intergénérationnels (5 T1, 27 T2, 28 T3, 16 T4, 4 T5), un local associatif municipal, un parking enterré sur un niveau de 77 places et 4 places à l’extérieur Localisation : 13 avenue Charles-Monier, Cesson (77) Aménageur : EPA SENART Maître d’ouvrage : La Résidence Urbaine de France / 3F Maître d’oeuvre : MDNH architectes, Marie Degos et Nicolas Hartung, architectes associés. Structure : EVP. Économiste : AXIO. Fluides : WOR. Entreprise générale : Ballestrero (Bouygues Bâtiment IDF) Surfaces : 5433 m2 SDP et 4770 m2 SHAB Coût de l’opération : 8,2 M€ HT Performances environnementales : RT 2012 -10% et H&E profil A Calendrier : Concours novembre 2013, livraison mars 2017
Courtesy MDNH / Gaëla Blandy