17/01/2017

Alfonso Femia et Gianluca Peluffo, associés de l’agence italo-française 5+1AA, ont livré en novembre dernier le nouveau siège de la BNL-BNP Paribas à Rome. Situé au nord-ouest du centre historique, adjacent à la gare ferroviaire Tiburtina, la conception de cet objet singulier qui se veut aussi discret que monumental a largement été influencé par son contexte.
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Monumentalité exigée

Rome, Tiburtina. C’est à plus 2 km du centre historique, à la jonction de deux quartiers – les Quartiere V Nomentano (nord ouest) et Quartiere XXII Collatino (sud est) – et de deux vides urbains – le cimetière (sud ouest) et une zone en friche (nord est) – qu’est implanté le nouveau siège social de la BNL-BNP Paribas. La banque fait le lien avec la terriblissime gare ferroviaire Tiburtina, deuxième gare de Rome redéveloppée quelques années plus tôt par ABDR Architetti Associati et Paolo Desideri, et déjà esthétiquement datée. Tirant un biais au dessus des voies ferrées, «  la gare établie une dimension infrastructurelle et impose un changement d’échelle » pose Alfonso Femia, architecte associé de l’agence 5+1AA. Face au monstre autonome, les architectes ont apporté une réponse cyclopéenne, rendue obligatoire par l’étroitesse de la parcelle de 5000 m² devant porter un programme de 75 000 m² de bureau. S’impose une architecture linéaire parallèle aux voies ferrées, longue de 235 m et haute de 50 m (3 fois plus que la gare). Les deux programmes se réunissent à leur pointe en une seule entité, angle que les architectes s’amusent à comparer à la tête du dieu Janus. Dès le concours, ils rêvaient d’un dispositif public commun aux deux organismes ; doux rêve là où la dialectique entre les institutions est toujours compliquée, pour ne pas dire impossible. Pour autant, les volumes ferroviaires et tertiaires s’interpénètrent, se toisent ou s’éloignent. Avec le pont routier de la Via Tiburtina, se dessine une centralité infrastructurelle à plusieurs vitesses (train, métro, voitures) composée d’éléments longilignes et gigantesques.
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Intériorité démesurée

A la démesure de cette architecture infrastructurelle, il a fallu répondre par une intériorité raisonnée. En tête, dans sa partie la plus large (18m), le volume est fendu suivant un schéma tripartite : un corps creux à ciel ouvert bordé de deux corps plein. 5+1AA a cherché à répandre la lumière dans cette faille par la matière : une « peau de serpent » en céramique doré, selon les mots de l’agence, matériau conçu sur-mesure avec l’industriel Casalgrande. L’espace interstitiel comprend un grand hall et un escalier monumental. Il dessert les étages de bureau par un escalier en U. Son parcours longitudinal est rythmé et séquencé par les passerelles vitrées qui le traversent, créant des « lieux suspendus entre deux corps ». La mise en scène est parachevée par un chassé-croisé de terrasses, ménageant des vues biaises et multiples. Au centre de la masse bâti, un trou béant sur 4 niveaux laisse apparaitre le château d’eau construit dans les années 30 par Angiolo Mazzoni, également architecte de l’ancienne gare Tiburtina et de la gare centrale Termini. Le parcours s’achève par un penthouse offrant un panorama à 180° sur la ville.

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© Amélie Luquain

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Effacer la masse

In fine, la composition classique avec socle et attique est illisible en façade. Enveloppé derrière une peau miroitante, le bâtiment tend à s’effacer dans le ciel de Rome, selon les désidérata « illuminés » des architectes. « Lumière et ciel, ciel et lumière. Pas une lumière quelconque ni un ciel banal. Pas tout le ciel. Rome et sa lumière. Rome et son ciel sont dans notre imaginaire à chaque fois que nous rencontrons la ville fondatrice. » communiquent-t-ils. Pour eux, le ciel et la lumière de Rome caractérisent la Ville Eternelle. C’est par ce jeu et par l’affinement de la silhouette bâti qui se termine en porte-à-faux large de 4 m qu’ils ont cherché à effacer la masse. En effet, la façade rideau en verre collé comprend 7 teintes différentes. Réponse à des contraintes énergétiques, les 7 nuances des bandeaux de verre pliés en accordéon servent surtout à maximiser les effets de réflexions. Les architectes évoquent alors un « ciel vertical (sic) » et une « vague dentelée ». « La masse ancrée au sol laisse place à un corps planant dans les airs » disent-ils. Le mastodonte se dresse comme une lame de verre tranchante dans le ciel, dirons-nous.
Proposant un dispositif perceptif questionnant la métamorphose de la masse en un voile discret, les architectes invoquent aussi bien le baroque et ses jeux de trompe-l’œil que le cinéma futuriste : « nous aimons la question du cinéma et la mise en scène des réalités. Le cinéma change les relations entre voir et regarder. Cette notion peut s’appliquer à l’architecture. C’est l’acte de voir qui est très important », nous dit Alfonso Femia.
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Cependant, le trop-plein d’effet, qu’il réside dans la matérialité ou dans la composition architecturale complexe, peut surtout s’apparenter à une surenchère techno. Quoi qu’il en soit, la résultante est une architecture puissante, voir même tranchante qui, pour sûr, devrait faire parler d’elle dans la ville éternelle.

Amélie Luquain

 
Chiffres235 m de longueur ;  50 m de hauteur ;  12 étages hors-sol ;  4 niveaux de sous-sol ;  5 000 m2 parcelle ;  75 000 m2 construits ; 39 000 m2 de surface utile : bureaux, restaurant, auditorium ; 30 000 m2 de façades en verre et céramique ; 53 procédures administratives pour obtenir le permis de construire ; 24 mois d’études ; 36 mois de chantier ; 83 millions d’euros ; 3300 employés accueillis à partir de 2017 ; 4 à 18 m d’épaisseurs des fondations ; 46 € cout de la pièce céramique
Fiche technique :  Maitrise d’ouvrage : BNP Paribas Real Estate. Maitrise d’œuvre : 5+1AA architectures Alfonso Femia Gianluca Peluffo. BET : structure Redesco, Fluides et environnement Ariatta Ingegneria, OPC Starching – Studio Architettura Ingegneria. Lieu : Rome / Tiburtina. Programme : Siège social BNL – BNP Paribas. Surfaces : 70 000 m2 bati et 43 000 m2 SHON. Coût : 83 M € HT. Calendrier : 2012 concours, 2014 chantier, 2016 livraison
 
Photos : Courtesy 5+1AA / Luc Boegly
Images : Courtesy 5+1AA / RSI