06/07/2017

Pour mieux asseoir une construction de logements intermédiaires ex-nihilo, l’atelier Martel puise ses références dans l’histoire du territoire, renvoyant aux archétypes et aux composantes locales.

A Homécourt, commune de Meurthe-et-Moselle de 6 000 habitants, l’activité minière en déclin a laissé place aux traditionnelles zones d’activités : un tissu discontinu qui constitue le plus souvent la dernière frange urbaine avant la forêt ou les exploitations agricoles. C’est dans ce contexte que s’implante l’opération de logements de Meurthe & Moselle Habitat, dans un morceau de ville sans tissu ni identité, grignoté sur la forêt fraichement déboisée. Le nouveau quartier dit « Bois de la Sarre » accueille là sa première opération significative : un îlot combinant 19 maisons individuelles et 16 appartements en collectif, dont la compacité contraste avec la faible densité des constructions alentours. Pour l’inscrire dans son environnement, les architectes Stéphane Cachat, Marc Chassin et Laurent Noel de l’atelier Martel puisent leur « imaginaire dans des formes connues et familières, archétypes de l’architecture périurbaine », disent-ils : implantation en bande, maisons accolées, jardins privatifs, façades en enduit, toits double pente en zinc. Une « banalité apparente » qui compose avec le déjà là, et faciliterait les mécanismes d’appropriation des habitants.




Rationalisation

La composition urbaine hérite elle-même de l’histoire ouvrière de la ville, mais aussi des principes de l’urbanisme Moderne, selon les architectes. Elle s’établit en bandes, perpendiculaires à l’axe viaire principal du quartier, alternant des pleins et des vides. Chaque bande construite comprend cinq maisons avec garage attenant, et un petit immeuble collectif de quatre logements en R+3. Cette trame, associée à des plans de logement longs et étroits de 15,50 x 3,60 m – des dimensions proches de celles des cités radieuses de le Corbusier – optimise les orientations est ouest, et dessine des petites façades orientées au sud, qui peuvent être presque entièrement vitrées. L’unité de base des habitations permet d’accueillir l’ensemble des typologies individuelles et collectives, du T2 au T5, tout en dégageant des doubles hauteurs dans les séjours où les doubles baies s’ouvrent sur les jardins au sud. Ainsi, la petite surface de façade à l’ouverture surdimensionnée caractérise les ambiances intérieures.



 

Encadrement

Un projet dense, compact, dont la trame rationalisée et les volumes simples et répétitifs répondent à un budget serré d’environ 1200€/m2, et permettent en contrepartie d’investir dans des matériaux et des détails soignés qui anoblissent l’ensemble.
Une construction qui s’inspire, là encore, des façades traditionnelles de la commune d’Homécourt, dotées de fenêtres encadrées par de la pierre en légère saillie, expliquent les architectes. Cette tradition constructive est liée à la proximité des carrières de pierre et à la mise en œuvre qu’elle implique dans le percement des baies. Le projet revisite ce patrimoine en développant avec l’entreprise Compobaie des cadres en béton fibré préfabriqué. Assemblé en usine, le bloc-fenêtre incorpore l’ensemble des menuiseries, l’occultation en volet roulant, et parfois le garde-corps ajouré en béton blanc. Ce dernier constitue un claustra, laissant filtrer la lumière et préservant l’intimité de la « pièce » extérieure, tout en affichant un motif ornemental qui n’est pas sans rappeler celui de la Cité Radieuse de Briey édifiée par le Corbusier en 1961 à seulement quelques kilomètres de là. L’atelier Martel se place là dans une recherche qui s’apparente au concept de l’architecture analogue développé par Miroslav Sik, défenseur indocile d’une architecture de l’ordinaire, infligeant un désaveu total à l’architecture vedette et au « solitaire architectonique ».



 
 

Amélie Luquain H.

 
Maîtrise d’ouvrage : Meurthe & Moselle Habitat Maîtrise d’œuvre : Atelier Martel (Stéphane Cachat, Marc Chassin et Laurent Noel) BET Egis Bâtiments Grand Est Localisation : Homécourt (54) Programme : 35 logements dont 19 maisons individuelles groupées et 16 appartements en logements collectifs.  Surface (SHAB) : 2.745 m2, sur une parcelle de 7000 m2 Coût des travaux (HT) : 3,8 M€ Calendrier : études 2013-2014, chantier 2015-2016.
 
Courtesy Atelier Martel / Yohan Zerdoun | Architectural Photography